MINI-BIOGRAPHIES

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J


Les informations dont nous disposons sont quelques fois très succintes et ne nous permettent pas vraiment de réaliser une fiche biographique conventionnelle. Aussi, nous ajoutons cette série de pages (en ordre alphabétique) pour diffuser les quelques renseignements que nous possédons sur les personnages ne faisant pas l'objet d'une Fiche biographique...


 

 Jihel

Voici ce que Léon de Bercy (Montmartre et ses chansons, Paris 1902) dit de ce prolifique auteur :

Né à Paris en 1871 de parents angevins, Jihel – Marteau de son véritable nom – fit ses études alternativement au lycée Hoche et à Poitiers. Malgré ses dispositions assez sérieuses pour l'armée, le barreau et le théâtre, il ne consentit, dit-il, à cabotiner dans aucune de ces carrières ; il préféra se livrer à la littérature. En 1896, il remporta un prix aux Jeux Floraux, puis fut, six mois durant, secrétaire d'un député socialiste du Nord, qu'il planta là à la suite d'une discussion.

Décidé àvivre dorénavant de la chanson, il se présenta aux Quat'-z-Arts en 1897 et y remplaça Xavier Privas pendant que celui-ci accomplissait, comme officier de réserve, une période d'instruction militaire. Cet essai lui ayant été favorable, Jihel alla frapper à la porte du Conservatoire de Montmartre, où il fut admis. Abordant tour à tour tous les genres, il écrivit de petites satires politiques, des chansons angevines, des parodies, des "rosseries" pour Yvette Guilbert, des paysanneries pour Ouvrard et des romances que musiquèrent Ch. de Sivry, Esteban Marti, Marcel Legay, Charbonnier, Jean Huré, Mario, Albert Chantrier, voire le maître Massenet ; mais il se confina plus spécialement dans l'actualité.

En quittant le Conservatoire de Montmartre, il fit en Belgique, en Hollande et en Angleterre un voyage d'études au retour duquel il adressa au Ministère des Beaux Arts un rapport sur les Procédés d'exposition et de conservation des Musées des contrées qu'il venait de visiter. En récompense, M. Leygues lui accorda les palmes d'Officier d'Académie (1899). La boutonnière ornée, il revint au Conservatoire de Montmartre et se dénomma définitivement le "chansonnier Jihel" ; il retourna ensuite aux Quat'-z-Arts (dont Trombert lui confia la régie), puis se produisit au Grillon et aux Noctambules, où il est encore actuellement. J'oubliais de mentionner qu'il avait fait partie de l'éphémère Tremplin, où il donna une revue qui réussit assez bien : Revue sans Titre. En 1899, il se risqua à envoyer à M. Jules Claretie un acte en vers, La Vierge, qui fut reçu... à correction. Il a écrit l'an passé, en collaboration avec Henri Gréjois, Dame sérieuse, comédie de mœurs en un acte dont Louise France créa, avec son talent si personnel et si puissant, le principal rôle sur la petite scène du Cabaret des Noctambules. Il est également l'un des auteurs de L'Affaire Boutavant, l'actuel succès de cet établissement.

Jihel – il le reconnaît d'ailleurs lui-même – est hésitant, instable dans ses tendances, dans ses désirs, dans ses sélections et aussi dans sa manière ; et son œuvre seressent de ces fluctuations. Un poème commencé par lui de façon galante et passionnée tournera tout à coup au pessimisme le plus cruel. Il passe son temps à brûler ce qu'il a adoré ; et il a chaque jour une adoration nouvelle. Quoiqu'il en soit, je suis persuadé que, avec l'esprit d'observation, l'humour et la science qu'il possède, Jihel, une fois débarrassé de ses indécisions, se créera promptement une personnalité parmi les chansonniers montmartrois. Il excelle déjà dans ses chansons patoises ; et je me suis franchement amusé à lui entendre chanter – fort joliment, ma foi – sa paysannerie "Pif, Paf, Pouf !". Ce genre n'était point encore cultivé au cabaret, où il s'acclimaterait rapidement, en contraste et en complément des durs poèmes beaucerons de Gaston Couté. Mais je me mêle là de choses qui ne me regardent pas : quelle que soit la veine qu'il veuille exploiter, Jihel réussira, il le désire. J'en donne pour preuve les deux exemples ci-dessous :

LE TAPEUR

C'est lui qui vous découvre, assis à la terrasse,
Et même à l'intérieur d'un café du boul'vard.
Gracieus'ment, il vous offre un' boisson à la glace;
Mais quand il faut payer, i' s'auve: il t est en r'tard.

C'est lui qui vous cramponn' pendant tonte un' journée
Pour vous fair' des emprunts plus ou moins importants:
Il doit vous rendre ça vers la fin de 1'année. –
Comme i n'dit pas laquell', ça peut êtr' dans cent ans.

C'est lui qui s'introduit dans l' salon à la mode
Pour étendre, dit-il, le cercle d' ses rations;
Taper à domicil', c'est beaucoup plus commode...
Et puis tant d'gobeurs dans les haut's situation.

C'est lui qui fait la cour à deux ou trois jeun's filles;
Comme il chante assez mal et qu'on lui croit du bien,
Ça lui procur' l'hiver quelques soirées d' famille:
La famill', c'est si beau, quand ça n' vous coûte rien

C'est lui qui rest' dîner plusieurs fois par semaine
En v'nant vous rendr' visite à l'heur' du r'pas.
L'intrépid' "Vid'-bouteill 's" a resterait en haleine
Tant il boit, tant il mang'; mais tout ça ne compt' pas.

C'est lui, si vous quittez votre table la hâte,
Qui s' lève; et vous lui dit's : "Restezdonc et jasez !"
Lors, il conte Madam' comment l' terrain se tâte
Quand un fait les manœuvr's dans un pays boisé.

C'est lui qui vous prend tout : votre argent, votre épouse ;
Mais vos yeux sont ouverts, et c'est tout déconfit
Qu'il lui faut accepter de votre humeur jalouse
Un combat singulier ailleurs que dans vot' lit.

C'est enfin lui qui r'çoit quelques pouc's de vot' lame
Blessé mortellement et près de se raidir,
Il perd la connaissanc' de tout c' qu'on lui réclame
Et n' rendra seulement... que le dernier soupir.

SONNET

Un champ vide, entouré de ronces épineuses,
Telle est mon âme et tel est coeur délirant:
Les amours sont passées, laissant plus douloureuses
Ma force et ma jeunesse leur songe navrant.

Et je traîne mon corps, cette loque honteuse,
Sur le sentier aride à mon orgueil mourant,
Sans entendre jamais de parole flatteuse
Pour bercer mon espoir... si faible qu'il se rend.

Vais-je la regretter et rejoindre la route
Où, dans un effort, hier, je l'abandonnai toute ?
Sera-ce là le but des bonnes volontés...

Non! Je suis libre et veux garder libre cette âme
Arrachée au Désir, à son gibet infâme!...
Ris, mon coeur triste, ris !
Et vous, Muses, chantez !


 

 Joyeux, Andhré

Voici ce que Léon de Bercy (Montmartre et ses chansons, Paris 1902) dit de cet auteur et directeur de cabaret :

André Lesage, dit Joyeux, s'est suicidé dans un accès de fièvre chaude le 4 septembre 1899. II était alors directeur du cabaret de l'Ane-Rouge, qu'il avait acquis en1898, et n'avait pas encore accompli sa trentième année. Il avait été présenté une dizaine d'années auparavant à Rodolphe Salis par notre regretté camarade Adrien Désamy, aimable poète qui fournit longtemps à l'Illustration des vers qui commentaient les dessins de ce journal. Absent pendant trois ans pour remplir ses devoirs militaires, Joyeux revint àMontmartre en 1894, entra à l'Ane-Rouge, avec Gabriel Salis, retourna au Chat-Noir et succéda ensuite à Marcel Legay dans la direction des Noctambules.

Il composait des chansons d'actualité et des parodies dont quelques-unes étaient fort réussies. C'était un charmant camarade, qui ne prêta jamais à la médisance.



 Julia, Mademoiselle

Julia Boulay dite Mademoiselle Julia, un ex-rat de ballet qui poussa la chansonnette vers 1900.

Paulus, dans ses Mémoires, en 1906, ( chap. 8), lui promettait un bel avenir... Mais cet avenir ne semble pas s'être réalisé.