MINI-BIOGRAPHIES

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W XYZ
(Cliquer sur l'index pour changer de page)

C


Les informations dont nous disposons sont quelques fois très succintes et ne nous permettent pas vraiment de réaliser une fiche biographique conventionnelle. Aussi, nous ajoutons cette série de pages (en ordre alphabétique) pour diffuser les quelques renseignements que nous possédons sur les personnages ne faisant pas l'objet d'une Fiche biographique...


 

 Caldine, Daniel

Le cas Caldine :

Il s'agit bien d’un cas, car jamais dans la petite histoire de la chanson française aura-t-on vu un touche-à-tout de son envergure.

Dans le Dictionnaire national des contemporains (sous la direction de C.-E. Curinier – édition de 1910), on apprend qu’il est né le 23 juin 1872 à Meaux (Seine et Marne - 77), mais toutes les recherches que nous avons effectuées pour trouver la date et l’endroit de son décès ont été vaines. [*] Ce que l’on sait, c’est qu’il était toujours vivant en 1930 (il avait donc 58 ans) car on le voit signer, sous le titre de "poète" la préface d'un livre sur l'argot intitulé Machin de Belleville de Henri Chassin.

Nous y reviendrons, mais voyons d'abord ce que dit Léon de Bercy (Montmartre et ses chansons) en 1902 :

"Daniel Charpentier, dit Caldine, actuellement avocat à la Cour d'appel et secrétaire général du journal la Nation, a été successivement poète, comédien, avocat, bouvier dans une ferme, chansonnier dans quelques cabarets de Montmartre, jockey de plat à Juilly, auteur dramatique à Paris et en province, imprésario d'une tournée de chansonniers, clown dans un cirque, éditeur de musique, agent de publicité, homme du monde et poète-salonnier, courtier en "engrais" vaguement compositeur de musique, aquarelliste, clerc d'avoué, gymnaste, photographe en Espagne, critique d'art à l'Athénée, orateur de réunions publiques électorales, marchand d'appareils de photographie à Toulouse.

Il a eu un duel, fut deux fois témoin, parle trois langues, joue de quatre instruments de musique, et demeure, depuis 1893, le recordman des cinq sports. Nous le retrouvons, en 1899, aficionado passionné en Espagne et rapportant d'un voyage de trois mois une collection de notes des plus intéressantes et des plus curieuses sur la tauromachie.

Il a donné, en 1899, chez Vanier, un volume de vers, La Folle du Logis, et fait paraître un livre de nouvelles tragiques et désopilantes, Les Contes Briards.

En juillet 1900, Caldine a fait paraître Corridas de Toros, volume de pure aficion. Enfin, il vient de publier : Tournons la Manivelle (Dorey, édit.), recueil de chansons et de poésies, d'où je tire :

REMONTRANCES VAINES

Ma fille ! Ma fille !
Plus de peccadille
d'abord,
Et laissez ce drille
qui vous émoustille
si fort.
Restez en famille!
L'amour qu'on gaspille
s'endort. -

Ma mère! D'accord !
Point ne veux un sort
funeste.
Mais amour me mord;
et comme il est fort,
il reste.
Un tel réconfort:
l'Amour! C'est un tort
céleste. -

Ma fille ! Du reste,
il est manifeste
qu'au ciel
un baiser trop leste
ce n'est pas un geste
véniel.
C'est chose immodeste
qu'un baiser! Ça reste
charnel. -

Ma mère ! Au pluriel
est-ce plus véniel ?
Je l'aime !
L'amour corporel
est traditionnel
système.
Crime originel !
Péché.... maternel !...
Problème ? -

       

De ce vain blasphème
tu fais un problème
galant.
Tu me dis qu'il t'aime !
L'amour, c'est un thème
courant.
Fais comme moi-même,
qui n'ai de suprême
calmant. -

Ma mère ! Tu prends
des airs triomphants
pour dire
ce que les parents
disent aux enfants
pour rire.
Peut-être tes sens
sont agonisants....
C'est pire ! -

Ma fille, l'empire
sur les sens fait rire;
c'est vrai !
Mais le sot délire
qui si fort t'attire
est laid.
Et qui trop désire,
en meurt. C'est le pire
effet. -

Ma mère, l'essai
que j'ai déjà fait
m'assure
que le jeu follet
a plus d'un attrait
qui dure.
Dis-moi, quel jouet
sert sans qu'il y ait
brisure...?"

Pas mauvais, non ? Mais attendez de lire ce qu'on dit de lui dans le dictionnaire mentionné ci-dessus :

"Daniel Charpentier dit Caldine :

Romancier, publiciste, né à Meaux (Seine-et-Marne) le 21 juin 1873. Fils de M. Paul Charpentier, médecin et philanthrope bien connu de la région, il fit ses classes à Meaux et au collège de Juilly, puis ses études de droit à Paris, où il fut reçu licencié.

Inscrit au barreau de la Cour d'appel de Paris, M. Daniel Charpentier ne plaida guère. Détourné d'abord de la carrière littéraire par la volonté paternelle, il fut tour à tour auteur dramatique et impressario, compositeur de musique, aquarelliste, clerc d'avoué, chansonnier, photographe, acrobate même, et redevint littérateur tout en n'ayant' jamais cessé d'écrire.

Il débuta dans les lettres par des articles au Publicateur de Seine-et-Marne ; puis, sous le pseudonyme de "Caldine", il fit paraître de nombreuses chansons et des monologues, saynètes, ballets et comédies-bouffes en un acte. Cet écrivain s'est fait remarquer par son érudition et par sa fantaisie alliées à un sens comique et dramatique très développé. On a de lui la Folle du Logis (1 vol. 1898), thèse psychologique rendue en vers caustiques et quasi classiques ; Contes briards (1 vol 1899), nouvelles gaies et tragiques illustrées par M. A. Barrère ; Corridas de toros (1 vol. 1900, illustré par M. Ch. Roussel), ouvrage sur la tauromachie, très documenté, d'un réel intérêt et très apprécié, qui fait autorité en France et en Espagne. Tournons la manivelle (1 vol. illustré 1901), recueil de chansons satiriques et gaulois ; Tournée joyeuse, roman comique qui parut d'abord en feuilleton au Gil Blas (1 vol. 1901) ; les Sacrifiées, Papillons roses, études de mœurs parisiennes publiées à Bruxelles (1901). etc.

Depuis 1893, il fait paraître de nombres articles politiques ou humoristiques dans la presse de Paris et des départements; il a donné sn province un très grand nombre de conférences et de réunions publiques, notamment sur les questions sociales et sur les amélioration, possibles à apporter au sort de la classe ouvrière. Sur ce sujet, il a écrit un ouvrage : le Salut social.

M. Daniel Caldine s'est beaucoup occupé de politique active. Il a été élu, en 1900, conseiller municipal à Meaux et a fait passer sur sa liste la plupart de ses amis politiques. Il professe des théories socialistes et antisémites.

Président du Toro-Club parisien, vice-président du Comité exécutif pour la lutte en faveur des libertés communales, il est membre de plusieurs comités sportifs, socialistes, patriotes et littéraires...."

Après on dira que la chanson mène à tout. Mais non : c'est tout qui mène à la chanson.


Note [*] du 24 avril 2016 : nous pouvons lire aujourd'hui, sur le site de la B.N.F., que Daniel Caldine est décédé le 8 août 1930.






 Capri, Agnès

Née en 1915, Agnès Capri (de son vrai nom Sophie Rose Friedmann), attirée par la scène, entreprit des cours de chant et d'art dramatique dès l'âge de 16 ans.

Plutôt iconoclaste - d'aucuns ont dit "révolutionnaire" - elle se mêla très vite aux milieux plus ou moins contestataires de l'époque dont le Groupe d'Octobre tout en se faisant l'amie de Jacques Prévert, de Joseph Kosma dont elle est la première à chanter les chansons.

Parallèlement à une carrière d'interprète (A.B.C., Le Bœuf sur le toit...), elle ouvre un premier établissement que fréquentent tous ceux que l'on considérait alors "de la gauche".

En 1939, elle est obligée de s'exiler et s'enfuit en Algérie où elle se produisit dans les théâtres et cafés jusqu'en 1945 où elle marque son retour en prenant la direction de la Gaîté Montparnasse qu'elle doit abandonner, faute de revenus suffisants (même si elle réussit à y monter huit spectacles) pour ouvrir un autre établissement où elle présente la relève : Mouloudji, Serge Reggiani, Catherine Sauvage, Germaine Montero, Juliette Gréco, Les Quatre Barbus, les Frères Jacques...

Dans les années cinquante, elle passe à la radio pour défendre la poésie et la chanson puis s'éclipse peu à peu pour décéder le 15 novembre 1976 presque oubliée.

Il faut préciser qu'avec son répertoire assez particulier, elle n'atteint jamais le vedettariat, se contentant d'un petit groupe de fidèles, ce qui ne lui permit pas de faire une grande carrière sur disque : à peine 20 ou 25 enregistrements entre 1936 et 1952 dans lesquels on retrouve cette étrange chanson : "J'ai préféré devenir chanteuse" de Maurice Vaucaire et R. Goer :

"La misère, ça me connaît
Et bien souvent avec extase
J'ai louché vers le robinet
Du gaz...!
Y'en a d'moins malheureus's que moi
Qui ont fait l'plongeaon dans la Seine
Mais comm' je trouve ça trop froid.
Alors tant pis ! J'oublie ma peine."

Pas avec cela qu'on fait rêver les midinettes, n'est-ce pas ?

Remarquons, quand même, au passage, un enregistrement de "Je te veux" de H. Pacory et Érik Satie et un deuxième, "L'orgue de Barbarie" de Prévert et Kosma.

Et puis quelques passages au théâtre dont notamment avec Dullin et Jouvet.

Quelques films également mais que de petits rôles. - À noter, au passage, Drôle de drame de Marcel Carné où elle chante la "Complainte de Molyneux" de Prévert, musique de Maurice Jaubert.

Un CD (il était temps !) paru chez Marianne reprend ses plus grands "succès" :

"J'ai préféré devenir chanteuse" - "Adrien" - "Nous voulons une petite sœur" - "Complainte d'une méchante" - "Laisse parler Jacob" - "Quand tu dors" - "Je te veux" - "Le grand type" - "Il m'a toujours dit à demain" - "Ton amour est ma maison" - "Je suis heureuse" - "Rengaine à pleurer" - "Le naturaliste" - "La grande Opéra" - "L'orgue de Barbarie" - "La pêche à la baleine" - "Loin du bal" - "Couleur de mimosa" - "Héréditaire" - "Complainte de l'ignoble Molyneux" - "Il faut passer le temps" - "Plan de Paris" - "Dans la sciure" - "Les animaux ont des ennuis" - "L'enfant de la femme de ménage".




Déménagement


"Chambre à louer présentement,
Grands et petits appartements
Ornés de glaces."
Plus de cent fois, sans sourciller,
"J'ai lu: "La concierge est dans l'escalier
En face."
Ô l'adorable phrase câline:
"Combien la chambre et la cuisine? –
"Monsieur, elle est de trois cents francs
"Au deuxième, sur le devant"... !
On monte, puis l'on redescend,
Et ça se reproduit souvent.
J'ai vu de jeunes concierges mélancoliques
Et, par contre, des vieux qui semblaient alcooliques,
Puis d'autres qui, d'un air banal,
Savouraient le Petit Journal,
Et tous les gens que l'on dérange
Terribles ! surtout quand ils mangent;
D'autres, couchés, ne faisant rien
(Après ces derniers temps chauds, ça fait du bien),
Vous reçoivent comme des chiens
Si l'on trouble surtout quelques doux entretiens.
"Dis-moi, Jules,
"Sommes-nous dans la canicule"
Vous ne trouvez jamais le nid que vous rêvez :
C'est trop cher, trop petit, trop grand, ou pas assez.
Alors, la veille du terme,
En vous levant, vous dites d'un ton ferme:
"Maintenant que je n'ai plus le choix,
"Je vais louer n'importe quoi."
Vous changez pour beaucoup plus mal:
Quand on est pressé, c'est fatal !
Et la concierge, au physique arrogant,
N'est pas un beau cadeau à faire à un enfant.
. . .
Vous passez près d'un mois
A reclouer vos bois,
Qui ont eu à subir l'étreinte, parfois rude,
De ces braves déménageurs
De mon cœur !...
A eux toute ma gratitude !
Une fois tout rangé selon votre bon goût
(Que de mal ! ça peut se dire entre nous),
Vous la trouvez bien mauvaise...
Vous vous apercevez qu'il y a des punaises !


 Chantrier, Albert

Voici ce que Léon de Bercy (Montmartre et ses chansons, Paris 1902) disait de cet auteur, acteur, chansonnier et compositeur de musique qui fut également organiste et chef d'orchestre, né à Paris en 1874 (nous avons lu ailleurs : 1879) et décédé en 1946 :

Il a gardé de cette origine un accent normand dont il sait se débarrasser au besoin, mais qu'il accuse chaque fois qu'il aborde un de ses amis pour prendre de ses nouvelles.

Elève de Paul Vidal et de Gabriel Fauré, il suit les cours du Conservatoire et débute à dix-neuf ans à l'Auberge-du-Clou, en qualité d'accompagnateur ; il devient ensuite organiste de l'église de Clamart, retourne comme pianiste à l'Âne-Rouge, passe au Carillon, aux Quat'-z-Arts, au Conservatoire de Montmartre, à la Boîte-à-Fursy ; quitte cette dernière pour prendre le poste de maître de chapelle à l'église Saint-Joseph. Entre temps, il accompagne Rodolphe Salis dans quelques tournées. Piqué de la tarentule chatnoiresque, il se met à composer des fantaisies rimées et, comme les camarades, il fait son "numéro" en s'accompagnant au piano. Chantrier a une véritable nature de comique ; et si ses productions versifiées n'ont qu'un très éloigné cousinage avec L'Art poétique, l'audition en est hilarante au plus haut point. Je me rappelle m'être bien amusé à lui entendre interpréter avec force grimaces :

< voir encadré ci-contre

Comme compositeur, Chantrier a écrit plusieurs messes et motets – qui forment le répertoire de sa maîtrise — et fait la mélodie d'une quantité de chansons pour ses camarades de Montmartre. Il a fait représenter aux Funambules, sous la direction Séverin, Le Souper du Notaire et Le Roi Charmant, opéra-comique, livret de J.-L. Croze et Marcel Debare. Il a en ses cartons plusieurs pièces achevées dont il est en même temps le librettiste et le musicien; entre autres, Moissons, pièce d'ombres lyriques que Georges Oble doit représenter au Petit-Théâtre.

Chantrier était dernièrement aux Noctambules, où il tint le piano et... un rôle dans L'Affaire Boutavant. Il est aussi bon camarade que talentueux compositeur.

Manie particulière. – Ne manque jamais, au piano, de commenter digitalement, par le rappel d'un air approprié, l'incident qui se produit, ou d'indiquer l'allure de la personne qui entre, du chansonnier qui va opérer, etc. Le divertissant de la chose est que ses allusions varient à l'infini et que la même personne est souvent saluée par un air nouveau ; exception faite pour Xavier Privas, à qui il applique invariablement L'Expulsion des Princes.


Notes

Chantrier a écrit la musique plusieurs films dont : Pour un sou d'amour de Jean Grémillon (1932), Nicole et sa vertu de René Hervil (1932) et La treizième enquête de Grey de Pierre Maudru (1937).

Il a également composé la musique de plusieurs chansons, telles que "Les robes de Colibri", créée par Mayol, "Hé Marie" (paroles de L. Bousquet), "Elle sait conduire une autombobile",

Et à l'Encyclopédie multimédia de la comédie musicale théâtre de France, nous retrouvons les titres suivants :

  • "Les Petites vertus" (12/12/1919)
  • "Gigoletto" (31/01/1920)
  • "Le Harem en folie" (25/11/1920)
  • "Le Fruit défendu" (17/12/1920)
  • "La Ceinture de chasteté" (20/03/1923)
  • "Bébel et Quinquin" (16/12/1923)
  • "Mon vieux" (18/12/1924)
  • "Amoureux" (28/03/1925)
  • "Elle ou moi" (29/08/1925)
  • "Plaisir d'amour" (28/04/1928)
  • "Quand l'amour vient" (01/11/1929)
  • "Le Comte de Boccace" (21/01/1930)

A noter également qu'Albert Chantrier eut d'importantes responsabilités au sein de la SACEM dans les années 30 et 40 (il en était secrétaire général en 1945).


En 1906




Orientale (?)


Comme un wagon qui va bondir hors de ses rails,
Yousouf, un jour, songeait à forcer le sérail
Pour calmer les transports de sa fureur jalouse;
Car il aimait la favorite, une Andalouse.
Son orgueil en souffrait et trouvait insultant
De se sacrifier au plaisir d'un sultan.
Mais il eut peur d'être empalé par la police
Et de sentir peut-être entrer en sa peau lisse,
Par derrière, un engin de supplice pointu
Pour expier un bonheur qu'il n'aurait point eu.
Certes, pour poser un baiser sur une nuque,
Il est dur de risquer le sabre d'un eunuque
Ou de faire connaissance, avec les bastilles
Du sérail, l'enfant serait-elle de Castille.
Je yeux bien, disait-il, enlever la patronne;
Mais, je crains le pouvoir, j'ai la foire du trône !
Pour un regard de femme, un sourire, un appeau,
J'irais me faire un jour rompre les os ? La peau !
Malgré tout mon amour, je suis encor trop homme.
Mais je connais la canne et le chausson... aux pommes !
Je lutte aussi fort bien. Par le courrier français
Prochain, je vole à Paris cueillir des succès !
Car quoi  ? Qu'est-ce que ce qui m'écherrait me fiche
Si la presse m'annonce et si Chéret m'affiche ?
Le sultan, a toujours quelque dessein de pal;
J'aime mieux inspirer quelque dessin à Pal.
Motif pour une fantaisie à la Willette,
Je serai connu de Montrouge à la Villette.
Paris n'aura jamais applaudi mon égal :
Je serai son lutteur naturel et légal.
Et c'est ainsi qu'Yousouf, ne se fiant aux rites
De la loi turque, avait lâché la favorite;
Et le hasard aussi bizarre que divers
Fit engager Yousouf par le Cirque-d'Hiver.


 Chézell, Fernand

Chansonnier français né en 1870, décédé en 1907 et dont, Léon de Bercy dans son ouvrage, Montmartre et ses chansons, Paris 1902, nous apprend ce qui suit.

Mon camarade Chézell me prie de ne dévoiler ni son nom, ni sa profession, de peur que cela lui attire quelque désagrément en l'étude de Me***, son austère patron. Je ne serai donc qu'à demi indiscret et dirai que le véritable nom de Chézell est celui d'un oiseau qui n'est ni échassier, ni gallinacé, ni grimpeur, ni rapace, ni nageur. Cependant Chézell n'est, en aucune façon, l'homonyme de Courteline. Recourons, si vous le permettez, au latin qui brave tant de choses ; écrivons passerellus... et passons. [*]

Fernand Chézell est originaire de la Charente-Inférieure (actuellement Charente-Maritime - 17), où il naquit à Pons, le 16 février 1870. Donc, trente-deux ans, pas de corset ; mais l'air d'en porter un, afin de ne pas perdre un pouce de sa taille (1m 62). Il est, dit le compositeur Poncin, le seul chansonnier qui blanchit en ne vieillissant pas. Son aspect est froid, sa bouche gourmande, et son œil malin et fouailleur abrite derrière un binocle l'acuité de son regard.

Au collège, il pastichait Lamartine et Alfred de Musset, et à la Faculté de Bordeaux, l'étude du droit le porta inévitablement... à écrire des chansons. Mais la vie de province lui pèse et, malgré les objurgations de sa famille qui lui prédit une fin déshonorante, il débarque un beau jour à Paris et va le même soir se mêler à la troupe des Quat'-z-Arts (1895). Quand sa froide ironie n'était pas comprise (ce qui arrivait quelquefois), il s'amusait à abrutir les profanes en leur servant une longue série de rimes millionnaires dans le genre de celle-ci :

< voir encadré ci-contre

Une drôlerie d'actualité lui ayant attiré une critique acrimonieuse de M. Adolphe Brisson [**], Fernand Chézell connut le succès. Il en profita pour affronter la rigueur de l'auteur de ses jours dont le front s'empourprait de honte à l'idée que son fils était sur les planches.

"- Qu'est-ce que c'est que le bouge que tu fréquentes, gronda le paternel. Il paraît qu'un grand christ y est exposé et qu'il n'y vient que des juifs!"

Vainement Chézell chercha-t-il à défendre son cabaret. Le père avait été renseigné par... un commis-voyageur antisémite.

De 1897 à 1900, Chézell appartint au Conservatoire de Montmartre, qu'il n'abandonna que pour revenir aux Quat'-z-Arts, où il dirige actuellement le spectacle en qualité de "bonnisseur".

pf

En dehors de quelques chansons fort bien tournées pour le café-concert, Chézell n'a encore publié que peu de choses : Le bon Côté, La Scène à faire, Orientale (?), Sur un Signe, Plaidoyer sur la Jupe, Les Fiacres [Libraire Daragon]; mais son bagage est lourd autant qu'intéressant et nous aurons très prochainement de lui, sous le titre Chansons aigres douces, un fort volume où seront réunies ses meilleures productions. Je cite au hasard : "L'Homme civilisé", "Mariage bourgeois", "Les Parvenus", "Les Hommes du Monde", "Les Divorcées", "Les Cérébrales", "Les Soiristes", "Lassitude", "En Province", "Les Stations de l'Amour", fines satires d'où est proscrite toute acrimonie; Rimes sans Raison, tout un bouquet de drolatiques fantaisies; puis encore – car derrière le blagueur qu'est Chézell, se cache un sentimental et un amoureux – "Lettre d'Amour", "Pour te plaire", "Quand je te vois", "Dans la Rosée", "Après", "Retour" et vingt autres délicieuses bluettes encore inconnues du public; et enfin une poignée d'actualités comme : "La Séquestrée", "Deschanel est marié", "Les Deux Présidents", "Le Suspendu", en un mot tout ce qu'applaudissent chaque soir les habitués des Quat'-z-Arts.

Comme la plupart de ses camarades de Montmartre, Chézell joue volontiers la comédie et je l'ai vu tenir, dans une revue de Lemercier, Ça devrait réussir, un rôle de pince-sans-rire avec l'assurance d'un vieux comédien.

Il vient de s'improviser revuiste avec Pierrot-Barnum, la revue actuelle des Quat'-z-Arts.

[*] Note des éditeurs : Moineau.

[**] Adolphe Brisson (1860-1925), gendre du critique littéraire Francisque Sarcey, une des têtes de turc d'Alphonse Allais.








 Christiné, Henri

(et Albert Willemetz)

Mayol, Polin, Yvonne Printemps, Georgius, Gabaroche, Mistinguett, Maurice Chevalier, Michel Simon, Saturnin Fabre, Dranem, Albert Préjean, Tino Rossi, Fred Gouin, Fernandel, Fragson... tous ont chanté des airs d'Henri Christiné ou d' Albert Willemetz, ou les chansons des opérettes issues de leur collaboration.

Leur succès fut énorme et seul, peut-être, Vincent Scotto a pu égaler un nombre aussi impressionnant de "tubes", aidé, au départ par Christiné lui-même qui lui a écrit les paroles de "La petiteTonkinoise".

Le premier naquit à Genève en 1867, le deuxième à Paris en 1887.

Le premier, professeur de piano, vint à Paris en 1896 et très vite devint un auteur-compositeur recherché. Fragson pour qui il a écrit "Reviens !" et "Je connais une blonde" en fait son arrangeur attitré. Fréhel, qui s'appelle alors Pervenche, le chante : "C'est un gosse" mais aussi Polin ("Le p'tit objet"), Mayol ("À la Martinique", "Ah ! la musique américaine", "Cett' petit' femme-là"), Joséphine Baker, Mistinguett, Maurice Chevalier (pour qui il écrira, entre autres, "Valentine")...

Willemetz a une toute autre carrière. Secrétaire de Clémenceau, il passe au Ministère de l'intérieur où il trouve suffisamment de temps pour écrire des poèmes (qu'il signe Metzvill) et des chansons... qui parviennent aux oreilles de Mistinguett et de Maurice Chevalier. - Il est lancé ! - Auteur prolifique, il signera des centaines de revues, des dizaines d'opérettes et des scénarios de films.

Leur première collaboration date de 1906 avec "Ah le joli jeu !" que crée Mayol la même année.

Elle ne cessera qu'à la mort de Christiné en 1941. - Willemetz lui survivra jusqu'en 1964.

Leur plus grand succès à la scène fut Phi-Phi (1918) qui fut suivi de Dédé, de J'adore ça et de Le bonheur Mesdames dont est tirée la chanson suivante, à l'origine créée par Mayol et qui fut reprise dans une nouvelle version, en 1934, par le truculent Michel Simon : "Un petit nègre"... ou : "Amour noir et blanc".




 Cico, Marie

Soprano née en 1843 (?) dont la carrière s'orienta vers l'opéra (opérette) des la fin des années dix-huit cent cinquante (à 16 ou 17ans) mais qui aurait débuté un ou deux ans auparavant.

On la retrouve au tout début au Casino du Palais-Royal et au Concert du Géant mais dès 1859 aux Bouffes Parisiens.

Elle fut, les archives des opérettes de l'époque nousrenseignent, de la création de :

Orphée aux Enfers d'Offenbach en 1858 (rôle de Minerve)

Geneviève de Brabant du même en 1859 aux Bouffes-Parisiens (rôle de Lahire)

Daphnis et Chloé du même en 1860 (rôle de Calisto)

Le voyage en Chine d'Eugène Labiche et de Delacour musique de François Bazin en 1865 à l'Opéra-Comique (rôle de Berthe)

Robinson Crusoë d'Offenbach encore une fois en 1868 au Théâtre de l'Opéra-Comique (rôle d'Edwige)

et

d'Orphée aux Enfers (deuxième version) du même en 1874 au Théâtre de la Gaîté (rôle d'Eurydice)

C'est au cours de cette dernière création qu'elle mourut prématurément.

D'aucuns disent qu'elle aurait été une des petites amies d'Offenbach mais on lui en attribue tant...



 Constant, Charles

Comique à accessoires.

On le retrouve au Concert des Arts (ou Concert du Géant), puis à Ba-Ta-Clan à la fin des années cinquante et au début des années soixante (1850 - 1860).

Dans ses Mémoires, chapitre 7, Paulus le décrit ainsi :

"Un comique naïf, excentrique, très fin, dont l'entrée en scène provoquait immédiatement le fou rire. Dans Qui veut voir la lune ? il arrivait avec son télescope qu'il mettait cinq bonnes minutes à placer convenablement ; pendant ces cinq minutes le public se tordait littéralement, tellement chacun de ses gestes et ses jeux de physionomie était d'une drôlerie achevée."



 Cornélie, Mademoiselle

Comédienne née en Belgique, vers 1830, pensionnaire de la Comédie Française de 1860 à 1862.

Elle doit sa renommée au fait qu'en 1867, elle a récité, pour la première dans un café-concert, des vers de Racine et de Corneille : Le songe d'Athalie, Les Imprécations de Camille...

Elle aurait été, d'après Lyonnet, une excellente comédienne mais sa carrière fut très limitée à cause de sa "disgrâce physique"dont même Paulus toujours prêt à dire de belles choses sur la gente féminine fait état dans ses Mémoires (chapitres 3, 13 et 21). - Lyonnet en rajoute : "... un nez écrasé, une bouche large, un front avancé, une face vulgaire ..."
(Dictionnaire des Comédiens Français)

Elle est décédée le 19 avril 1876.

Sa fille, Luce, débuta, fort jeune, dans l'opérette en 1875.