Harry Pilcer (circa 1920)



 

Harry Pilcer












Gaby Deslys et Harry Pilcer














Gaby Deslys


(et HARRY PILCER)

Née Marie-Élise Gabrielle Caire, à Marseille (Bouches-du-Rhône - 13), le 4 novembre 1881, cette interprète et meneuse de revue, qui mourut en pleine gloire, à Paris, en février 1920, fit ses débuts vers le tournant du siècle dernier.

Des programmes la situent à partir de 1900 au Parisiana, à l'Alhambra, à La Cigale, aux Folies Bergère, au Moulin Rouge... mais dès 1906, elle fait déjà partie de ces artistes qui ont décidé de faire carrière sur la scène internationale. On la retrouve en effet à New York, en 1906 dans une revue intitulée The Charm of Paris.

En 1907, elle est vraisemblablement à Londres : une photo d'elle, datée de cette année-là, la situe dans un studio de Hampstead.

En 1910, après être sans doute retourné à New York, elle est de retour à Londres mais cette fois-là avec un jeune danseur américain, Harry Pilcer. Les deux font un malheur.

En 1911, elle est de retour à New York où Ned Waynurn, le chorégraphe des Siegfield Folies, crée, à son intention, le Gaby Glide (paroles d'Harry Pilcer) que Gaby Deslys danse, face au public, avec, derrière elle son partenaire. Les deux glissent littéralement sur les planches, soit dans la revue annuel de Siegfield (The Revue of Revues - le 27 septembre), soit dans une véritable revue intitulée Vera Violetta qui prend l'affiche deux mois plus tard.

Cette revue est reprise l'année suivante à Londres.

En 1912 elle est en tournée en Amérique du Nord dans une production du Winter Garden Company, Whirl of Society, en compagnie d'Al Jolson (Montréal, Théâtre Princess, le 30 décembre), Al Jolson avec qui, en 1913, elle sera de retour à New York dans une autre revue, The Honeymoon Express.

La même année, elle est à Londres encore... - En 1914, à New York, elle est aux côtés de Sam Bernard dans The Belle of Bond Street et, en 1915, c'est dans une revue d'Irving Berlin qu'elle paraît en compagnie de Joseph Santley : Stop! Look! Listen !

The Honeymoon Express
avec Al Jolson)

Stop ! Look ! Listen
(avec Joseph Stanley)

The Belle of Bond Street
(avec Sam Bernard)

New York...

... Londres

De retour à Paris en 1916 où, selon la légende, ses services sont retenus par les renseignements français (sic), elle quitte immédiatement pour Londres où elle triomphe en 1917 au Globe Theater sauf que la même année, Jacques-Charles qui, six ans auparavant, a eu l'idée d'un grand escalier la rappelle pour lui confier, avec Pilcer, le rôle principale dans une nouvelle revue au Casino de Paris.

Music-Hall et café-concert d'André Sallée et Pierre Chauveau :

"Le soir du 17 décembre, dans un Casino métamorphosé, noir, rouge et or, décoré de laques chinoises, la foule se pressa. En haut de l'escalier de lumière inventé par Jacques-Charles, l'apparition de la fée Deslys époustoufla ! Elle fut, dit Jacques Charles,la première qui osa s'affubler de plumes en catalfaque (sic) et de robes énormes constellées de pierreries. Elle était ravissante, sa grâce était infinie."

La revue s'appelle Laissez-les tomber et l'autre clou du spectacle, l'orchestre de ragtime et les numéros de danse de Gaby Deslys et de Harry Pilcer.

En 1918, tout ce beau monde fuit Paris à cause des bombardements de plus en plus en plus nombreux. Le propriétaire du Casino, Volterra, ayant acheté un théâtre à Marseille, y installe sa troupe et son spectacle. Peu avant l'armistice, Gaby et Voltera se disputent. L'anecdote est raconté dans le Mistinguett de Martin Pénet (Éditions du Rocher, 1995 - Voir à Bibliographie) : un admirateur, nul autre que le petit fils de Georges Clémenceau, se livre tous les soirs à des excentricités de plus en plus osées : un soir, il lance cent colombes dans la salle, un autre, il distribue des boîtes de bonbons avec le portrait de Gaby, le surlendemain, ce sont des flacons du parfum favori de l'artiste... Volterra dit que ça dérange le spectacle, un mot en appelle un autre, etc.

Volterra décide à ce moment là de remplacer Deslys et Pilcer par une certaine Mistinguett et un certain Chevalier...

Gaby ne s'inquiète guère de cette concurrente. Dès l'arrivée de la Miss, elle remonte vers Paris, avec Pilcer, pour jouer La marche à l'étoile de Roger Ferréol et Paul Marinier au Fémina. Pas de mauvaises critiques, mais pas de bonnes. Et Paris commence à se lasser des extravagances de cette Deslys et de ce Pilcer qui, entre autres, pour annoncer leur spectacle, lance des pièces d'or à leur effigie depuis un avion qui vole à quelques mètres des maisons.

Gaby Deslys...

... Mistinguett

Gaby qui a tourné l'année précédente un film, Bouclette ou L'ange de minuit de René Hervil et Louis Mercanton (d'après un scénario de Marcel L'Herbier), et qui, en 1915 avait reçu un cachet de 15.000 dollars pour un deux bobines tournés aux USA et intitulé Her Triumph,  consent à ce moment-là de tourner ce qui sera son dernier film : Le Dieu du hasard d'Henri Pouctal... pendant qu'Harry ouvre un établissement de danse. Et puis la fin : réconciliée avec Volterra, elle assiste, à sa demande, à la dernière pièce de Réjane le 19 décembre 1919. - Quelques jours plus tard, elle est alitée. Grippe puis pleurésie. Le 11 février, elle disparaît. Elle venait d'avoir 38 ans.

Et Liane de Pougy d'écrire dans ses Cahiers bleus :

"La plus riche actrice française, celle qui a le plus de perles et sans doute le plus d'envieuses [est morte]. Son destin lui [aura] peut-être épargner peut-être la vieillesse, cette retraite des comédiennes qui ressemble à un enterrement."

Et comme ce site est consacré à la chanson française, qu'on nous épargne d'avoir à décrire les détails scabreux de sa succession. Mentionnons tout simplement que Gaby Deslys repose au cimetière Saint-Pierre, à Marseille.


Harry, son ex-partenaire se dit dévasté mais quelque temps après, il crée, chante à côté, ou du moins serre dans ses bras, dans une nouvelle revue, Mistinguett que Chevalier vient d'abandonner...

La chanson ? - "Mon homme !"

De là, il continue à hanter les grandes salles, soit en chorégraphe, soit en co-vedette mais il s'est lancé en affaires peu avant le décès de Gaby : une, puis deux salles de danse portent son nom. - Faut dire que Gaby ne l'a pas oublié dans son testament... Divers repères nous permettent de suivre quelque peu son parcours :

Il est à l'Alhambra (Paris ) en 1922 : "Ce soir le fameux danseur Harry PILCER et sa danseuse Miss June DAY, de retour d'Amérique accompagnés par The RED DEVILS JAZZ BAND, débuteront dans leur numéro sensationnel." (Figaro 6 octobre 1922)

En 1927, après un court séjour à Londres, il est au Casino de Paris en compagnie de Maurice Chevalier et des Dolly Sisters. Fin 1936, l'orchestre de Philippe BRUN est l'orchestre attitré du Don Juan, un night club qu'il dirige depuis peu. En 1943, il est à Hollywood et fait une apparition dans un film aujourd'hui oublié, Thank Your Lucky Star de David Butler chez Warner Bros. On le voit même en danseur, en 1946, dans The Razor's Edge d'Edmund Goulding (il a alors 61 ans).

Puis c'est la retraite, semble-t-il.  À Cannes où il meurt, âgé de 76 ans, en janvier 1961.


Enregistrements

Gaby Deslys n'a pas beaucoup fait d'enregistrement et les recherches que nous avons faites du côté de Pilcer se sont avérées non concluantes. De Gaby Deslys, nous avons retrouvé, parmi les centaines de CD et de coffrets de repiquages des derniers années DEUX titres [*] et seulement deux titres. - Et encore ; si mal documentés qu'on ne sait ni quand, ni où ils ont été enregistrés ni de quelles revues ils ont pu faire partie.

Le premier se trouve à l'intérieur d'un coffret de deux CD intitulé Folies Bergère de 1902 à 1942 datant de 1990 (EPM 983422). Il est identifié, par erreur, au même nom que l'enregistrement précédent qui est de Geski et qui s'intitule "Sur un air américain". - À l'écoute de cet enregistrement, il est évident qu'il ne s'agit pas de la même chanson. Son texte est plutôt grivois et parle d'une certaine Philomène...

Le deuxième est identifié correctement mais pas de nom d'auteurs, ni de compositeurs. Il se nomme "La Parisienne" et n'a aucun rapport avec la chanson du même nom, créée par Mistinguett en 1920. - Sur étiquette Suave, un coffret de trois CD intitulé De Montmartre à Pigalle (sic) - numéro 6943019. Nous nous contenterons de citer les deux (courts extraits - car nous n'avons pas accès à des originaux) en espérant qu'un lecteur plus informé saura nous renseigner :

"Sur un air américain"

Sur "Folies Bergère de 1902 à 1942"


"La parisienne"

Sur "De Montmartre à Pigalle" [**]

[*] Un troisième a été retrouvé depuis, Chez EPM dans un coffret intitulé Le Casino de Paris et ses revues (EPM 982912) : "Tout en rose" de Vincent Scotto - Revue : Laissez-les tomber, 1917.

[**] Ce titre a été repris chez EPM dans un coffret (deux CDs) intitulé Le Moulin Rouge de 1889 à
1940
, numéro 983802.


Autres photos


Cartes postales


Avec Harry Pilcer

 

Le fameux "Gaby Glide"

   

Pour mémoire

Les années Deslys

Jean-Jacques Sirkis
Édition Jeanne Laffite - Marseille, 1990