Ninon Vallin

Si l'opéra vous intéresse - et plus particulièrement l'opéra français - vous allez invariablement tomber sur cette cantatrice (ne lésinons pas sur les mots) dont la longue carrière (1907 à 1955) fut jalonnée d'à peu près tous les grands rôles, du Martyr de Saint Sébastien à Carmen en passant par Louise, Manon, Mimi (La Bohème), Thaïs et même Mélisande.

C'est que la Madame ne s'est pas contentée que de chanter à l'opéra.  - En fait, au tout début de sa carrière, elle a beaucoup hésité à faire le saut de ce côté, aimant mieux chanter les mélodies et chansons (lieder) de Weber, Schubert, Schuman... et c'est un peu par hasard qu'elle obtint le premier rôle dans le Martyr de Saint Sébastien de Claude Debussy lorsque la diva engagée pour sa création, Rose Féart, décida que monter sur une passerelle n'était pas compatible avec son style (ajoutons ici le mot "poids" car Madame Féart n'était pas précisément reconnue pour son tour de taille). - Elle a également chanté dans divers opérettes et n'a pas dédaigné dans les année trente de monter sur les scènes de l'Alhambra et du Trianon.

Évidemment, Ninon Vallin n'a pas chanté "C'est dans le nez que ça m'chatouille", "La gardeuse d'ours" ou "Max ! Max ! C'que t'es rigolo !" ; enfin : elle ne les a pas endisqués.

Elle nous a cependant laissé, outre son impressionnant répertoire d'opéra, de  très beaux enregistrements de "Plaisir d'amour", de "L'heure exquise", de "Si mes vers avaient des ailes" et de "La dernière valse".


Elle est née Eugénie Vallin le 8 septembre 1886 à Montalieu-Vercieu, près de Crémieu (Isère) où son père était notaire. Ses études de chant, elle les fit au Conservatoire de Lyon où elle a obtenu, après trois ans, un Premier Prix, pour débuter dans de petites salles de la région. Notée par Vincent d'Indy et munie de ses recommandations, elle monta à Paris en 1907.

Là, elle rencontra Debussy, de Reynaldo Hahn et Albert Carré, le directeur de l'Opéra Comique qui, ce dernier, lui conseille de se consacrer à l'opéra plutôt que de continuer à chanter des mélodies.

Elle fit ses débuts en 1912 tenant le rôle de Michaëla dans Carmen, passa à celui de Mignon et de Mimi pour ne s'arrêter que 45 ans plus tard en donnant deux ultimes récitals, l'un à Cannes, l'autre à Deauville non sans avoir chanté sur toutes les grandes scènes du monde, de la Scala à Montevideo, en passant par Covent Garden et le Metropolitan de New York, et terminé sa carrière comme professeur au Conservatoire de Lyon.

Madame Vallin est décédée le 22 novembre 1961.

Deux films : La fille de la Madelon de Jean Mugeli et George Pallu (1937) et Ceux de demain d'Adelqui Migliar (1938).

Quelques clips également où l'on entendra sa voix : on en trouvera sur You Tube.


André Tubeuf, le critique parisien, disait qu'elle était à l'apogée d'un art où doivent s'entremêler une voix et un goût parfait.

En guise d'illustration, nous vous suggérons, sur une mélodie de Reynaldo Hahn, tiré d'une opérette intitulée tout simplement "Une revue" - livret de M. Donnay et H. Duvernois -, "La dernière valse" qu'elle a endisquée en 1937, accompagnée de l'orchestre de Marcel Cariven. Un disque Columbia n° LFX 338.

(Attention : c'est pas jeune - le disque non plus) mais c'est très joli :