(les mots entre crochets sont de Mayol [rajoutés à la main])
"La curieuse histoire du petit habit de Mayol
Dans le magasin des costumes des Folies Bergère de Rouen, installées dans l'Île Lacroix - il ne s'agit pas pour cela d'une scène inférieure ! - il y a un petit habit qui n'a pas l'air de grand'chose et qui pourtant a son histoire... C'est un vêtement de clown noir bordé d'ue par4ements verts et garni de brins de muguet. Vestige usé et poussiéreux d'un soir de music-hall défunt, mais qui marqua une date, il git entre un tutu de danseuse et un manteau de mousquetaire. Il ne peut espérer sortir, tant il est vieilli désormais, qu'à l'occasion de quelque mardi-gras, jour de location de costumes.
L'histoire de ce petit habit est brève mais ce n'est pas si mal, car beaucoup de ces habits n'ont pas d'histoire... Elle ne date pas d'hier. Elle nous reporte au soir où Mayol monta pour la première fois sur une scène, la scène des Folies Bergère de Rouen, où il chanta sa première chanson. Il avait endossé avec émotion le petit costume de clown noir. Il obtint avec lui un gentil succès mais il ne lui en fut pas reconnaissant, car il le laissa à son départ au magasin de l'établissement.
Pourtant Mayol n'oublia pas l'habit qu'il avait porté pour ses débuts. C'est lui qui lui donna l'idée d'arborer du muguet à sa boutonnière. Bien longtemps après - il y a six ans - l'artiste revint aux Folies Bergère de Rouen et le sympathique directeur M. Marcel Guisard, lui montra son ancien costume.
- Je me rappelle, dit-il. [Pas vrai]
Mayol se souvint peut-être aussi que lorsqu'il quitta le théâtre après ses premiers débuts, on inscrivit à son sujet sur le registre de la maison : "Bon petit chanteur". [C'est vrai]
Cela lui porta chance. Mais un autre artiste, dont le succès est plus récent et qui débuta également à Rouen, et qui touche actuellement à Paris des cachets de 6.000 francs par soirée, fut moins heureux. "Aucun avenir" nota-t-on sur le livre ! Ce chevalier du music-hall gagnait alors 20 francs par semaine...
Il est vrai que le franc valait vingt sous ! - J.F."