MINI-BIOGRAPHIES

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W XYZ
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G


Les informations dont nous disposons sont quelques fois très succintes et ne nous permettent pas vraiment de réaliser une fiche biographique conventionnelle. Aussi, nous ajoutons cette série de pages (en ordre alphabétique) pour diffuser les quelques renseignements que nous possédons sur les personnages ne faisant pas l'objet d'une Fiche biographique...


 

 Ganier, Hector

Voici ceque Léon de Bercy (Montmartre et seschansons, Paris 1902) dit de ce chanteur et directeur de cabaret mort en1888 :

Un bon et brave garçon qui se fit unespécialité de rajeunir et d'arranger les vieilles chansons de province tout entraitant également de l'actualité politique. Il prit la direction artistique deplusieurs caveaux montmartrois, humbles satellites du Chat-Noir. Il obtint ungrand succès avec quelques-unes de ses productions, dont les Frères de Cîteaux. Quand il mourut, il était directeur du caveau de la Gauloise.

On lui doitune série de monologues sur les Types parisiens dont un sur les camelots.



 Garait, Émilie

Comédienne et chanteuse d'opérette née en 1839 qui fit ses débuts en 1856 aux Bouffes Parisiens dans les Pantins de Violette, une opérette-fantaisie en un acte d'Adam Adolphe Charles (1803-1856), livret de L. Battu.

En 1866, elle était aux Variétés où elle fut de la création de La Grande Duchesse (rôle de Wanda) en même temps que Hortense Schneider et José Dupuis.

Elle est décédée en 1903.






Gobin dans La Fauvette du Temple

 Gobin

Paulus, dans ses Mémoires, ne le mentionne qu'en passant (chap. 9) car ce ne fut pas, à proprement parler, un artiste du café-concert : Charles Constant Gobin fut en effet plus comédien que chanteur mais il fut un comédien considérable :

Il débuta, comme le souligne Paulus, figurant au Théâtre Montmartre. C'était en 1860 et il avait alors 16 ans. Des bouts de rôles lui sont confiés là, puis à la Porte Saint-Martin et même au Palais-Royal jusqu'à ce que Cogniard, le directeur des Variétés, voit, dans le gros bonhomme à l'œil ahuri et au sourire communicatif qu'il était devenu, la vedette de ses futurs féeries au Château-d'Eau. C'était en 1870, peu de temps après que Paulus ait eu fait sa connaissance. Il y resta quatre ans avant de repasser au Théâtre de la Porte Saint-Martin qui, cette fois-là, en fit son premier comique.

Il y resta sept ans, faisant partie de presque toutes les pièces reprenant tous les rôles de son prédécesseur, le gros Laurent, en créant d'autres et en donnant une nouvelle vie à certains depuis longtemps oubliés.

Les Folies Dramatiques l'accueillirent à leur tour où il devint notamment un Bonacieux inoubliable dans les Petits Mousquetaires de Louis Varney (100 représentations), un Agénor époustouflant dans la Fauvette du Temple d'André Messager.

Retour au Palais-Royal en 1896 qui, cette fois en fait une de ses principales vedettes puis retour également à la Porte Saint-Martin et aux Bouffes où l'on ne cesse de lui fournir des rôles à son immense mesure.

Dans La Fauvette du Temple...

... dans Juanita...

... dans L'œuf rouge.

Il a cinquante-six ans quand il décide de prendre, en 1901, sa retraite, une retraite fort confortable où il s'éprit de la nouvelle folie du siècle naissant, l'automobile. Elle ne dura, hélas, pas trop longtemps car, atteint d'urémie, il mourut le 6 août 1907 laissant, parmi d'autres donations, plusieurs milliers de francs à la Société des artistes.




Avec ses longs cheveux, sa longue redingote,
Poussant de longs soupirs tout le long du trottoir,
L'esthète à pas très lents piétine dans la crotte,
Les yeux perdus au loin dans la brume du soir.
Il semble marcher dans un songe,
Loin de la terre et près des cieux :
Sans doute un sourd travail le ronge,
Enfantement laborieux !
Sans doute il parle avec sa Muse,
Il cherche le Verbe Idéal,
Sans voir que sa chaussure s'use,
Que son chapeau se trouve mal !
Mais non : la Muse chère à son rêve d'esthète
N'est pas dans le ciel bleu, près des étoiles d'or !
Ecoutez les doux mots que sa lèvre répète,
Pendant qu'il déambule en soupirant plus fort :
"Qu'elle soit vierge ou demi-vierge,
"Quart de vierge ou bien moins encor ;
"Qu'elle soit mince comme un cierge,
"Décharnée ainsi que la Mort ;
"Qu'elle soit grasse comme une oie
"Et gonflée ainsi qu'un ballon,
"Peu me chaut, pourvu que je voie
"Beaucoup d'écus dans un blason !
"Puissé-je rencontrer la compagne idéale,
"Celle qui vous soutient tout le long du chemin,
"Celle qui chaque jour vous remplume et vous cale,
"Un sourire à la bouche et de l'or dans la main !
"Et qu'importe qu'elle soit laide
"Comme plus laid des chameaux,
"Aveugle ou borgne sans remède,
"Qu'elle ait toutes sortes de maux !
"Elle sera la Muse chère
"A mon cœur de poète errant,
"Car son argent saura me plaire,
"Et le reste est indifférent !"


Avec ses longs cheveux, sa longue redingote,
Poussant de longs soupirs tout le long du trottoir,
L'esthète à pas très lents piétine dans la crotte,
Les yeux perdus au loin dans la brume du soir !


 Gondoin, Jules

Ce que dit Léon de Bercy (Montmartre et ses chansons, Paris 1902) de ce chansonnier :

Dans les derniers temps de son existence, le Chat Noir comptait au nombre de ses habitués un tout jeune homme long et mince, au visage agréable, à l'œil ingénu, qui, à cause de ses trop fréquentes visites aux cabarets montmartrois, faisait le désespoir des siens. C'était Léon Ohnet, – le fils du romancier, – qui rêvait de demander à l'art (il ne savait au juste lequel) une existence aussi luxueuse qu'indépendante. Il était quelquefois accompagné d'un homme de vingt-cinq à trente ans qui lui donnait des leçons particulières pour le préparer au baccalauréat ès lettres. Nous apprîmes un soir que, à la suite d'une pique avec l'auteur du Maître de Forges, le professeur avait résigné ses fonctions. C'est alors que son élève le présenta à Salis comme chansonnier.

Le maître du lieu demanda quelques renseignements, puis il annonça au public : "Jules Gondoin, messeigneurs et nobles dames, que vous allez entendre et applaudir, avant qu'il nous quitte pour traverser le pont des Arts, était hier encore le professeur de philosophie, de français et de maintien de M. Georges Ohnet, dont l'indécrottabilité l'a dégoûté au point qu'il s'est vu forcé de venir demander au Chat Noir, ce refuge de tous les talents, d'émettre en relief ses brillantes qualités poétiques. J'ai dit ! La parole passe, messeigneurs, à Jules Gondoin !"

Le succès du débutant s'affirma d'emblée ; Salis se l'adjoignit définitivement et l'emmena en cette tournée fameuse dont Montoya a écrit la relation [Le Roman Comique du Chat-Noir. Flammarion, édit.].

Gondoin (Jules-Alfred-Alexandre) est né à Nonancourt (Eure) le 4 août 1869 ; il est licencié ès lettres et président du comité de Paris de la "Concordia", société d'études et de correspondances internationales. Entré au Chat Noir à la fin de 1896, il ne chansonna guère que deux ans ; sa production cependant est nombreuse et pourrait fournir amplement matière à deux volumes. Ses premières chansons sont bien montmartroises, et leur causticité n'a rien de violent ni d'outrageant ; elles semblent être sorties de la collaboration de Mac-Nab et d'Eugène Lemercier et demeurent cependant bien personnelles. Je me rappelle de lui, parmi les plus amusantes : "La Chanson à l'Académie", "Lamentations d'un Médecin", "Mariage de convenance", "Une Histoire de Palmes académiques" [Ondet, édit.], "Les Malheurs de Francisque", "Un Discours du Père La-Pudeur", "Les Restes de Voltaire et de Rousseau". Il a également écrit des vers sérieux, comme Mes Baisers sont des Papillons, La Nuit descend des deux, Réveil, Dormez ma Mie [Baudoux, édit.], Je t'adorais [Ricordi], Soirs d'Eté, Un peu, beaucoup, passionnément [Joubert, édit.], et une trentaine d'autres jolies romances de salon. Avec L'Enlèvement de Gyp, Le Dernier article de Séverine, La Crète de Sarah, Les Projets de Liane de Pougy, Congrès féministe et La Journée de Sarah Bernhardt, il donna une note anti-féministe, qui le conduisit... au mariage.

Actuellement, Gondoin s'occupe de critique littéraire et de composition dramatique. Il a passé des articles dans divers journaux, notamment au Figaro, au Journal pour tous et au Gil Blas illustré ; il fait la chronique à Concordia et ; collabore à la Bévue Eolienne, à la Mode, et à la Revue Cartophile ; il a déjà fait représenter Une Ancienne, comédie en un acte, et La Mort de Pierrot, mimodrame mêlé de chant. Il a en cartons une comédie en cinq actes : Les Débrouillards ; une en quatre actes : Bengaline ; un acte d'opéra-comique : La Leçon de Chant, musique d'Esteban Marti, et trois actes d'opérette : Le Roi de Carton, avec musique d'Irénée Berge.

Malgré qu'on ne le voie plus à Montmartre, le camarade Gondoin chansonne encore de temps en temps ; à preuve cet Esthète tout récemment né et qu'il m'autorise à reproduire :

< voir encadré ci-contre

J 'ajouterai que Gondoin a actuellement deux livres en préparation : Lermontoff et la Poésie byronienne en Russie, ouvrage de critique littéraire, et Rimes sans Raison, recueil de poésies.

Note supplémentaire : On retrouve sur le WEB les titres de plusieurs comédies en un acte écrites par Jules Gondoin soit seul ou en collaboration et ce, jusqu'en 1914. Après, plus rien. Michel Herbert dans La chanson à Montmartre (La Table Ronde, 1967) nous informe que cet ancien professeur (lycée de Tarbes) se serait mué en préfet de la Troisième République...






(photo en provenance du site
http ://bohemelitteraire.canalblog.com)



L'IMPOSSIBLE RÊVE


Pauvres êtres humains, pauvre foule éphémère !
Prisonniers évadés du ventre de la mère,
Conceptions des nuits, naissances des hasards,
Jeunes greffes, bourgeons d'hier, ô milliards
D'individus ? parfois femelle, parfois homme ?
Projetés au soleil sans savoir quoi ni comme...
Néants qui du Néant reprenez le chemin...
Parasite de la Terre, vieux genre humain
Attaché pour toujours à la terrestre fange,
O fantastique roi des Bêtes, qui fais l'Ange...
A boucler tes désirs, résigne-toi, petit !
Au niveau du repas borne ton appétit...
Quelques milles en l'air, et voilà ton couvercle.
Lorsque tu veux marcher, tu voyages en cercle.
Fermé partout, là-haut, là-bas, plus loin, toujours,
Quels que soient tes espoirs, tes luttes, tes amours,
Les crampes de ton cœur, les rêves de ton ventre,
Une force t'attire à jamais vers le centre
Du globe ridicule où nous sommes liés,
Énergique prison qui nous tient par les pieds.


Oh! s'échapper!... Rêver qu'on flotte dans l'espace,
Que la terre au-dessous de nos ailes s'efface;
Toute une nuit, dans l'ombre épaisse du sommeil,
Songer que l'on a pu coudoyer des soleils...
Puis, à l'aube, reprendre avec horreur sa tâche.
Sentir qu'un invisible argousin vous rattache
A de mesquins labeurs, à des plaisirs mesquins...
Monnayer les soleils du rêve en vils sequins...
Tenter de ressaisir à pleins poings la Chimère
Qui s'évade laissant une ironie amère :
Pour retrouver les grands précipices des Cieux,
Aller plonger ses yeux, amantes, dans vos yeux;
Pour avoir un semblant de pétillement d'astres,
Guetter l'or à travers des milliers de désastres,
Travailler, s'empoigner, lutter, suer du sang,
Aimer, jouer, jouir, salir du papier blanc,
Accumuler richesse, honneurs, génie et gloire,
Puis... comme le vin pur ressemble au soleil... boire...
Et faire tout cela sans avoir jamais pu,
Sinon par impuissance,être jamais repu.


Ah ! plutôt que lutter contre la Force immense,
Plutôt que de lancer nos désirs en démence
Vers les clartés d'En-Haut, pleines d'obscurités,
Puits d'où ne tombe pas sur nous la Vérité,
Plutôt que d'assaillir le dieu des Nébuleuses,
Roi du Chaos et des Étoiles fabuleuses,
Subissons les arrêts de ce despote dur :
Couchons-nous, et dormons sur notre lit obscur !
Laissons l'odieux Ciel insondable ! Qu'on ferme
L'espace fou qui n'a commencement ni terme !
Dormons ! et, repliant les bras, courbant le dos,
Que nous n'aimions plus rien, sinon le grand repos...


Plus d'inconnu ! plus d'infini ! plus d'hirondelles !...
Bondir, pour retomber brisés... Coupons nos ailes.


 Goudeau, Émile

(1849-1906)

Voici ce que disait Léon de Bercy (Montmartre et ses chansons, H. Daragon, libraire - 1902) à propos de ce poète, chansonnier, romancier, fondateur des Hydropathes [*] et célèbre pour ses mystifications:

Qui ne connaît l'auteur des Voyages d'A'Kempis, le parfait poète des Fleurs de Bitume et des Poèmes ironiques, le fondateur et inamovible président des Hydropathes, l'intéressant chroniqueur de Dix ans de Bohème, le romancier puissant de la Graine humaine, le paradoxal fantaisiste, le savant helléniste, lettré délicat, disert, éloquent, persuasif, touchant et élégant- le pur artiste, en un mot - qu'est Émile Goudeau ? Et n'est-ce point de ma part un "pléonasme" que d'oser le présenter ici ?

Dans le dernier numéro de l'Hydropathe (22 décembre 1899), il expose ainsi lui-même, sous la signature Hégé, sa généalogie :

"Le premier Hydropathe dont il soit fait mention remonte à l'âge de la pierre éclatée. Il n'avait pas de nom, selon l'usage de ces êtres primitifs; mais tout porte à croire que la syllabe; Go, qui signifiait Dieu, ou Chef, ou Maître, lui fut appliquée. D'ailleurs, à l'âge du bronze, on retrouve un certain Go qui devait descendre de ce premier Hydropathe.

"Une foule de commentateurs qui s'acharnent à déchiffrer les pierres runiques et les monolithes de l'Arrière-Egypte assurent que ce Go, que les Phéniciens, en leur alphabet, écrivaient par gamma-oméga, était le même que Io, la Vache Sacrée, et que Iod, qui est la première lettre du nom de Iaveh.

"Ainsi Go (Gê-ô ou gamma-oméga), de même que Io ou Iod, aurait signifié la Divinité, soit mâle, soit femelle, et le premier Hydropathe, si l'on en juge d'après ces savants, devait être hermaphrodite et divin.

"Vint ensuite une génération, durant la préhistoire, une peuplade qui, allant vers le Nord, reconnut pour chef un Hydropathe Scalde, qui s'appelait Ud ou plutôt Vd, d'où le nom des Védas mythologiques.

"Il y eut là, ce semble, deux familles d'Hydropathes, sorties du premier Hydropathe hermaphrodite des temps de la pierre éclatée et de l'âge de bronze : les Go et les Vd.

"Et de même que les Angles (sic) et les Saxons finirent par former un peuple agréablement connu dans l'univers sous le titre d'Anglo-Saxon, de même, par une sorte de fusion assez fréquemment observée dans le domaine historique, les Hydropathes cosobrins, ou cousins, si vous voulez, les Go et les Vd ou Ud fusionnèrent en une race qui, dès le temps des Grecs et des Romains, s'appela les Ioûd ou Govd, d'où le nom de Goth est sorti. Et aussi le mot God, qui signifie Dieu en anglais et qui rappelle le Iod des vieux Iavhistes.

"Il y a là un mélange singulier de doctrines indo-européennes et sémitiques qui troublent l'observateur superficiel. Mais que celui-ci daigne un instant considérer que toutes les religions et toutes les races se tiennent à l'origine, comme l'indique le si lointain symbole de la fraternité de Sem, Cham et Japhet.

"Donc, nous eûmes, à partir de Charlemagne, les Hydropathes Govd, appelés aussi Goud.

"Survint le Moyen âge - car tout survient à qui sait attendre, et les archéologues et archivistes sont de patientes gens qui savent attendre. Donc, le moyen âge étant survenu, voilà qu'une branche cadette, plus féminisée que l'aînée et dirigée par une femme appelée Eav, ou Eaû (ce qui rappelle Eve ou Eva, car tous les symboles se tiennent) s'éloigna du tronc principal de l'Hyropathie, laquelle, dès lors, sembla dégénérer et tomber dans l'oubli.

"Où trouve-t-on trace des Hydropathes sous Henri IV ou sous Louis XIV, sous la Révolution et sous l'Empire ? Il n'en est pas une, excepté dans quelques récits de la Bohème, écrits en vieux tchèque-tziganique et à peu près indéchiffrables.

"Mais voici qu'au début de ce siècle, on trouve une famille hydropathe dans les cavernes du Périgord. Cette famille ayant soudé les diverses branches hydropathiques, les masculinistes comme les femellistes, s'appela, sur les registres devenus obligatoires de l'état civil, les Govd-Eav, d'où, par ignorance sans doute ou malveillance, les officiers municipaux firent GoudEau et, par corruption, Goudeau..."

Donc, Émile Goudeau naquit à Périgueux, en Périgord vers le milieu du siècle dernier.

En ce qui concerne ses débuts, si le lecteur en a la coupable ignorance, je l'enverrai à la Bibliothèque Nationale s'esjouir deux heures durant à la lecture de Dix ans de Bohème. Qu'il me suffise de dire ici que le président des Hydropathes fut l'instigateur du mouvement littéraire montmartrois, le bras droit de Rodolphe Salis et l'âme du premier Chat Noir. C'est lui qui sut amener et grouper à Montmartre cette phalange de poètes dont s'honore aujourd'hui le Théâtre et les Lettres. Et si Rodolphe Salis a fourni l'écrin, Goudeau fut celui qui choisit pour le garnir les étincelants joyaux dont l'éclat se projeta et se projette encore en rayons de gloire autour de la Butte Sacrée.

Après vingt ans, il est resté fidèle à Montmartre. Car, après l'avoir applaudi à l'Hostellerie-du-Lyon-d'Or et à la Roulotte, nous l'avons vu organiser avec Willette les fêtes de la Vachalcade, le bal du Déficit et rédiger en chef le journal des Quat'-z-Arts.

En mémoire de la joie et de l'exquise sensation d'art que j'ai toujours éprouvées à la lecture ou à l'audition des œuvres de Goudeau, je donne ici les vers qu'il nous récita à la dernière réunion des Hydropathes :

< voir encadré ci-contre


Notes :

En 1911, la municipalité de Paris a remplacé le nom de la place Ravignan (du nom du prédicateur jésuite Gustave-François-Xavier de La Croix de Ravignan - 1795-1858) par celui d'Émile Goudeau. Au numéro 13 de cette place se trouve le nouveau Bateau-Lavoir (1978), le précédent ayant été détruit lors d'un incendie en 1970.


[*] Les Hydropathes est un club littéraire parisien qui a existé entre 1878 et 1880 puis, de façon éphémère, en 1884. Après la guerre de 1870, il se créa à Paris de nombreux clubs littéraires dont la longévité et l'importance furent extrêmement variées. Le club des Hydropathes fut l'un des plus importants tant par sa durée que par les artistes qui y participèrent. Le club fut créé par Émile Goudeau le 11 octobre 1878. Il choisit le nom Hydropathes. (étymologiquement : ceux que l'eau rend malades).




 Goudezki, Jean

De son vrai nom, Edouard Goudez est né à Louvignies-Bavay (Nord), fils d'un industriel, le 20 décembre 1866. Après des études à Valenciennes, il vint à Paris pour y faire son droit et se tourner, vers 1890 à la chanson et débuter, récitant des poèmes de son cru, à l'Hostellerie-du-Lyon-d'Or pour ensuite partir en tournée avec Trombert, le futur directeur du cabaret des Quat'z'Arts, et faire une entrée triomphale au Chat-Noir, où ses satires furent très appréciées par un public médusé.

Goudez-Goudezki ? "Pour qu'on ne s'étonne pas de me voir boire comme un Polonais" disait-il.

Ami d'Alphonse Allais, il écrivit, comme lui, au Journal, des articles vitupérant la bourgeoisie (dont, curieusement, il faisait partie) tout en publiant des poèmes un peu partout notamment dans des recueils intitulés Chansons de lisière, Les vieilles histoires ou Les Montmartroises.

Antisémite notoire il écrivit, en outre, plusieurs couplets contre les juifs dans La Libre Parole.

En 1897, on le retrouve à la Muse de Montmartre, mais il disparaît peu de temps après.

Michel Herbert dans La chanson à Montmartre (La table ronde, 1967) nous informe qu'à la mort de son père (vers 1898) il alla finir ses jours, en industriel respectable et rangé, ayant repris la direction de la fabrique paternel, dans son village natal.

Amateur de calembour, il en fit des célèbres. Comme celui qu'il inventa, voyant une prostituée maigre et longue : "Tiens, dit-il, l'Odalisque de Luxure !" ou encore :

Bas-bleu

C'est le bas-bleu que l'on me nomme,
Bas-bleu qui n'est point femme et n'a
Ni la virilité de l'homme,
Ni la candeur de l'Auvergnat.

Pour moi, l'inconstante compagne,
On a livré plus d'un combat,
Et cependant mon coeur ne bat
Mon coeur ne bat que la campagne.

Pour dissiper mon long ennui.
J'ai près de moi toute une garde
De poètes qui, jour et nuit,

De frais madrigaux : me bombarde.
Je peux dire : "C'est moi qui suis
La véritable Femme à Barde."

Son sonnet olorime, dédié à Alphone Allais, demeure un classique :

Invitation
(À venir à la campagne prendre le frais, une nourriture saine et abondante, des sujets de chroniques et des bitures.)

Je t'attends samedi, car Alphonse Allais, car
A l'ombre, à Vaux, l'on gèle. Arrive. Oh ! la campagne !
Allons – bravo ! –  longer la rive au lac, en pagne ;
Jette à temps, ça me dit, carafons à l'écart.

Laisse aussi sombrer tes déboires, et dépêche !
L'attrait (puis, sens !) : une omelette au lard nous rit,
Lait saucisse, ombre, thé des poires et des pêches,
Là, très puissant, un homme l'est tôt. L'art nourrit.

Et, le verre à la main, – t'es-tu décidé ? Roule —
Elle verra, là mainte étude s'y déroule,
Ta muse étudiera les bêtes et les gens !

Comme aux dieux devisant, Hébé (c'est ma compagne)...
Commode, yeux de vice hantés, baissés, m'accompagne...
Amusé tu diras :
"L'Hébé te soûle, hé ! Jean !"

Jean Goudezki décède en 1934.




PATRIOTARD


C'est un dégénéré simplement veule et flasque
Qui mesure un guerrier à l'ampleur de son casque.
Son finie est de ruolz
(1), son cœur de maillechort (2).
Il prend pour uriner des poses de ténor.
Son crâne est un musée où des images dorment
D'ustensiles guerriers, d'éperons, d'uniformes.
Son courage est en zinc, et son verbe brutal
A des sonorités d'un goût... municipal.
A sa littérature il n'est pas de remède ;
Il suinte des vers de monsieur Déroulède,
Où de jeunes enfants, coiffés de blonds cheveux,
Sont nommés caporaux en distiques piteux,
Pendant qu'un vieux sergent, sous des grêles de balles
Couche sur des drapeaux, mange dans des cymbales,
Ou, la main sur l'affût de deux ou trois canons,
S'asseoit sur des tambours en sonnant du clairon.
Le bouillant, le bruyant, le braillant patriote
Est un être malsain: s'y pique qui s'y frotte.
Sa marotte lui vint, un jour de révision,
Quand le major lui dit: "Remets ton pantalon.
Ta triste architecture est un bloc pitoyable,
Tu ne feras jamais un troupier convenable."
Lors, en son cœur, le chant, russe, autant qu'usuel,
Quoique quasi anticonstitutionnel,
A dit son bon vouloir, son ivresse de vivre,
Aux sons républicains d'une musique en cuivre.
0 jour trois fois heureux ! Béni soit le major
Qui préserva tes pieds des oignons et des cors.
A toi bocks et vermouths, kummel, absinthe pure,
Et les rêves d'alcool que ton esprit suppure,
Evoquant le décor des Quatorze-Juillets,
A toi pétards, fusées et coups de pistolets,
Chaussette franco-russe au parfum de pandore,
Ceinture à la moujik
(3), caleçon tricolore !
Embrasse, coq gaulois, l'aigle dominateur !
Vive la liberté, béni soit l'empereur !
Et, fétide, il s'en va, de gargote en gargote,
Ressasser des propos de femelle en ribote
(4),
Danser la moscovite, en songeant à Moscou,
De sinistre façon s'asseoir un peu partout,
Dans un ruisseau rêver de blondes cantinières
Posant sur ses genoux leur croupe hospitalière.
Et puis, un beau matin, a question d'Orient,
Du Niger ou d'ailleurs, aura l'inconvénient
De faire résonner la trompette de guerre.
Les simples s'en iront défendre la frontière,
Mais lui, le bon gueulard, soudainement promu
Au rang de spectateur, et gravement ému
En songeant aux malheurs qui menacent la France,
Ira dans un désert enterrer sa souffrance.
Prudent, il se tiendra loin des endroits malsains
Où d'autres, sans orgueil, sans discours, sans refrains,
Iront faire ajourer le drap de leurs capotes
Pour le compte de faux et bruyants patriotes.


 Gréjois, Henri

D'après Léon de Bercy - Montmartre et ses chansons - H. Daragon, libraire - Paris - 1902.

Voici ce qu'il disait à propos de ce parolier-violoniste-comédien-présentateur, né en 1876, quifut également correcteur, préfacier (Œuvres de Paul Delmet), directeur artistique et auteur de nombreuses pièces en un acte, d'une comédie-bouffe en trois actes (La Bonne affaire, en 1906) et de multiples comédies qu'il écrivit en collaboration avec Gabriel Tallet, Gualbert Guinchard, Adrien Gau, etc., mais surtout connu pour ses délirants poèmes et chansons satiriques (quoiqu'il écrivit les paroles de valses et autres chansons de facture plus classique telle que "Parfum d'été" mis en musique par Léo Daniderff).

Je dirigeais le spectacle au Conservatoire de Montmartre lorsque, en 1898, s'y présenta Henri Gréjois, qui, après deux ou trois jours d'essai et sur mes instances, fut engagé à raison de 3 fr. 33 par soirée. Il débuta avec quelques satires très acerbes, mais d'une forme un peu lâchée, châtiant les sottises et le ridicule des gens du monde, le jésuitisme et l'hypocrisie politique. À la lecture de la pièce ci-dessous, qui obtint beaucoup de succès, on aura une idée exacte de la façon dont il traite ses sujets :

< voir encadré ci-contre

C'est à Clamecy que revient l'honneur d'avoir vu naître, en 1876, Henri Mazier, dit Gréjois, qui fit ses études à Paris, à Bourges, à Blois, à Laval, au Puy, à Toulouse (où il passa son bachot) et à Paris. Afin d'esquiver le service militaire, il fait deux années de médecine interrompues, à trois reprises différentes, par des tournées qu'il fait en compagnie d'une troupe de comédie. Il entre ensuite dans la maison d'édition Picard et Kahn, à Paris, en qualité de correcteur; il y corrige des livres de "prix" dont les auteurs nouent d'aimables idylles entre enfants de treize à quinze ans; il revoit également un Traité sur les Engrais naturels, où il développe sur la respiration des plantes des théories aussi dramatiques qu'abracadabrantes. Mais une gastrite lui fait abandonner la correction. Il entre alors comme premier violon dans un quintett au café de la Cloche, rue Custine, à raison de six francs par jour. De là, il fait, avec le même emploi, plusieurs saisons dans des stations thermales.

En quittant le Conservatoire de Montmartre, où il était parvenu, non sans peine, à obtenir la pièce de cent sous quotidienne, il entre au Cabaret des Arts et simultanément aux Noctambules. Nous le retrouvons en 1899, aux Mathurins, où le public snob avale difficilement le fiel de son ironie, aussi n'y reste-t-il que quelques mois, au bout desquels il revient à Montmartre, et grimpe sur le Tréteau-de-Tabarin. Enfin, en 1900, il prend la direction artistique du Cabaret des Noctambules, qu'il exploite aujourd'hui pour son propre compte et où il sait, par le choix de son programme de chansonniers et la représentation d'amusantes piécettes, attirer et retenir la jeune clientèle du quartier des Ecoles. Entre temps, avec Chardin comme imprésario, il a fait la tournée de La Bodinière, cumulant, avec un égal bonheur, les fonctions de présentateur, d'acteur et de chansonnier.

Gréjois a écrit le livret de deux pièces d'ombres : Le Festin de Balthazar, en vers lyriques, avec la collaboration de Raymond Ballu, musique de Jeanne Valentin, ombres de Auglay, représentée au Conservatoire de Montmartre en 1899, et Le Voyage de Mimi Pinson, revue latine avec ombres, jouée en 1900 aux Noctambules, pendant deux mois, avec un succès non interrompu. Il a également composé, pour le même établissement, Mars en Carême, 1901, Dame Sérieuse, avec Jihel, L'Affaire Boutavant, avec Jihel et Butot, et enfin, en collaboration avec Lucien Boyer, la revue qu'on devrait représenter en ce moment. Car, à l'heure où nous mettons sous presse, nous apprenons que, des difficultés ayant surgi entre Gréjois et le propriétaire des Noctambules, celui-ci a repris l'exploitation et composé une troupe nouvelle.

Gréjois compte de nombreux succès de cabaret, je citerai plus spécialement "L'Irrigateur", "Les Apostrophes", "Le Lancement du Coppée", "L'Ecole des Journalistes", "Confidence du Roi Edouard VII au Duc de Connaught", "L'Homme coupé en morceaux", "Recette pour avoir les Palmes". Je signalerai également une nouvelle parue dans Bono Dum-Dum (Jeanne Landre, édit.) : Le Coeur de la Reine.


(1) Le ruolz est un alliage de cuivre, de nickel et d'argent mis au point par le comte français Henri de Ruolz qui lui donna son nom.
(2) Le maillechort est un alliage de cuivre, de nickel et de zinc d'aspect argenté, et pour cette raison parfois appelé argentan, mis au point par les Français Maillet et Chorier en 1819, ils lui donnèrent son nom.
(3) Le terme moujik désignait dans la Russie impériale un paysan de rang social peu élevé, comparable à un serf.
(4) Bombance.



 Guy-Blaché, Alice

Alice Guy (Blaché), réalisatrice française, est née le 1er juillet 1873 à Saint-Mandé.

Première réalisatrice au monde, en 1896, avec le film La Fée aux choux, dans lequel elle associe le cinématographe (des Frères Lumière) et l'art théâtral par le système du Chronophone [*].

On lui doit notamment les Phonoscènes [*] dans lesquels évoluent Dranem, Polin ou Mayol et que l'on retrouvera dans leurs pages respectives.

Elle crée un nouveau genre : le septième art. Première femme créatrice d'une société de production cinématographique, la Solax Film Co en 1910.

Elle décède le 24 mars 1968 Mahwah (New-Jersey).


[*] Brevet déposé en 1910 par Léon Gaumont. Système (amplification mécanique créée par la modulation d'un flux d'air comprimé) servant à produire et synchroniser un son suffisament puissant et audible dans une grande salle (ca. 4000 places) contrairement au grammophone allemand. Ce système augmente sensiblement la durée de projection et associe disque et film appelé Film parlant ou Phonoscène.



Guyon, père imitant La Bordas




Guyon, fils

 Guyon, Père & fils

Alexandre Guyon, le père, est né en 1830. Il était ciseleur de son métier et grand admirateur de Debureau. S'étant lié d'amitié avec le fils de ce dernier, il se fit, en 1847, machiniste pour voir son idole tous les soirs. Comme il était de toutes les représentions et le suivant de théâtre en théâtre, on lui laissa le privilège, en 1850, de revêtir le costume de Pierrot sous le nom d'Alexandre. - Avec Debureau père et Debureau fils, il fut non seulement au paradis mais apprit son métier.

Plus tard, aux Folies Dramatiques, sous le nom de Guyon, il se fit connaître pour, entre autres, sa faculté de jouer d'à peu près tous les instruments de musique.

Il est un Hercule, nous dit le Docteur Goninet, un fidèle lecteur : un biceps gros comme la cuisse d'une femme géante. Serrurier-mécanicien, il se construit lui-même ses maisons. Habitant Nogent, dans une île, il se fabrique, en véritable Robinson, des cages à poulet, des chaussures, des tournebroches...

Engagé à l' Eldorado (voir Paulus, Mémoires, chap. 12), il y fit surtout connaître pour ses dons d'imitateurs (La Bordas - voir à Amiati) puis rentra aux Variétés en 1876 où il resta jusqu'en 1883.

En 1895, âgé de 66 ans, il obtint la pension de 500 francs de la Société des artistes.

Son fils, Guyon fils, devint, comme son père, artiste de café-concert après avoir suivi des cours au Conservatoire de Musique. - Les deux furent des compagnons de Paulus qui les mentionna souvent dans ses Mémoires : chap. 12, 14, 16, 17 et 19.

Guyon, fils


Guyon, père eut également une fille, Aline, qui devint comédienne mais qui mourut très jeune.