(Collection Jean-François Petit)



Adolphe Bérard

Le train fatal

1918

Chanson créée par Bérard en 1918

Paroles et musique de : Charles Borel-Clerc et de Charles-Louis Pothier.

Un extrait de la version de Bérard enregistré en 1924


La version complète du même enregistré en 1931

Cette dernière version nous a été communiquée par Monsieur François R. N. organiste et étudiant en musicologie de Paris.  On notera que cet enregistrement est électrique et non acoustique. Bérard a alors 61 ans...

Merci également à Monsieur Christian R. de Toulouse pour les rectifications qu'il a bien voulu nous communiquer sur le texte.

Un autre lecteur, Monsieur J.C. De la Royère, de Bruxelles, nous signale, quant à lui, une autre version, celle du chanteur des Capenoules, Raoul de Godewarsvelde, qu'on pourra retrouver sur un site qui lui est dédié, en cliquant ici.


Paroles

Dans la campagne verdoyante Le train longeant sa voie de fer
Emporte une foule bruyante
Tout là-bas vers la grande mer.
Le mécanicien Jean, sur sa locomotive,
Regarde l'air mauvais Blaise, le beau chauffeur ;
La colère en ses yeux luit d'une flamme vive,
De sa femme chérie Blaise a volé le cœur.

Roule, Roule, train du désir
Dans la plaine jolie
Vers un bel avenir
D'amour et de folie.
L'homme rude et noir qui conduit
Cette joyeuse foule
Sent de ses yeux rougis?
Une larme qui coule.
Des heureux voyageurs, on entend les refrains.
Suivant les rails et son destin
C'est le train du plaisir qui roule.

Le pauvre Jean, perdant la tête,
Rendu fou par la trahison,
Sur son rival soudain se jette
Criant : "Bandit, rends-moi Lison".
Le chauffeur éperdu fait tournoyer sa pelle,
Jean lui sautant au cou l'étrangle comme un chien
Et tous les deux rivés par l'étreinte mortelle
Tombent de la machine abandonnant leur train.

Roule, roule, train du malheur
Dans la plaine assombrie,
Roule à toute vapeur
D'un élan de folie.
Les paysans saisis te voyant
Tout seul fendant l'espace
Se signent en priant
Et la terreur les glace
Des heureux voyageurs on entend les refrains.
Suivant son terrible destin,
C'est le train du malheur qui passe.
[*]

Tiens ! la chose est vraiment bizarre,
On devrait s'arrêter ici.
Le train brûle encore une gare,
Ah ça... que veut dire ceci ?
Alors du train maudit une clameur s'élève,
On entend des sanglots et des cris de dément,
Chacun revoit sa vie dans un rapide rêve,
Puis c'est le choc, le feu, les appels déchirants !

Flambe, Flambe, train de la mort
Dans la plaine rougie
Tout se brise et se tord...
Sous un vent de folie,
Les petits enfants, leurs mamans
S'appellent dans les flammes,
Les amoureux râlant
Réunissent leurs âmes !
Pourquoi ces pleurs, ces cris, pourquoi ces orphelins ?
Pour un simple, un tout petit rien :
L'infidélité d'une femme.


[*] Le couplet et le refrain en gris ne font pas partie de la version de 1920.