BIO-EXPRESS

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W XYZ
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es informations dont nous disposons sont quelques fois très succintes et ne nous permettent pas vraiment de réaliser une fiche biographique conventionnelle. Aussi, nous ajoutons cette série de pages (en ordre alphabétique) pour diffuser les quelques renseignements que nous possédons sur les personnages ne faisant pas l'objet d'une Fiche biographique...



 Paco, Léonce

Le Houlme (76 - Seine Maritime) 22 juin 1883 / Nogent sur Marne (94 - Val de Marne) 1er novembre 1924

Selon "La chanson sous la IIIe république" de Serge Dillaz :

Auteur et interprète né en 1882. De son vrai nom Gaston Coullerez. Ancien coureur cycliste, il débuta à la Pie qui chante puis devint propriétaire de la Chaumière.

 

 

 



 Padilla, José

José Padilla Sánchez né à Almeria (Andalousie - Espagne) le 28 mai 1889 et décédé à Madrid (Espagne) le 25 octobre 1960. Il a composé entre autres "El Relicario" et "Valencia" des paso doble  qui furent des morceaux de bravoure pour les élèves accordéonistes ! D'ailleurs, son "Ça c'est Paris" de 1927 est truffé d'effets empruntés à "Valencia" !

 

Selon "La chanson sous la IIIe république" de Serge Dillaz :

Compositeur (1889-1960). De son vrai nom José Padilla Sanchez. Un nom qui reste attaché à ceux de Raquel Meller et de Mistinguett avec des œuvres comme "La Violetera" et "Ça c'est Paris".

 

 









 Paillette, Paul

16 avril 1844 / 22 février 1920

Selon Léon de Bercy dans Montmartre et ses chansons, Paris 1902 :

Le "père" Paillette, comme l'appellent les jeunes chansonniers, n'est pas loin de la soixantaine. C'est au Quartier-Latin, pendant d'exquises flâ neries sous les vieux arbres du Luxembourg, que je le rencontrai pour la première fois, il y a bientôt vingt ans. De taille plutôt petite, mais râblé, Paillette accusait une santé robuste ; et les pointes de sa superbe moustache noire accrochaient au passage le coeur des Musettes et des Mimis que comptait encore à l'époque le Quartier. Il était déjà l'irréductible anarchiste que l'on sait, et la particule qui précède son nom lui portait ombrage : il m'appelait dédaigneusement "le Marquis".

Soigné et coquet comme un petit maître, il sacrifia sa moustache dès qu'il y vit poindre le premier poil blanc. Nous le connûmes pendant quinze ans complètement rasé, le crâne lisse, le visage rose et réjoui, la bouche malicieuse et gourmande, et l'oeil pétillant de jovialité et de ruse. Il avait ainsi la mine de certains curés de campagne rabelaisiens et bons vivants. Depuis qu'a commencé le nouveau siècle, Paillette a permis à son système pileux de manifester son immaculée albescence ; et cela lui fait une belle tête à la Saint-Vallier.

Il était autrefois ouvrier ciseleur. Mais la sujétion de l'atelier lui pesant, il abandonna l'établi, se disant qu'il pourrait tout comme un autre vivre de sa pensée et de sa plume. Voici d'ailleurs ce qu'il dit de lui-même :

J' suis un bohème, un révolté.
J'ai tout scié : Patrie et Famille.
E' m' dégoût' la vieill' société :
Faut s' vend' pour avoir la croustille.
J'aurais pu dev'nir un bandit,
– Mon aïeul était royaliste –
J'ai brûlé mes lett' de crédit,
J' suis anarchiste.

Paul Paillette a dit ses vers dans presque tous les petits cabarets de Montmartre, mais plus spécialement au sous-sol du Clou. Il faillit être engagé au Chat Noir ; mais Salis lui ayant demandé certaines coupures et modifications qui ne furent point consenties, l'affaire ne put se conclure. La philosophie et la franchise de Paillette ne sont pas du goût de tout le monde : l'incident que je vais relater en témoigne. C'était au caveau de la Ville-Japonaise, en 1894, quelque temps après le vote des lois spéciales contre les anarchistes. Paillette récitait chaque soir plusieurs pièces, dont le J' m'en-foutiste, contenant ces vers qui eurent le don d'exaspérer un spectateur :

J' mijot' dans mon indifférence :
Dites noir, dites rouge ou blanc,
Moi je n' dis rien – c'est bien plus franc —
Criez : Viv' le Roi ! Viv' la France !
Viv' la Prusse ! Engueulez-vous tous,
J' m'en fous !

M. François L..., homme d'affaires, officier d'Académie et Montmartrois, dénonça au préfet de police l'établissement comme un repaire d'anarchie où se disaient chaque soir, sous couleur de poésie, les pires choses contre la Patrie et la société. Le caveau fut fermé par ordre pendant de longs mois ; et Paillette n'y put reparaître en public que beaucoup plus tard. L'oeuvre de Paillette est la peinture exacte de l'état d'â me de son auteur ; elle prêche la liberté et l'harmonie, exalte l'amour charnel et combat les préjugés bourgeois. Elle est écrite dans une langue facile et claire ; elle s'émaille de loin en loin de trivialités inattendues qui n'ont pourtant rien – ou presque rien – de choquant. C'est que ce qui fait son réalisme est l'écho même des saillies et des gavrochades qui naissent chaque jour sur le pavé parisien. La forme est ordinairement soignée et la rime soutenue ; mais il y a chez Paillette cette singularité : il supprime volontiers à la rime les s ou les x qui le gênent ; ainsi faisaient les poètes du dix-septième siècle, qui écrivaient je croi pour rimer avec roi ; il écrit au besoin vieu, temp, etc. Les poésies de Paillette ne se trouvent pas en librairie. Il les fait imprimer au fur et à mesure de leur éclosion en petits fascicules de seize pages dont il augmente chaque jour sa collection réunie en un unique volume, qui doit contenir actuellement près de dix mille vers sous ce titre : Tablettes d'un Lézard. Les pièces les plus connues de Paillette sont : Ordre du Jour, les Trois Désirs, Tuyaux sur l'Amour, J'aim' les Gonzesses, Subjectivité, Viv'ment ! brave Ouverier! Civilisation, Unique Loi, l'Insatiable Mézique, Gavrochinette, Amour libre, Heureux Temps, les Enfants de la Nature, Harmonie, et ces triolets qu'on ne manque jamais de lui réclamer :

LA PETITE PARISIENNE

Elle trotte menu, menu,
La petite Parisienne,
Se disant un refrain connu.
Elle trotte menu, menu.
Avec un air presqu' ingénu
Et des ondoiements de sirène.
Elle trotte menu, menu,
La petite Parisienne.

Elle a du chic, elle a du chien,
De l'esprit comme une soubrette ;
Son port, sa mise, son maintien,
Tout a du chic, tout a du chien.
Elle est charmante avec un rien,
C'est une adorable grisette.
Elle a du chic, elle a du chien,
De l'esprit comme une soubrette.

Elle aime les petits cadeaux,
Les fleurs, les bijoux, les dentelles.
Elle est gourmande de gâ teaux,
De bonbons, de petits cadeaux.
Ses yeux malicieux et beaux
Ont de coûteuses étincelles.
Elle aime les petits cadeaux,
Les fleurs, les bijoux, les dentelles.

Près de vous vient-elle à passer,
On est pris d'un désir étrange :
Sitôt on voudrait l'embrasser
Quand près d'elle on vient à passer.
Elle est adroite à vous pincer ;
C'est un démon doublé d'un ange.
Près de vous vient-elle à passer,
On est pris d'un désir étrange.

. . .

Elle trottine dans Paris
Un tire-bouton dans sa poche ;
Peigne, glace, poudre de riz :
Il faut tout prévoir à Paris.
Mais je connais bien des maris
Qui n'en feraient pas un reproche.
Elle trottine dans Paris
Un - tire-bouton dans sa poche.

Où donc court-elle ? – dites-vous.
Mon Dieu, le sait-elle elle-même ?
Il est d'éternels rendez-vous...
Où donc court-elle ? – dites-vous.
C'est avec moi, c'est avec vous
Qu'elle résoudra le problème...
Où donc court-elle ? – dites-vous.
Mon Dieu, le sait-elle elle-même ?
Prenez-la par le bon côté,
Elle aime à vivre à la légère ;
Quand son amour serait coté,
Prenez-la par le bon côté ;
Car son petit coeur ballotté
Autrement ne comprendrait guère ;
Prenez-la par le bon côté, Elle aime à vivre à la légère.


. . .

Ne lui parlez jamais d'amour,
Elle se pâ merait de rire.
Vous pouvez lui faire la cour
Sans jamais lui parler d'amour ;
Son caprice aidant, un beau jour
Vous la tiendrez dans un sourire ;
Mais ne lui parlez pas d'amour,
Elle se pâ merait de rire.

En jaloux n'allez pas l'aimer,
Vous en seriez pour votre peine.
Ne comptez pas la réformer,
C'est libre qu'il vous faut l'aimer :
Pas de verrou pour l'enfermer,
Pour la retenir pas de chaîne ;
Autrement n'allez pas l'aimer,
Vous en seriez pour votre peine !

Paillette a longtemps habité au sommet de la Butte ; mais l'invasion des "robes noires" ayant troublé et attristé le calme de son séjour, il a quitté la rue Cortot pour aller se fixer extra muros, au Pré-Saint-Gervais. Et nous ne le rencontrons plus sur les hauteurs que de loin en loin.

Ajoutons ce qu'a écrit Serge Dillaz dans "La chanson sous la IIIe république" :

Chansonnier anarchisant qui se retira vers 1920 en la maison de retraite Debrousse de la rue de Bagnolet après avoir présenté ses chansons dans la plupart des cabarets artistiques de la Butte.



 Paquet, Félix

Interprète né à Lille en 1906, décédé à Saint-Julien-en-Genevois en 1974. Ce fils de médecin fit une carrière de fantaisiste avant de devenir le secrétaire de Maurice Chevalier.

 

Source : "La chanson sous la IIIe république" de Serge Dillaz.



 Parent, Lionel

Qui fut celui qui enregistra le plus grand nombre de disques au Québec entre 1935 et 1950 ?

Lionel Parent, un chanteur de charme, parfois "militaire", qui n'hésita pas, durant sa longue carrière, à mettre à son répertoire des chansons créées par Tino Rossi, Jean Sablon ou même, les arrivages de France ayant été plutôt rares entre 1940 et 1945, du "cowboy" Gene Autry et ses propres compositions à la saveur du Soldat Lebrun mais également beaucoup de titres américains dont il assurait lui-même la traduction.

Né en 1905, il vécut aux USA quelques années où, selon le Gramophone virtuel (Bibliothèque et Archives Canada), il fit partie d'une troupe qui mit à son répertoirel'opérette Les Cloches de Corneville à Springfield (Massachusetts) dans les années vingt.

Revenu au Québec en 1929, il entâma une carrière qui fit de lui un interprète très recherché notamment à la radio où il eut, fort longtemps, sa propre émission, et cela, jusqu'au début des années cinquante où il se fit restaurateur (après avoir été agent immobilier !) tout en continuant de chanter à diverses occasions.

Lionel Parent est décédé en 1980.

Fait peu connu : il était le frère de la comédienne Manda Parent.

Voix inimitable (ou peut-être trop ?) mais on notera dans l'extrait qui suit (tiré du Gramophone virtuel cité ci-dessus) certains accents québécois...

"La petite église"(extrait)

Cet extrait provient d'un enregistrement chez la firme Compo-Starr de "La petite église" (de Paul Delmet et C. Fallot), le grand succès de Jean Lumière, mais qui fut également enregistré par Aimé Doniat, Tino Rossi, Jean Clément...

On trouvera, par ailleur, de lui également, sur YouTube un "Adieu, je pars pour la guerre" qui mérite, ne serait-ce que pour comparer aux enregistrements du Soldat Lebrun, un détour.




 Perducet, Gaston

Rouen (76 Seine-Maritime) 7 avril 1871 / Rennes (35 Ile-et-Vilaine) 18 décembre 1946

Extrait de Montmartre et ses chansons,de Léon de Bercy - Paris 1902 :

Chansonnier-compositeur, né à Rouen le 7 avril 1871 ; commence à apprendre seul la musique et se fait de bonne heure admettre comme violon dans un orchestre. Après avoir été cinq ans employé dans étude d'avoué, il vient à Paris en septembre 1895 et chante successivement au Chien-Noir, au Tréteau-de-Tabarin, à la Boîte-à-Musique, à la Roulotte, à l'Exposition de 1900 et crée les Cantomimes de Xavier Privas en province et à l'étranger. Ses principaux collaborateurs pour les paroles sont : Botrel, avec Amours défuntes et Berceuse du Violoneux; Léon Durocher, dont il met en musique Guitare fleurie, Pourquoi bouder, Pudeurs tardives, Soldat Louis XV, Manette, Romance d'Automne, La Sonnette d'Alarme et Chanson. de la Loire ; Maurice Boukay, avec Interrogation ; Caldine, avec Désespoirs de Pierrot, Madrigal timide, Triolet à la Marquise et Qu'importe à l'Amour ; Hugues Delorme, avec Maîtresse d'Hiver; Lucien Boyer, Clément-George, Ruffier, René Ponthière, George Docquois, Quinel, Jules Lafforgue, etc. Perducet, dont la voix de baryton-martin est d'un timbre agréable, chante avec goût ses jolies mélodies et ajoute ainsi un charme de plus aux poésies qu'il choisît en véritable artiste.



 

 Peschard

Auguste Jacques Étienne Peschard.

Ténor "à grande et belle voix" qui fit ses débuts à Bordeaux vers 1864. On le retrouve à Lyon en 1868, à Bordeaux en 1865, à Lyon en 1868, puis à Paris au début des années 70.

Il serait décédé en 1887.

Note : dans une mini-biographie que Denis Havard de la Montagne a écrit sur le compositeur Aimé Maillart (1817-1871), il est mentionné que Peschard aurait fait ses débuts au Théâtre Lyrique en 1850 dans Les Pêcheurs de Catane. Sans doute parlait-il d'un autre Peschard décédé en 1883 qui aurait débuté en 1829...



 Pinson, Nine

Nine Pinson (et non Mimi Pinson, comme on le répète trop souvent, qui est le titre d'un poème d'Alfred de Musset duquel on a tiré une opérette et un film, et que Brassens cite dans sa "Supplique pour être enterré à la plage de Sète" et Eugénie Buffet dans "Ma chanson") est née Andrée Louise Marguerite Ferrali, à Paris, en 1881 et décédée à Nice en août 1949.

Voilà pour la petite histoire.

À son crédit, la création de deux grands moments de la chanson française qu'on attribue à tort à Damia qui, faut-il le préciser en a fait deux grands succès : "La chaîne" - paroles d'Émile Ronn, musique de Léo Daniderff - et "Le grand frisé" des mêmes.

Mais elle a également chanté "La divine chanson" de Pierre Chapelle et Pierre Arezzo et "Toute ma vie" de Louis Despax et Pierre Codini et même "Le cri du poilu" de Vincent Scotto.

Pour le reste, il faut effectuer beaucoup de recherches pour apprendre qu'elle aurait débuté en 1905 et qu'elle aurait chanté jusqu'au début des années vingt pour ensuite abandonner la scène afin de seconder son mari, Émile Lapeyre (qu'elle a épousé en 1914), imprésario et organisateur de spectacles.

Des enregistrements ? - Nous n'en avons retrouvés que six chez Pathé, tous de 1917 dont "Le cri du poilu" mentionné ci-dessus et que nous avons retrouvé, en repiquage, chez Marianne Mélodie, dans une série de CDs intitulés Nos plus belles chanson (Vol. 2 - n° 941299 838).- On pourra l'écouter en entier sur YouTube.



 Planquette, Robert

Compositeur (1848-1903). L'auteur des Cloches de Corneville, mais également écrit dans le genre revanchard de l'après 70 quelques succès de cafconc' dont le célèbre "Régiment de Sambre et Meuse".

 

Source : "La chanson sous la IIIe république" de Serge Dillaz.



 Plébins

Le "joyeux" Plébins !

Interprète né Siméon Deplébins, le 30 octobre 1861, à Saint-Léonard, Haute-Vienne.


(affiche Les Silos)

Contemporain des Paulus, Debailleul, Bourgès et autre Libert, il officie dans le genre "ahuri", monologuant davantage qu'il ne chante. Ce genre très personnel et notamment son "Toujours moi qui gob' l'haricot" (J. Cauchie / Louis Byrec) lui vaut bien du succès.

Bien qu'il ait écrit quelques "chansonnettes", il est débouté par le Tribunal Civil de la Seine, le 28 avril 1898 de sa demande d'admission à la SACEM (*), en tant qu'auteur.

(*) Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de Musique.

Il se produit essentiellement à l'Eldorado, mais aussi aux Ambassadeurs, au Concert Parisien et à la Scala.

Parraissant une dernière fois sur la scène de la Boîte àFursy, en 1908, il se retire, très malade. Il disparaît peu avant son 48ème anniversaire, le 8 septembre 1909. Marié à Mme Debério, artiste d'opérette au Théâtre de la Gaîté, il est le père de Mlle Delmarès qui s'essaya au café-concert sans y laisser de souvenir impérissable.




 Pongin, Eugène

Par Léon de Bercy dans Montmartre et ses chansons, Paris 1902 :

Eugène PONGIN Né à Paris le 25 janvier 1860. Ses parents le destinant au dessin industriel pour meubles, il entra au Conservatoire de Musique à l'âge de quatorze ans ; passa à la Ville quatre concours, d'où chaque fois il sortit premier. En 1877, lauréat du Conservatoire, il entre dans la carrière comme baryton d'opérette et d'opéra-comique ; il quitte la scène trois ans plus tard et embrasse la profession de... photographe. Cependant, en 1882, il devient chef-d'orchestre et parcourt en cette qualité la province pendant, sept ans. De retour à Paris, il fait pour le café-concert des mélodies et des arrangements que signent des compositeurs en vogue ; il fait ainsi le "nègre"de 1889 à 1891. Combien, hélas ! furent et sont dans ce cas, tant en art qu'en littérature, dont le public ne connaîtra jamais le labeur et le talent ! – Mais il secoue le joug et travaille pour son propre compte ; pendant trois ans, il tient la corde avec les musiques que lui chantent Yvette Guilbert, Anna Thibaud, Polin, Maurel, Sulbac, Marius Richard et Fragson. Parmi ses succès d'alors, je me rappelle : La Soularde, La Goule, Les Mioches, Les Pécheurs d'Islande, Les Brunes et les Blondes, Ce que chantent les Vagues et La Pierreuse, avec Jules Jouy pour les paroles ; puis Le Chemineux, La Marche des Vieux-Beaux, Quand je suis une Modiste, Brin de Vie, Le Baiser au Régiment, etc., etc. Après avoir été chef-d'orchestre à Ba-Ta-Clan et au Petit Casino, il décide d'interpréter lui-même sa musique dans les cabarets en s'accompagnant au piano. Il fait l'ouverture du Conservatoire de Montmartre, de la Feuille-de-Vigne, vient grossir la fournée des chansonniers à Trianon, chante ensuite aux Quat'-z-Arts, aux Noctambules et au Grillon ; fait de fréquentes disparitions pendant lesquelles il court la province et l'étranger, tantôt comme chef-d'orchestre, tantôt comme interprète de ses oeuvres, visitant ainsi Saint-Etienne, Marseille, Cherbourg, Berck, Nancy, Bruxelles, Garai, Anvers, etc. Pongin a composé plusieurs opérettes et un grand nombre de morceaux d'orchestre. Sa musique est généralement gaie, bien scandée et se retient presque toujours dès la première audition. Sa note est personnelle, sa voix est sonore et juste, et sa diction ne laisse rien à désirer. Signes particuliers : affirme qu'il n'est pas convaincu le moins du monde ; blague beaucoup autrui et lui-même ; adore la bicyclette, les gros cigares, l'hydrothérapie et les petites femmes ; a la manie du calembour ; se dispute tous les jours avec son excellent camarade Jehan Rictus ; jalouse Dhervyl, qui le dépasse en myopie ; et s'intitule fièrement "le seul chansonnier qui ne soit pas de Montmartre".



 Ponsard, René

Par Léon de Bercy dans Montmartre et ses chansons, Paris 1902 :

Le doyen d'âge des chansonniers, surnommé le père la Cayorne. C'est lui l'auteur de ce refrain qui fut célèbre il y a une vingtaine d'années :

C'est sur la Butte,
Butte
Montmartr' que l'on fait La culbute,
Bute,
Et boit le vin clairet ;
C'est là qu'soirs et matins
Plus d'un minois coquet
Vient jeter son bonnet
Par-dessus les moulins.

Il a écrit une une quantité de petits poèmes badins et rimé des vers argotiques où la gouaillerie se mêlait parfois à la douce pitié. Il mourut sur la Butte, qu'il n'avait jamais quittée et où un comité se forma dernièrement dans le but de lui ériger un monument.



 Poterat, Louis

Parolier né le 2 juin 1901 à Troyes (10 - Aube) et décédé le 6 janvier à Genève (Suisse).

Selon "La chanson sous la IIIe république" de Serge Dillaz :

Auteur né en 1901. Auteur de musique de film, Potérat a également signé de très nombreuses chansons dont "J'attendrai".

 

 



 Pottier, Eugène

Auteur (1816-1887). Membre de la Commune, Eugène Pottier est l'immortel auteur de L'Internationale. L'ensemble de son œuvre reflète les aspirations du prolétariat du XIXe siècle.

 

Source : "La chanson sous la IIIe république" de Serge Dillaz.






 Pougaud, Désiré

On le surnomma le "Coquelin des enfants", le "Cyrano des Gosses". Il est né à Paris, le 24 janvier 1866 d'une famille d'artistes dramatiques. Sa grand-mère, Rose, avait joué dans Le Père Goriot aux Variétés. Son père, Alexandre Cousin dit Pougaud père, avait tenu des premiers rôles à Paris comme en province et avait été co-directeur du Théâtre de la République avec Péricaud, Gravier et Bessac (1878). On voulu en faire un ingénieur. À dix-neuf ans, cependant, il abandonna les chiffres et entra à l' Ambigu-Comique où il débuta, avec un certain succès, dans les Mystères de Paris où il joua le rôle de Tortillard.

Quelques mois plus tard, il est lancé. - Sa diction ferme et rapide, son œil spirituel, sa voix gouailleuse lui donnent vite l'allure du type du petit parisien débrouillard et on le voit tour à tour dans Roger la Honte, la Porteuse de pain (Tête de bois), la Policière, l'Orage, le Régiment (Bel homme). - Puis il passe à l'opérette où il joue le rôle d'Alexandrivore dans l'Œil crevé. - Il passe ensuite de l'Ambigu-Comique au Théâtre du Palais Royal puis du Palais Royal à la Porte Saint-Martin et de la Porte Saint-Martin au Théâtre Cluny où il triomphe dans la Marraine de Charley, rôle qu'il jouera plus de mille fois.- Au Nouveau Théâtre, il joue dans les Aventures de Plume-patte ; au Théâtre de la République, il est Pierrot dans la Grâce de Dieu. - Puis, finalement, il est au Chatelet où pendant plus de vingt ans  il sera le boute-en-train de toutes les féeries, de tous les spectacles à grands déploiements et où, à partir de 1910, il sera souvent opposé à un autre grand comique, Claudius. - Son nom seul fera accourir toutes les familles, tous les enfants dans: la Biche au bois, le Tour du monde en quatre-vingts jours (Passepartout), Michel Strogoff (Jolivet), Rothomago, les Pilules du diable, les Quatre cents coups du diable, les Pirates de la savane, le Trésor des Rajahs, Tom Titt, le Roi des pickpockets, l'Oncle d'Amérique, la Poudre de Perlinpinpin, etc.


À soixante ans, toujours au Chatelet où il triomphe dans la Foire aux fiancés, il décide de prendre sa retraite.

On le fête (25 mars 1927) mais sa retraite n'allait pas durer longtemps. - Il s'éteignit, en effet, le 31 octobre 1928, à Grenoble, chez l'un de ses petits enfants.



 Pougy, Liane de

Danseuse, autrice et demi-mondaine née le 2 juillet 1869 à La Flèche ( 72 - Sarthe) et décédée à Lausanne (Suisse)
le 26 décembre 1950.

Selon "La chanson sous la IIIe république" de Serge Dillaz :

Interprète (1869-1950). De son vrai nom Marie Chassaigne, princesse Ghika. Demi-mondaine célèbre qui finit ses jours au monastère des Dominicaines de Lausanne. Fréquenta notamment les scènes de la Scala et des Folies-Bergère. C'est d'ailleurs dans le second de ces établissements qu'elle débuta sous le nom d'Araignée d'Or.

 

 



 Pradels, Octave

Poète, vaudevilliste et romancier né à Arques en 1842, mort en 1930.

Il débuta vers 1885 par des monologues, des contes en vers et des chansons. On lui doit, entres autres chansons, "Ça commençait si gentiment", "La chula", "Dans l'Oasis", "Une marche Lorraine" (écrite en collaboration avec Jules Jouy) que créèrent Kam-Hill, Anna Judic, etc. -

Il fit également jouer des vaudevilles et dirigea, un temps, le théâtre des Capucines.

C'est avec sa collaboration que Paulus écrivit ses Mémoires.



 Prévert, Jacques

Auteur (1900-1977). Interprétées par Agnes Capri ou Marianne Oswald au Bœuf sur le toit, ses œuvres sont reprises par le groupe Octobre. Après la guerre, elles seront adoptées par la jeunesse intellectuelle. Mis en musique par Joseph Kosma, son poème "Feuilles mortes" est mondialement connu.

 

Source : "La chanson sous la IIIe république" de Serge Dillaz.



 Privas, Xavier

Par Léon de Bercy dans Montmartre et ses chansons, Paris 1902 :

Dans La Chanson à Montmartre, album édité pour l'Echo de Paris par la Librairie Internationale, 4, place Saint-Michel, Pierre Trimouillat présente en ces termes son camarade Xavier Privas :

"Quel gourmet littéraire ignore aujourd'hui le poète si robuste et cinglant des Thuriféraires, des Résignés, de La Pentecôte, des Grotesques ; si sainement gaulois de Chanson pastiche, de Chanson paillarde ; si modernistement anacréontique de Chanson galante, du Noël de Pierrot, de la Fête des Morts, de Grisettes ; si philosophique et humain de Problème, de La Chanson du Fil, des Larmes, des Ruines, des Chimères, des Heures ?...

"En effet, quiconque entend une seule de ces mâles satires, un seul de ces galants poèmes où l'hommage de l'Amant à la Femme confine au culte religieux du chrétien pour la Vierge, ne peut manquer de se sentir charmé ou ému par la voix puissante et douce de Privas : "Voilà quelqu'un !"N'est-ce pas, M. Ledrain ? C'est d'ailleurs l'avis de ses confrères, qui viennent de l'élire Prince des Chansonniers.

"Ce quelqu'un, Xavier Privas, est un solide gaillard de haute taille, forte corpulence, au teint vermeil, à l'œil brillant. – Il fait l'effet d'un bon et vigoureux carme ayant laissé le froc pour se faire officier de cavalerie, – puis quitté l'uniforme militaire pour l'habit noir, – cet uniforme civil... Il a la gravité indulgemment souriante et l'air bon vivant du premier et la prompte riposte de second, à l'occasion. N'a qu'une passion : l'amour de la Chanson et de la Femme ; qu'une haine : celle de la médiocrité et de la bêtise. Il est absolument incapable de dissimuler ces respectables mais parfois dangereux sentiments...

"Fait, depuis longtemps déjà, les beaux jours de la Bodinière, grâce à la géniale Félicia Malet, et les beaux soirs de Montmartre.

"Il contribue pour sa bonne part à justifier le titre de Cabaret des Arts, adopté par quelques chansonniers pour fonder, avec un succès auquel il fallait s'attendre,

"Un cabaret qui chante au sommet de la Butte,

comme a presque écrit Victor Hugo."

Cette esquisse, d'une grande sécurité, sera au point lorsque j'y aurai ajouté quelques touches. Privas, compositeur en même temps que poète, ne confie à quiconque le soin d'écrire la musique de ses chansons ; tout au plus laisse-t-il parfois se glisser sous sa mélodie une harmonie étrangère. Il a la recherche du terme qu'il veut exact ; il sacrifiera au besoin une belle rime pour conserver la pureté de l'image ; il en résulte que son style est clair, sain, puissant, hardiment coloré et d'une originalité toute personnelle. Pleine, vibrante et chaude, sa voix ignore les trucs et s'élève avec une franchise naïve et brutale ; mais elle force l'attention de l'auditeur le plus distrait. Son articulation, qui martèle chaque mot, chaque syllabe et scande – un peu durement quelquefois – la ponctuation, contribue au succès en laissant dans l'oreille du publie le sens complet de la chose entendue. Sécot écrivit un jour sur lui ce couplet :

Privas, l'oeil clair, les ch'veux en brosse,
Dans un art subtil et charmeur,
Chant' l'amour de la voix féroce
D'un vieux colonel en fureur.
Le plus innocent parapluie
Prend l'air si terrible à son bras
Qu'on croirait, lorsqu'il le manie,
Voir le cim'terr' de Saint-Privat...

et voici en quels termes tintamarresques sa biographie est donnée dans le programme a illustré du Cabaret des Arts :

"Poète et officier d'artillerie. Né à Lyon en 1863 [le 27 septembre]. Eut pour parrain l'auteur des Deux Cortèges, Joséphin Soulary, avec qui il se brouilla plus tard pour l'avoir appelé Péladan par inadvertance. Un de ses oncles le destinait au notariat, mais il put s'enfuir à temps et vint se fixer à Paris. C'est là qu'il courtisa ces gracieuses chimères : les Muses, et qu'il fit entendre ses premières compositions. Entre temps, il avait fait son service militaire et décroché l'épaulette. Quand on apprit au ministère de la Guerre qu'il avait fait des poésies, on voulut le dépouiller de son grade et le faire passer comme ouvrier charron à la 66e compagnie du train. Une décision du conseil d'État le maintint dans ses fonctions (7 avril 1888).

"Chacun connaît, aime et chante les exquises strophes où vibre si magnifiquement l'â me robuste et sincère de ce pur aède : Le Testament de Pierrot, Le Vieux Coffret, Les Douleurs, La Chanson du Fil et cent autres... composent un écrin de perles poétiques où il est difficile de faire un choix, tant la forme et l'idée y sont également parfaites.

"Xavier Privas a été élu, en juin 1898, Prince des Chansonniers à l'unanimité.

"Cet honneur, qui lui conférait pour la vie un titre si recherché, lui donna en outre ses entrées pour deux ans aux bains froids du Pont-de-l'Alma, et le droit, dont il n'usa pas, de changer son nom de baptême pour celui d'Adhémar.

"En dehors de ses poésies, Privas est un mathématicien distingué. Son mémoire sur L'Ajustage des Têtes de Bielle dans les Constructions métalliques (en vers libres) lui a valu récemment le prix Esterlin (un abonnement chez Dufayel).

"Dans la vie privée, l'auteur des Thuriféraires donne l'exemple des plus hautes vertus domestiques. Il nettoie lui-même ses verres de lampe et réussit le gras-double à la lyonnaise comme pas un. Il a été, au mois de juin 1897, nommé vice-président de la Société protectrice des locataires, qui seule a pu mettre un frein au terribles abus de pouvoir des concierges. Chevalier du Canard mexicain depuis 1892."

Ce n'est qu'en 1892 que Xavier Privas (Antoine Taravel, de son véritable nom) produisit Paris comme chansonnier. Nanti d'un assez volumineux bagage de...Chimères, auxquelles le public du Caveau Lyonnais avait déjà fait fort bel accueil, il descendit un soir au sous-sol du café du Solei1-d'Or où se tenaient les Soirée de la Plume, et demanda la permission de se faire entendre. Successivement il chanta Les Thuriféraires, Les Chimères, Les Résignés, Les Ruines ; que sais-je encore ? Ce fut une joie, un succès, une ovation ! De ce jour, il fut un assidu de ces réunions, d'où Trimouillat l'arracha bientôt pour le conduire au Chat-Noir. Salis après avoir entendu le protégé de son "Maître des Chants", l'engage à l'essai pour quinze jours (janvier 1893). Mais, soit que le "gentilhomme-cabaretier" n'ait point assez verveusement présenté son nouveau pensionnaire au public, soit que celui-ci ne goutâ t que médiocrement la note révolutionnaire de nouveau venu, soit enfin que le poète se sentit mal à l'aise devant en auditoire de snobs, Privas ne récolta dans le "sanctuaire d'art" de la rue Victor-Massé que les marques de la plus complète indifférence.

Il quitta l'aire de l'"Aigle" pour l'antre du "Léopard". J'entends qu'il prit congé Salis senior pour se faire entendre chez Salis junior, qui dirigeait alors le Cabaret de l'Ane-Rouge. L'aimable et jeune clientèle de cet établissement, où se coudoyaient peintres, dessinateurs et poètes, accueillit avec enthousiasme l'auteur des Thuriféraires. Georges Tiercy se l'attacha ensuite ; et Privas rencontra au Carillon la même chaleureuse réception : il était désormais assuré de récolter partout où vibrerait sa lyre une ample moisson de bravos.

Mais le Quartier-Latin, théâtre de ses premiers triomphes, l'attirait. En compagnie de Pierre Trimouillat et de Gaston Dumestre, il fonda, rue de l'Ancienne-Comédie, les "Soirées-Procope", au rez-de-chaussée du café de ce nom. Il fait là l'essai de ses Cantomimes, tant goûtées plus tard par les abonnés de la Bodinière et que la province a eu maintes fois l'occasion d'apprécier. Qu'il me soit permis d'ouvrir une parenthèse quant aux interprètes de ces Cantomimes, qui les rendent avec une recherche d'art tout à fait exquise. C'est un véritable délice pour l'oeil et pour l'oreille que la représentation de ces scènes délicates. Pendant que le récitant, – tantôt le compositeur Perducet, tantôt le poète Clément George, – aux voix également douces et charmeuses, – égrène lentement les rimes, Georges Wague, un Pierrot qui s'évertue à rendre son geste immédiatement compréhensible, sans recourir aux conventions de la traditionnelle mimique italienne, et Christiane Mendélyes, Colombine experte et gracieuse, "illustrent" le sujet dont les phases, mime les plus infimes, sont soulignées par eux avec un sentiment exact de la réalité et un sens poétique d'une douceur et d'une légèreté incomparables.

Cependant Privas revient à Montmartre et Trombert l'engage aux Quat'-z-Arts, où il demeure jusqu'à l'ouverture du Cabaret des Arts, dont il est l'un des directeurs. Entre temps, il fait un court passage (cinq mois environ), au journal La Presse, qui publie de lui une poésie par semaine.

La première partie de l'oeuvre de Privas se trouve réunie en volume sous le titre : Chansons chimériques (Ollendorff, éditeur). Dans ce recueil, des poèmes galants, petits chefs-d'oeuvre où chante l'amour tour à tour tendre, impérieux, fou, languissant, inquiet, où s'exalte jusqu'à l'idolâ trie le culte de la femme, voisinent avec des chants d'une satire flagellante et d'une philosophie â prement pessimiste. Ces deux notes, si différentes, mais traitées avec une égale maestria, se rencontrent dans ses autres volumes : Pour les Fêtes (Manuel, éditeur), Chansons humaines (Laurens, éditeur), Chimères et Grimace (Ondet, éditeur). L'éditeur Gruny a publié de lui dernièrement deux petits cahiers de dix chansons chacun : Chansons pour l'Amante et Chansons pour la Nouvelle Amante, d'où je détache cette perle :

Au Jardin d'Amour deux fleurs sont écloses,
Puisque mon amie a les yeux ouverts
Et que tout l'essaim des métamorphoses
Goûte aux sucs nouveaux qui lui sont offerts.

Au Verger d'Amour une fraise est mûre,
Puisque mon amie ouvre en un souris
Sa lèvre où le sang jette avec usure
La pourpre et l'éa1 de son coloris.

Au Bosquet d'Amour une oiselle chante,
Puisque mon amie, en frôlant mes yeux,
Gazouille des mots exquis qu'elle invente
Pour me convier aux plus doux des jeux.

Au Pays d'Amour le soleil se lève,
Puisque mon amie a fui l'enchanté
Paradis lointain où règne le Rêve
Pour vivre avec moi la Réalité.

Enfin, parus dernièrement chez Anceaux et Cie : Le Joug, Les Préjugés, Les Abus, Les Eunuques, Les Blasés, Les Laquais, Les Esclaves, Les Apparences, Les Parasites, Les Indifférents, Les Lâ ches, Les Malfaiteurs, Le Courage, La Révolte, qui formeront une plaquette sous le titre : Chansons de Révolte ; puis viendront Les Chansons d'Aurore, qui sont : Les Décombres, La Nuit, Le Rêve, L'Aurore, La Justice, La Liberté, L'Egalité, La Fraternité, L'Amour, Le Travail, La Paix, La Bonté, La Vérité et La Beauté. Ces titres et leur crescendo indique suffisamment l'idée qui a présidé à la conception des poèmes qu'ils déterminent ; néanmoins, je ne puis résister au plaisir de cueillir à l'intention du lecteur une de ces fleurs à l'acre et inquiétant parfum :

LES JONGLEURS

Pour satisfaire leurs envies
Et contenter leurs appétits,
C'est avec des coeurs et des vies
Que jonglent les jongleurs maudits.
Que tous les pauvres coeurs qui saignent
Soient des jouets entre leurs mains;
Que les coeurs broyés qu'ils dédaignent
Soient des tapis pour leurs chemin.

Affamés d'or, de fausses gloires Ils jonglent avec les douleurs
Et se préparent des victoires
Par le crime, le sang, les pleurs ;
Ils jonglent avec les misères,
Les désespoirs et les dégoûts ;
Ils jonglent avec les colères,
Les menaces et les courroux.

Jonglez, jonglez, jongleurs infâ mes,
Et sans fatigue, et sans arrêt.
Avec les esprits et les â mes,
Pour le plaisir et l'intérêt !
Jonglez ! De prochaines tempêtes
Abattront l'orgueil de vos fronts !
Jonglez bien ! C'est avec vos têtes
Qu'à notre tour nous jonglerons.