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1906














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Vincent Hyspa

 

"Je suis né au pied d'une tour dans une ville latine, près de la mer.Après une ruine rapide due à de glorieuses inventions, telles que : le tabacsans fumée, l'éponge en porcelaine, le saucisson en poudre, le chapeau depaille humide (article d'été), je débutai, il y a environ dix ans au CHAT NOIRet me voilà maintenant à la Purée. - Que d'espace parcouru depuis dix ans parla navigation aérienne..."

Vincent Hyspa, circa 1900.

Auteur, compositeur, humoriste, poète, interprète, comédien, pince-sans-rireet personnalité montmartoise, que d'anecdotes on aurait à raconter à son sujet!

Léon de Bercy dit, à son sujet, qu’il était, avec son pantalon à la turque, sa redingote persane, sa voixcaverneuse, sa face de mandarin barbu et son impassibilité de fakir, unredoutable blagueur et qu’il avait, en plus, un mépris absolu de la rime. (Montmartre et ses chansons – 1902)

Né à Narbonne, le 7 novembre 1865 (sansfaire exprès, comme il le disait lui-même), il fut très tôt destiné, parses parents, à la magistrature, mais, ayant acheté par hasard, un jour, alorsqu'il étudiait la philosophie au lycée de Montpellier, un numéro du Chat Noir,il fut enthousiasmé par le ton de ce canard et composa un poème, Le philosophe,qu'il fit parvenir à la direction. On le publia immédiatement. Il s'abonna,bien sûr et continua d'envoyer des poèmes de son cru jusqu'à ce que, en 1887,il se rendit à Paris pour y passer sa licence en droit.

Le soir-même de son arrivée, il se présenta rue Victor-Massé. Accueilli avecétonnement par Rodolphe Salis qui l'avait imaginé beaucoup plus vieux, il y devintun régulier, d’abord en tant que client, puis, un soir, on lui demanda de remplacer Mac-Nab, malade, Mac-Nab dont il connaissait tout le répertoire. Ilen fut quitte pour être sa doublure pendant presque un an. Las, d'être un sous-Mac-Nab, il déserta le Chat Noir auprofit de l'Auberge du Clou où il resta trois ans à réciter et parfois chanterses poèmes, monologues et chansons avant de revenir au bercail où il eut, lorsde sa première prestation, un succès foudroyant en récitant son célèbre Ver solitaire :

Jen'ai jamais connu mon père, ni ma mère...
Jesuis le pauvre ver, le pauvre ver solitaire.

Salis en fit un Belge (à cause de son accent) qui, vêtu, alors, d’uneredingote à longs pans, d’un gilet montant, d’une  cravate flottante et d’un pantalon à lahussarde, devint vite connu dans tout Montmartre, mais également et surtout àcause de son sens inné de la parodie.

Du Chat Noir, il passa au Chien Noir, puis aux Quat'z'Arts, auxNoctambules, à la Lune Rousse, etc. où il obtint, partout un vif succès et ce,jusqu'à la fin des années vingt, quand il décida de passer du côté du cinéma etoù sa silhouette en fit un personnage inoubliable.

Une dizaine de films, entre 1931 et 1938 :

On le retrouve ainsi, en vieil orateur, dans À nous la liberté de René Clair (1931), en buste ou plutôt enstatue (sic) dans Il est charmant deLouis Mercanton - où Henri Garat et Meg Lemonnier se partage la vedette (1932)et dans Crainquebille de Jacques deBaroncelli (1933) où il joue le rôle du Docteur Mathieu. - C'est lui lephotographe dans La belle équipe deJulien Duvivier, film dans lequel Charpin fut un délicieux gendarme (1936) etencore lui, en proviseur, dans L'étrangeMonsieur Victor de Jean Grémillon, un des films-clés de Raimu (1938) ettoujours lui, reprenant son rôle de photographe dans Le petit chose de Maurice Cloche, malheureusement aujourd'huipresque oublié (1938).

Michel Herbert dans La chanson à Montmartre  (La table ronde 1967 - Préface de FrançoisCaradec †) dit qu’il faudrait un volume pour rapporter tous les "mots" d'Hyspa.

Parmi ceux qu’il cite :

Unjour, au Chat Noir, Salis lui désigne un financier véreux accompagné d'un petitgarçon. "C'est son fils, explique legentilhomme cabaretier. Il va sur ses dix ans. - Alors, constate Hyspa, il va bientôt commettresa première escroquerie."

Plustard, Bercy, voyant Hyspa pénétrer dans un immeuble de la rue des Abbessesvoisin de la station de fiacres, lui demande : "Tiens ! tu restes donc là,maintenant ? - Oui, dit l'autre. C'est à cause de ma santé. Le médecin a assuréque l'air des sapins me ferait du bien. Or, ici, j'en ai toujours huit ou dixen stationnement sous mes fenêtres."

Unclient se plaint devant ces deux mêmes chansonniers de la médiocrité desspectacles de l'Opéra. Martini, qui avoue être brouillé avec la musiquelaquelle, dit-il, le lui rend bien, coupe court. "Excusez-moi, mais je ne vaisjamais à l'Opéra parce qu'on y entend pas les paroles. - Il ne manquerait plusque ça !", soupire Hyspa.

Lorsd'un gala de l'Association Amicale des Chansonniers de Cabaret au Théâtre desVariétés, Léon Michel s'affaire. Il a été architecte et, comme il descend descintres par une échelle de fer, il déclare : "Ça me rappelle mon ancienmétier. - Orang-outang ?", s'informeHyspa.

Quand Hyspa mourut, en 1938, Jean Bastia lui dédia quelques versémouvants :

Telil s'avançait d'un pied menu
Surle tréteau, tel il est venu
Sansfaire de bruit, tel il s'en va.
Toutest doux et calme chez Hyspa.


Parmi les chansons dont il a écrit les paroles, notons, aupassage :

"L'omnibusautomobile"
(Musique d'Érik Satie)

C'était pendant l'horreur duQuatorze Juillet,
Il faisait chaud, très chaud,sur la place Pigalle.
Un gros ballon, sans bruit,gravement ambulait
Par la route céleste unique etnationale.
Il faisait soif, très soif etle petit jet d'eau,
Esclave du destin, montait debas en haut.

Il était environ neuf heurestrente-cinq,
La douce nuit venait de tomberavec grâce.
Et le petit jet d'eau pleuraitsur le bassin,
Lorsque je vis passer aumilieu de la place
Un omnibus, automobile,entendez-vous,
Avec de grands yeux verts etrouges de hibou.

L'omnibus était vide etl'écriteau "Complet"
Détachait sur fond bleu sessept lettres de flamme.
Je suivis au galop le monstrequi passait
En écrasant avec des airsd'hippopotame
Des femmes, des enfants, deschiens et des sergots.
Des députés et des tasd'autres animaux.

Enfin il s'arrêta place del'Opéra
Et je vis qu'il était chargéde sacs de plâtre.
Ces sacs, me dit leconducteur, ces sacs sont là
Pour remplacer le voyageuracariâtre;
Nous faisons des essais depuisplus de vingt mois
Et ces sacs sont pour nousautant de gens de poids.

Mais pourquoi, dis-je au bonconducteur de l'auto
Qui venait d'écraser cespiétons anonnymes,
Pourquoi des sacs plutôt quece cher populo ?
C'est, me répondit-il, sur unton de maxime,
C'est, voyez-vous, pour éviterdes accidents
De personnes qui pourraientbien être dedans.

C'était pendant l'horreur duQuatorze Juillet,
Il faisait chaud, très chaud,sur la place Pigalle.
Un gros ballon, sans bruit,gravement ambulait
Par la route céleste unique etnationale.
Il faisait soif, très soif etle petit jet d'eau,
Prisonnier du destin, montaitde bas en haut.

"La belleau bois dormant"
(Musique de Claude Debussy)

Des trous à son pourpointvermeil,
Un chevalier va par la brune,
Les cheveux tout pleins desoleil,
Sous un casque couleur delune.
Dormez toujours, dormez aubois,
L'anneau, la Belle, à votredoigt.

Dans la poussière desbatailles,
Il a tué loyal et droit,
En frappant d'estoc et detaille,
Ainsi que frapperait un roi.
Dormez au bois, où laverveine,
Fleurit avec la marjolaine.

Et par les monts et par laplaine,
Monté sur son grand destrier,
Il court, il court à perdrehaleine,
Et tout droit sur ses étriers.
Dormez la Belle au Bois, rêvez
Q'un prince vous épouserez.

Dans la forêt des lilasblancs,
Sous l'éperon d'or quil'excite,
Son destrier perle de sang
Les lilas blancs, et va plusvite.
Dormez au bois, dormez, laBelle
Sous vos courtines dedentelle.

Mais il a pris l'anneauvermeil,
Le chevalier qui par la brune,
A des cheveux pleins desoleil,
Sous un casque couleur delune.
Ne dormez plus, La Belle auBois,
L'anneau n'est plus à votredoigt.