Chanson de Victor Meusy
Chansons et monologues illustrés
Première "première" édition - n° 278 - 1894









Chat Noir - Façade









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Affiche annonçant le Journal du Chat Noir.
À noter : Alphonse Allais, rédacteur en chef !

Rodolphe Salis

Il serait bien difficile de parler de la chanson de la Belle Époque sans invoquer le nom de Rodolphe Salis, né à Châtellerault en 1852, mort au même endroit en 1897, créateur, animateur, cabaretier, fondateur (février 1881), propriétaire et âme directrice du célèbre Chat Noir où se sont tenus toute une bande de fêtards devenus célèbres : 

Les chansonniers

  • Léon Durocher (1862-1918) fondateur de l'Association des Bretons de Paris
  • Jean Goudezki (né Edouard Goudez en 1866) auteur d'Hercule ou La Vertu récompensée
  • Léon Xanrof journaliste mais aussi avocat, auteur du célébre " Fiacre" qu'allait chanter Yvette Guilbert (1867-1953)
  • Vincent Hyspa (1868-1914) fondateur avec Gabriel Montoya (1887-1938) du cabaret des Quat'-z-Arts
  • Jules Jouy (1855-1897) créateur de la chanson "au jour le jour" et qui allait composer pour Paulus, Thérésa, Yvette Guilbert (lui aussi) et tant d'autres..
  • Maurice Mac-Nab (1856-1889) auteur-chansonnier etspirite
  • Victor Meusy (1856-1922) fondateur du Chien Noir et du Trianon
  • Émile Goudeau (1849-1906) fondateur, avec Maurice Rollinat et G. Lorin des Hydropathes [1] (1878 à 1881)
  • Maurice Rollinat (1846-1903) un des premiers poètes décadents
  • Armand Masson (1857-1920) auteur et interprète
  • Gaston Couté (1880-1911) qui, dans ses monologues, fustigeait la société bourgeoise de son temps
  • Henri Dreyfus dit "Fursy" (1866-1929), le plus célèbre de ceux qui allaient devenir les chanteurs montmartrois (mais qui n'y chanta jamais) et qui allait racheter le Chat Noir en 1899 pour le renommer, modestie oblige, La Boîte àFursy.

Les poètes

  • Georges Auriol,  l'un de ceux qui contribuèrent le plus à créer la légende du Chat Noir. - Il a laissé des contes pleins d'humour et de fantaisie et diverses chansons dont  " Quand les lilas refleuriront" - Voir à sa page
  • Édouard Dubus, co-fondateur de la revue La Pléiade (avec Louis Dumur, Gabriel-Albert Aurier et Louis Pilate en 1889)
  • Georges Camuset
  • Charles Cros (1842-1888)
  • Georges Fourest, auteur de La Négresse blonde et du Géranium ovipare (1867-1945)
  • Maurice Donnay (1859-1945)
  • Clovis Hugues (1851-1907)
  • Franc-Nohain (1873-1934)
  • Louis le Cardonnel, prêtre et poète mystique (1862-1935)
  • Albert Samain
  • Stéphane Mallarmé (1842-1898)
  • Germain Nouveau (1851-1920)
  • Gabriel de Lautrec (1867-1938)
  • Edmond Haraucourt qui termina sa vie conservateur du musée de Cluny (1857-1941)
  • Jean Moréas (né Ioánnis Papadiamandopoúlos - 1856-1910)
  • Paul Verlaine (1844-1896)
  • Jean Richepin (1849-1926)
  • Jehan Rictus (1867-1933) de son vrai nom, Gabriel Randon
  • Raoul Ponchon (1848-1937),

Les écrivains

  • Alphonse Allais (1854-1905)
  • Jean Lorrain né Paul Duval (1855-1906)
  • Henri Beauclair (1860-1919)
  • Guy de Maupassant (1850-1893)
  • Léon Riotor
  • Louis de Gramont (1861-1923)
  • Fernand Crésy
  • Villiers de l'Isle Adam
  • Louis Marsolleau (1864-1935)
  • Pierre Mille
  • Willy

et puis aussi

  • François Coppée (1842-1908)
  • Coquelin Cadet (1848-1909)
  • Willette
  • Steinlein
  • Paul Delmet (1862-1904)
  • Catulle Mendès (1841-1909)
  • le caricaturiste Caran d'Ache (Emmanuel Poiré - 1858-1909)
  • Toulouse-Lautrec (1864-1901)
  • Antonio de la Gandara
  • Claude Debussy (qui s'y faisait appeler Achile) (1862-1918)

et Dieu sait combien d'autres issus...

  • des Hydropathes,
  • des Hirsurtes,
  • des Décadents,
  • des Zutistes,
  • des Incohérents,
  • des Jemenfoutistes,
  • des Harengs-Saurs...

Issu du régiment et cherchant sa voie, Rodolphe Salis gagnait sa vie en peignant (et surtout en faisant peindre) des chemins de croix et des objets de piété lorsque l'idée lui vint de créer un café "du plus pur style Louis XIII... avec un lustre en fer forgé de l'époque byzantine et où les gentilshommes, les bourgeois et manants seraient dorénavant invités  à boire l'absinthe habituel de Victor Hugo (celle que préférait Garibaldi) et de l'hypocras dans des coupes d'or". - De Louis XIII, un fauteuil aux pieds vaguement tournés servait de trône dans un coin, des coupes d'or naturellement, il n'y en avait pas ; quant à l'hypocras, ce n'était, au début, qu'une vilaine piquette servie dans un décor plus que sommaire : les murs avaient été peints à la hâte, les cadres étaient vides mais l'esprit y était. - Preuve : à la porte, Salis avait eu l'idée de placer un Suisse  splendidement chamarré, couvert d'or des pieds à la tête, chargé d'accueillir la meilleure clientèle tout en laissant les "infâmes curés et les militaires" à la porte mais chargé également de toujours laisser passer les peintres et les poètes.

Le tapage et la publicité [2] qu'il fit autour de son nom, son bagout mais aussi la qualité des œuvres qu'on y présentait eurent tôt fait d'attirer la clientèle la plus huppée de Paris venue entendre les poètes et chansonniers qui s'y produisaient mais venus surtout  pour les plaisanteries et les bons mots qui y fusaient tous les soirs. - Car on s'amusait fort au Chat Noir et même les clients en prenaient pour leur rhume : c'était "Tiens, t'es finalement sorti de prison" à l'un et "Qu'est--ce que t'as fait de ta poule d'hier ?" à un nouveau client visiblement accompagné de sa femme. - On raconte même qu'un soir, le futur roi Édouard VII s'étant aventuré dans son établissement, y fut reçu par ce joli discours : "Et bien regardez-moi celui-là : on dirait le Prince de Galles tout pissé !"

Pingre comme huit, Rodolphe Salis trouvait toutes les excuses du monde pour ne pas payer son personnel, ses fournisseurs et ses artistes si bien que, devant le succès de son entreprise, il se mit à exiger de se faire payer par ceux qui s'y produisaient. - Vers 1890, il entreprit des tournées dans toute la France, louant - chose qui ne se faisait pas à l'époque - les théâtres et les établissements où il se produisait, encaissant toutes les recettes et allant souvent jusqu'à refuser le prix de la location de la salle "parce qu'il y faisait trop chaud, parce que les sièges étaient mal rembourrés, parce que le public n'était pas à la hauteur...". - Il mourut d'ailleurs d'une des suites d'une tournée particulièrement épuisante.

Son style allait donner ses lettres d'or au métier de cabaretier.


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"Le Chat Noir"

enregistré par Bruant vers 1910...


Note  :

[1] Voir la note dans la mini-biographie d'Émile Goudeau.
[2] Affiches dessinées par Steinlein, revue du Chat Noir, chanson-thème écrite par Aristide Bruant.