Paul Lack



Montel



(Collection André Anciaux - Marc Béghin †)





(Collection Florian Royer)

Elle était souriante

1908

Chanson créée par Montel ou Dufleuve (auteur de ses paroles). - Paroles d'Edmond  Bouchaud, dit Dufleuve - Musique de Raoul Georges.

Martin Pénet (Mémoire de la chanson, Omnibus-France-Culture, 2001) date "Elle était souriante" de septembre 1908 et l'appelle, comme cela est mentionné sur le petit format dont il joint une photo "Complainte tragico-comique". - Sur ce petit format, est indiqué "Répertoire Montel" et "Créée par Montel à l'Eldorado". - Pénet rajoute : "reprise un mois plus tard par Dufleuve [le frère de Polaire] puis par un dénommé Lacerpète à Parisiana". - Pour les enregistrements, il semblerait que Paul Lack (1888 - 1968) fut premier, en 1908, suivi de Montel en 1909, la même années que les enregistrements de Polin, et Mansuelle. Vinrent ensuite Boissier (1910), Dufleuve à nouveau en 1922, etc.

Enregistrée (à nouveau)

1929

Jean-Yves Patte, spécialiste en restauration de disques et d'enregistrements anciens, (www.paleovox.com) nous en fait parvenir la version de Paul Lack.

Disque Victor Talking Machine 63037 B / 14219 u - 1908

 Voici ce qu'il nous écrivait à propos de cette scie :

"Me promenant sur votre site (ce qui vous l'avouerez est une bonne occupation pour un dimanche de pluie) je tombe sur "Elle était souriante". J'en ai aussi une version - sans doute de 1908, donc plus ancienne que la vôtre, mais non de Montel - et je tiens à apporter une petite précision relativement à la chanson elle même :

"On la rattache souvent au type "chansons bêtes" (comme celle des "canards tyroliens" qui en semble être l'archétype ; le plus ancien enregistrement connu de cette sérénade semble être sur un cylindre Lioret, conservé à la Bibliothèque Nationale de France, enregistré par Brabant qui imite Thérésa dans le dernier couplet, mais il y a aussi de certain cylindre jaune par Rozic, de l'Éden-Concert, qui pourrait lui damner le pion, question recul dans le temps) mais "Elle était souriante" va plus loin, car, ce me semble c'est une "chanson à tiroirs".

"Au disque, elle n'est jamais donnée dans son intégralité (pour des raisons techniques mais aussi de lassitude), mais lorsqu'on la lit jusqu'au bout, l'un des derniers vers parle du "p'tit cachet d'piramidon"... Le piramidon a existé. C'est un médicament (dont on trouve de furtives réclames au tournant des XIX et XX s) et qui soulage de tous les maux que le chanson décrit d'une manière si outrée. (coups, chutes, traumatismes...) et il me semble que ce produit soit une sorte d'aspirine, ou d'analgésique, dont la découverte récente méritait bien d'être célébrée en chanson !

"Ainsi, cette œuvre drolatique se rattache plutôt aux chansons médicales (et non de corps de garde) dont "Gare les rayons X" est sans doute l'un des meilleurs exemples !

"Mais c'est aussi une chanson publicitaire, puisque le produit existe !

"D'où mon idée de "chanson à tiroirs"..."

Jean-Yves Patte - 18 mai 2003


Paroles

(Les couplets en gris ne font pas partie de l'enregistrement de Montel. Celui de Paul Lack en comprend un de plus.)

Un jour une petite chatelai-ai-ne
Enlevée par des romanichels
Fut mise dans une chambre malsaine
Tout en haut d'la rue Saint-Michel
La p'tite au caractère rieur
Prit joyeusement son malheur

Refrain

Le lendemain, elle était souriante
À sa fenêtre fleurie chaque soir
Elle arrosait ses petites fleurs
Grimpan-an-antes
Avec de l'eau de son p'tit arrosoir.

Les brigands furieux de la voir ri-i-re
Lui attachèrent les mains, les pieds
Puis par les cheveux la pendi-i-rent
Au plafond, en face du plancher
Puis la laissant là les voyous
Allèrent chez l'bistro boire un coup

au Refrain

Les bandits jaloux d'son coura-a-ge
Un soir à l'heure de l'Angélus
La jetèrent du sixième éta-a-ge
Son corps tomba d'vant l'autobus
L'autobus qui n'attendait qu'ça
Sur la belle aussitôt passa

au Refrain

Mais les assasins s'acharnè-è-rent [*]
Sur elle à coups d'pieds, à coups d'poings
À coups de couteau la lardè-è-rent
Pour lui faire passer l'goût du pain
Et pour en finir les ch'napans
Ils la noyèrent dans l'océan

au Refrain

Au moment où la pauvre fille
Allait remonter les flots
Un sous-marin avec sa quille
Coupa son corps en deux morceaux
Puis une torpille qui éclata
Fit voler le reste en éclat.

au Refrain

La tempête le vent et l'orage
Soulevèrent les vagues de l'océan
La petite lutta avec courage
Bravant le terrible ouragan
Mais le tonnerre à ce moment
Tombe et foudroie la pauvre enfant

au Refrain

Elle disparut dans l'eau profon-on-de
Une baleine lui bouffa les mains
Sa jolie chevelure blon-on-de
Fut arrachée par les requins
Un p'tit maquereau qui s'balladait
Lui barbota son porte-monnaie

au Refrain

Vous croyez p'tète qu'elle en est mor-or-te
Et cependant il n'en est rien
Malgré cette secousse un peu for-or-te
La p'tite ne se sentait pas bien
Elle prit pour se remettre d'aplomb
Un p'tit cachet d'Piramidon

au Refrain


[*] La tradition veut que ce vers (et même toute la chanson) soit chantée en chuintant, i.e. : "Mais les j'achahins ch'acharnèrent" (pour ce vers en particulier).