Félix Mayol vers 1910

Ah ! Dis moi tu

1911 (?)

Chanson - Paroles et musique de Paul Marinier

Créée par Mayol

1913


Paroles

Il l'avait rencontré un soir
Que l'temps s'était mis à pleuvoir
Et comme elle lui sembla jolie
Il l'a pris sous son parapluie.
Elle, c'était un trottin très blond.
Lui, c'était un garçon tout rond,
Qu'avait vraiment l'cœur sur la main
Il n'y alla pas par quat'chemins.
Au bout d'une seconde qu'il l'abritait
Il lui dit : "Si on s'tutorait ?
"

Refrain
Ah dis-moi tu, ah dis-moi toi.
Fais donc pas d'manières avec moi.
Comme si on s'rait depuis l'enfance
Vieilles connaissances"
Mais la p'tite lui dit : "Non vraiment.
Je tutoies très difficilement ;
Il faudrait pour qu'je vous dise tu
Qu'on s'connaisse beaucoup plus."

Ah, dit le jeune homme, s'il n'faut qu'ça
Pour mieux s'connaître on se r'voira!
Et tous les soirs , qu'il vent', qu'il grêle,
Il la ram'nait jusque chez elle.
Même un' fois, pour la mettre en train
Il offrit quatr' vermouth Turin
Et la p'tit',pour s'monter, vida
Tout l'carafon d'Angoustoura:
J'ai l'cœur qui m'brûl', dit-il, oui-da.
Moi, fit-elle, c'est l'estomac

Refrain
Ah! dis-moi tu! Ah! dis-moi toi!
A présent qu'dans l'mêm' verre on boit,
J'espèr' qu'tu n'vas pas, chérie,
Faire ta Sophie.
Ah! dit-elle avec dignité,
Pour que j'vous tutoie il faudrait
Qu'vous soyez beaucoup plus entré
Dans mon intimité !

"Ah, dit l'jeune homme, s'il ne faut qu'ça
Pour mieux s'connaître on s'reverra."
Et l'dimanche suivant, simple idylle
Il l'amena dans les Bois de Chaville.
Dans les branches, les oiseaux joyeux
F'saient ripipi à qui mieux-mieux.
Il l'amena dans un coin fleuri
Sous l'prétexte de l'faire aussi.
En l'embrassant l'cœur enflammé
Il murmurait d'un ton pâmé :

Refrain
"Ah dis-moi tu, ah dis-moi toi
C'est l'moment ou jamais, crois-moi.
Enfin, tu tutoies bien ma chère
Ta mère, ton père..."
"Ah, dit-elle d'un p'tit air très froid,
Si vous voulez Monsieur Éloi
Que j'm'imagine que c'est papa
Et bien ôtez donc vot'main d'là !"

Voyant qu'elle ne pouvait pas dire tu,
Comme c'était un garçon têtu,
Qu'que temps après sans plus de manières
Il l'épousait d'vant Monsieur le maire
En s'disant d'un air convaincu :
"Comme ça j'suis sûr d'avoir l'dessus :
Quand j'aurai sa vertu oui-da
Y'a pas d'erreur : elle m'tutoiera".
Et le soir en l'enlaçant
Il lui murmura caressant :

Refrain
"Ah dis-moi tu, ah dis-moi toi,
Maintenant qu't'es ma p'tite femme à moi.
J'pense que dans l'moment suprême
Tu m'diras j't'aime."
"Oh non, dit-elle, ça n'y f'ra rien
Car avec Paul Jacques ou Lucien
Plus de vingt fois j'ai essayé
Je n'peux pas tutoyer".


(Les couplets en gris ne sont pas sur la version endisquée.)