Goguette parisienne présidée par des dames en 1845.



La goguette des Animaux par Henri Emy.



La goguette des Joyeux (de Belleville)
par Honoré Daumier.



Goguettiers par Gavarni.

Les Goguettes

Texte et iconographie de Basile Pachkoff

L'histoire de la chanson française comporte un chapitre passionnant et souvent ignoré : celui des sociétés chantantes.

Il en existe depuis des siècles. La plus ancienne connue en France est le "Consistori del Gay Saber" ou en français : "Consistoire du Gai Savoir" créée à Toulouse en 1323. La plus ancienne société chantante parisienne connue est le "Concert des Enfants de Bacchus" dont la présence est attestée à Paris en 1630.

Les sociétés chantantes peuvent connaître une existence très longue et riche comme la "Société du Caveau" qui apparaît en 1729 et disparaît en 1939. Elle a compté dans ses rangs des vaudevillistes fameux comme Marc-Antoine-Madeleine Désaugiers et Antoine-Pierre-Augustin de Piis.

Certains historiens s'accordent pour dire que la "Société du Caveau" était une "goguette" qui n'osait pas avouer en être une.

Les "goguettes" sont des sociétés chantantes très fameuses et le plus souvent oubliées aujourd'hui.

Le père Simar, goguettier

Il ne faut pas confondre une goguette avec une chorale. Le but d'une goguette est de se distraire, être heureux ensemble et aussi chanter. La chorale de son côté a un chef de chœur, des ambitions, un programme, répète exercices et répertoire, donne des concerts.

Les goguettes ont formé un mouvement festif de masse en province et à Paris. C'étaient des milliers de sociétés regroupant hommes, femmes et enfants par dizaines de milliers. Ils ont créés des centaines de milliers de chansons souvent transmises uniquement oralement, par des goguettiers ne sachant ni lire, ni écrire. Rien qu'à Paris vers 1836, on dénombrait 480 goguettes.

Les œuvres créées le furent en français et également en patois. La plupart n'ont pas été conservées. Il en subsiste encore des milliers.

Il y eu des goguettiers célèbres comme Paul Émile Debraux, Louis Charles Colmance ou Alexandre Desrousseaux. Et aussi des célébrités qui furent goguettiers comme Gustave Courbet, Charles Baudelaire ou Édouard Manet.

Des chansons célèbres sont issues des goguettes comme "Fanfan la Tulipe", "Je veux revoir ma Normandie" ou "Le P'tit Quinquin". D'autres furent préservées grâce aux goguettes comme " L'Internationale" d'Eugène Pottier.

Depuis 130 ans environ on peut voir répéter le propos suivant : "les goguettes étaient des foyers d'agitation révolutionnaire ouvrière et ont disparu après 1851 victimes des mesures répressives du Second Empire".

La vérité est toute autre. Les goguettes ont regroupé toutes sortes de gens. La plupart des chansons des goguettes n'étaient pas politiques. Ces sociétés ont continué à exister bien après 1851. Au moins une goguette existait à Lille dans les années 1950 et une autre à Paris dans les années 1960. Il en existe encore aujourd'hui. Il y eu bien sûr des goguettes politisées interdites et des goguettiers emprisonnés sous la Restauration et le Second Empire. Mais il s'agit là seulement d'un chapitre de ce mouvement festif et chantant de masse. Il témoigne de ce que quand un très grand nombre de gens fréquentaient les goguettes, ceux qui étaient politisés s'y retrouvaient aussi, que ce soit pour leur plaisir ou pour propager leurs idées politiques.

Se réunir pour chanter des chansons et se distraire un soir par semaine en petit groupe forme la base-même de l'organisation festive et carnavalesque. Le rôle des goguettes a été essentiel et l'est encore pour le carnaval qui a besoin d'une base organisée pour exister et perdurer. Quand on fait la fête une fois par semaine durant toute l'année, quoi de plus naturel que de s'insérer ensuite quand elle vient dans la folie du Carnaval ?

Les "sociétés philanthropiques et carnavalesques" de Dunkerque et sa région base des immenses carnavals de Dunkerque et alentours sont des goguettes. Exceptées quelques unes, elles regroupent toutes moins de vingt membres. Leur caractère familial assure leur solidité. Quand on est moins de vingt on sait ce qu'on fait, où on va, on évite les dérives et on n'a pas besoin de beaucoup de moyens pour fonctionner.

Du temps où les goguettes étaient nombreuses à Paris, par exemple dans les années 1820-1860, le Carnaval était immense.


Annexe

Ayant pris l'initiative de la renaissance du Carnaval de Paris en 1993, Basile Pachkoff a retrouvé en mai 2010 le rôle essentiel de celles-ci dans cette grande fête. Pour faire revivre pleinement le Carnaval il faut renouer avec ce passé.

Voir :

  • Liens vers des articles à propos du Carnaval de Paris, des goguettes...
  • Site du Carnaval de Paris
  • Site du Carnaval des Femmes

Alexandra Bristiel, la compagne de Basile Pachkoff, a créé à Asnières-sur-Seine, le 18 juin 2010, une nouvelle goguette, la "Goguette des Jardiniers".

Voir à www.goguette-des-jardiniers.blogspot.com.