Dominique Bonnaud en 1902 [*]







Dominique Bonnaud
dessin de Léandre - 1902) [*]







Numa Blès et Dominique Bonnaud
Paris qui Chante - novembre 1903)

Dominique Bonnaud

Dominique Bonnaud
à droite) et Numa Blès

Rares furent les chansonniers, auteurs, compositeurs, interprètes qui se sont retrouvés presque immédiatement après leur mort, dans le Larousse du XXe siècle mais Dominique Bonnaud fut un de ceux-là.

Voici ce qu'on disait de lui dans l'édition de 1948 (six volumes) :

BONNAUD (Dominique), chansonnier français, né et mort à Paris (1864-1943). Il débuta dans le journalisme en 1886, devint ensuite le collaborateur de R. Salis au Chat Noir (1893), puis fonda en 1898 le Cabaret des Arts avec Xavier Privas, Baltha, etc., et en 1904, le Logiz de la Lune Rousse. Il a écrit de nombreuses revues et chansons.

C'est peu pour décrire un bonhomme qui, selon la tradition du Grand Larousse, aurait pu être un de ces parfaits inconnus dont ses éditeurs sont friands (mais avec photo) car : fils d'un chef de bureau de la Grande Chancellerie de la Légion d'honneur il fut d'abord secrétaire du prince Roland Bonaparte (le géographe et botaniste). Ayant continué dans cette carrière, il aurait fait l'objet d'un article beaucoup plus documenté mais, hélas, chansonnier et tenancier de cabarets, son nom fut supprimé des éditions subséquentes.

Michel Herbert (La Chanson à Montmartre, La Table Ronde, 1967) remonte à quelques années en arrière pour nous décrire un élève déplorable, turbulent même, qui fit fit son service dans les dragons et qui, du temps de son poste au secrétariat d'un des prétendants au trône, collaborait au Petit Caporal (en y écrivant les mérites d'un marchand de fromages, lequel le récompensait en nature) de même qu'à La France où il rédigeait, de semaines en semaines, des chroniques en forme de chansons.

Ce qui nous amène au Chat Noir :

Bon rimeur, il fut accueilli par Salis dès 1891 mais un de ses oncles, horrifié, convainquit le prince Roland d'amener son neveu dans une de ses tournées internationales.

De retour à Paris, il se présenta à nouveau chez Salis et décida, en 1895, de joindre cette joyeuse bande de rimeurs et de chansonniers mais pour toujours.

Après Salis (il fit trois tournées avec le maître), il prit la relève allant jusqu'à faire revivre le fondateur du Chat Noir au cours de l'Exposition de 1900 mais c'est comme animateur de cabaret qu'il devint justement célèbre grâce à son exceptionnelle vitalité (Michel Herbert, opus cité) jusqu'à que les infirmités de la vieillesse eurent raison de ses forces.

Terminons en mentionnant (pour une future édition du Grand Larousse) qu'il mourut chevalier de la Légion d'honneur, Président d'honneur de l'Association Amicale des Chansonniers de Cabaret et qu'il a été l'auteur, en collaboration avec Pierre Varenne, d'un à-propos en vers joué à la Comédie-Française...


Notons, parmi les chansons dont il a écritles paroles : "L'Expulsion d'Otero", "Le Député soldat", "Le Mariage du Sâr Péladan", "L'Alliance franco-russe", "Le Czar à l'Académie", "La Prudence de M. Méline", "Histoire d'un grand Complot"...

Léon de Bercy (Montmartre et ses chansons, H. Daragon, libraire - 1902) dit, delui, qu’il a été, un jour, nommé "poète officiel de la Compagnie [de chemin de fer] de l'Ouest" et qu’il a composé le quatrain suivant qui brillait d'un éclat incomparable aux parois de leurs wagons d’alors (et encore aujourd’hui ?) :

Pour que nul voyageur ne puisse, un jour, prétendre
Que c'est faute d'avis qu'il s'est cassé les reins,
Il est expressément défendu de descendre
Des voitures, avant l'arrêt complet des trains !

Il ajoute, en outre :

"La manière de Dominique Bonnaud procède de celles de Mac-Nab et de Jacques Ferny ; il atteint souvent à la cocasserie du premier, mais reste bien inférieur au second quant à la forme. Ce qui le différencie surtout de Ferny, c'est qu'il veut faire trop vite ; non seulement il ne prend pas le soin de mûrir sa conception, mais encore veut-il la mettre à jour avant terme : il la confie prématurément au papier, puis, s'apercevant alors qu'elle est incomplète et dans la crainte d'être devancé par un confrère, il a recours à un collaborateur. Du moins est-ce ce que je déduis en voyant un grand nombre de ses chansons signées : Dominique Bonnaud et Numa Blès, ou Dominique Bonnaud et Mévisto aîné. Il se peut également que les collaborateurs lui apportent desidées qu'ils désirent traiter à sa manière. Quoi qu'il en soit, l'œuvre de Bornnaud est empreinte du véritable esprit chatnoiresque, et j'ai toujours pris beaucoup de distraction à les entendre."


Son œuvre ?

Elle est dispersée dans des dizaines de journaux, petits formats, livres de recueils, plaquettes, jusqu'aux dos de menus et de feuillets publicitaires car le Monsieur, quoiqu'on dise, savait rimer.


À noter

D'océan à océan. Impressions d'Amérique, Paris, Paul Ollendorff éditeur, 1897

Voir également à la page Numa Blès


[*] Merci Hélène L'Hégarat... qui nous donne à lire ce que Numa Blès disait de son camarade Bonnaud :


Bonnaud, que ses parents nommèrent Dominique,
A conquis à Montmartre un renom d'homme inique
Pour avoir quelquefois piqué jusques au vif
Plus d'un concitoyen de son style incisif !
Tout jeune, il eut l'honneur, qui certes n'est pas mince,
En de lointains pays d'accompagner un prince !
Il visita l'Asie et l'Inde et le Brésil ;
Et déjà, s'il n'avait pas beaucoup de braise, il
Se consolait gaiment d'une chanson badine.
Aujourd'hui qu'il a pris du ventre, il tabarine
Et vient, sur les tréteaux, apporter chaque soir
La contribution directe du Chat-Noir.