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les affiches en couleur proviennent
des sites Gallica et Les Silos
Merci Claire Simon-Boidot)
















Petits formats de
Jean-François Petit, Pierre-Gérard Champod
et Claire Simon-Boidot

Victorine Demay

Encensée par Mayol (Mémoires), louangée par Lemaître (voir ci-dessous), admirée par Renan et peinte par Degas (deux toiles), ce personnage qui ne fut sans doute pas à la hauteur de Thérésa, ni même de Suzanne Lagier, finit tout de même par devenir une étoile à l'Alcazar, être huit ans des programmes de l'Eldorado et par gagner 5.000 francs par mois au Concert Parisien au plus fort de sa carrière.

Née vers 1845-1850 [1] (elle aurait donc eu environ 26, 27 ans lorsque peinte par Degas), elle débuta - on dit à quinze ans - dans des beuglants, au Quartier Latin avant de passer au Caf'Conc' où elle poursuivit une carrière ascendante jusqu'en 1890 [2] et peut-être même jusqu'en 1900, sous les noms de "Mlle Demay", "Madame Demay" et aussi tout simplement "Demay" tel qu'en fait foi une affiche datant des années 80-81.

On la sait, au tout début, et même pendant plusieurs années de la troupe qui  accompagne Paulus dans ses tournées ou encore des artistes qui font partie des concerts qu'il organise. - C'est ainsi qu'on la retrouve aux Ambassadeurs dans les années 70, au Parisien en 1882, à l'Alcazar d'Été en 1886...

"Plantureuse et foisonnante, elle a une trogne hilare, toute en avant, arrondie comme une pomme, une grande bonté dans la bouche, une joie irrésistible dans les yeux, une diction franche et directe, une articulation irréprochable, une voix bien timbrée, sans bavure, singulièrement mordante et coupante qui vous entre dans l'oreille avec la netteté d'une balle à pointe d'acier, - et gaie avec cela ! Les chansons qu'elle nous chante ont du moins, dans leur grossièreté, de la verve et quelque couleur."
(Jules Lemaître - Impressions de Théâtre)

Son répertoire en dit long sur son style

"La valse des pieds de cochon"

Il m'appelait son andouille chérie
Je l'appelais mon cher petit... salé,

[...]
Lui, pendant c'temps, s'offrait d'la nourriture...

"Le piston d'Horace"

Ah ! joue, joue, joue plus fort !
[...]
Je voudrais êtr' la chaise de bois blanc
Où tu t'assieds, - afin de mieux t'entendre.

[...]
Ah ! fais un couac ! Ça s'rait un' preuv' d'amour.

"La femme athlète" (Delormel, Laroche et Louis Byrec)

Moi, j'cass des noisettes
En m'esseyant d'suss !


D'autres titres

  • "Les rateurs"
  • "Plus de corset"
  • "C'est la couturière"
  • "Il a z'un œil"
  • "Oui maman"
  • "J'casse des noisettes" (autre titre de "La femme athlète")
  • "Des hommes, m'en faut plus"
  • "Mon mari court la pretentaine"
  • "Est-ce un sapeur ?" [3]
  • "C'est la grosse caisse" paroles de Laroche et E. Bach et musique de Emile Duhem, chantée par Mme Demay à l'Alcazar d'Été et par Jeanne Bloch au pavillon de l'Horloge, dépôt 1879
  • "Il s'appelle Rupin" paroles de A. Ben & d'Herville, musique de Frédéric Barbier, chantée par Mme Demay à l'Alcazar d'Été, dépôt 1879
  • "J'connais cett' trompett' là" paroles de A. Ben & d'Herville, musique Tac-Cœn, chantée par Mme A. Demay au Grand Concert Parisien, dépôt 1880
  • "La bretelle à Balochard" paroles de E. Migot, musique de Ch. Richard chantée par Mme Demay au Grand Concert Parisien, dépôt 1879 (partition dédiée à Mme Zélia, Delannoy de la Scala)
  • "Prenez donc une cuisinière" paroles de Duhem & Laroche, musique Tac-Cœn, sur la couverture : créée par Elise Faure à Boléro-Star et par Mlle Demay au Concert Parisien, dépôt 1877
  • "Pst ! Hé ! Benoît !" paroles de A. I., musique de A. Tac-Cœn, en couverture : créée par Mme Demay à l'Alcazar d'Été et chantée par Mlle Block au pavillon de l'Horloge, dépôt 1880 (dédiée à Mlle Nancy du Concert Européen)
  • "Qui paiera la culotte" (ou "le génie de la Bastille"), paroles de H. Cazeaux Klein et F. Constano, musique de Maurice de Mirecki, rengaine nationale créée par Mme Demay au Grand Concert Parisien, dépôt 1880. [à hurler de rire : le génie qui s'ennuie descend de sa colonne et, comme il est tout nu, il fait scandale dans Paris... mais qui donc lui paiera une culotte ???] une autre chanson sur ce site "Y n'a pas de pantalon" semble reprendre le même thème
  • "C'est la cantinière" paroles de Emile Carré, musique de Victor Robillard, chant militaire chantée (sic) par Mme Zélia, Delannoy à la Scala, par Melle Amélie Demay à l'Alcazar d'Été et par Rosa Katy aux Ambassadeurs, dépôt 1877
  • "Sciegnalement de ma famille" (à Mme Rosa Prad), paroles de Edouard Kuhn, musique de Germain Laurens, en couverture donné par Mme Demay au Concert Parisien, par Mme Nancy à l'Alcazar par Mme Block au XIXè siècle, dépôt 1879. En pages 2 et 4 : par Mme Demay à l'Alcazar d'Été, Mme Nancy aux Ambassadeurs, Mme Zélia à la Scala, Mme Block à l'Horloge (Zélia en plus, tous les concerts ont changé. La chanson a dû être créée au moment du changement de contrat entre l'hiver et l'été)
  • "La noce des bossus" paroles Delormel & Laroche, musique Pourny, chansonnette créée au Concert Parisien
  • "Le grain de beauté d'Aglaé" paroles Delormel & Laroche, musique Louis Byrec, chansonnette comique créée à l'Alcazar d'Été
  • "Les saucisses" paroles François Lamy, musique Louis Byrec, scie populaire créée à l'Alcazar d'Été

Et puis

"Ces veinards de bidards", "chant d'allégresse" (sic), paroles et musique d'Émile Mathieu, entonné a l'occasion de la Loterie Universelle (de 1889)

"La sœur de l'emballeur", paroles de J. Reyar, musique d'Auguste Teste

"LA E-OU-U ?" de Péricaud, Delormel et Jean-Marc Chautagne (1880), citée par André Chadourne dans Les Cafés-Concerts (1889).


Victorine Demay décède à l'âge de 45 ans, le 23 novembre 1888, au n° 29 du Boulevard Magenta (10e)


Degas, qui ne s'est pas encanaillé comme Lautrec, l'a peinte deux fois, en 1876 ou 1877. La première fois dans une toile intitulée tout simplement Cabaret (Galerie Corcoran, Washington) et une deuxième fois aux Ambassadeurs (Musée d'Art de Lyon). Dans les deux cas, on la voit s'adresser à son public : cela faisait partie de son tour de chant. Elle ne se gênait pas, en effet, pour lancer des "Ce qui peut faire chaud dans cette baraque !" ou des "Fermez la porte : on gèle". - La Goulue avait de qui tenir !

Cabaret (par Degas)

Ambassadeurs (par Degas)


On ne connaît aucun enregistrement d'elle et son répertoire n'a pas survécu.


Notes

[1] L'acte de décès retrace sa naissance en 1843 (1888 moins 45) Il subsiste le léger doute concernant Victorine Yon (cf. article de La Gazette Anecdotique - ci-dessous), le vrai patronyme de Demay ou bien uniquement le patronyme de sa mère ? Croyons plutôt l'état-civil. [4]

Article paru dans La Gazette Anecdotique n°22
du 30 novembre 1888

[2] Dans ses Mémoires, au chapitre 1, Paulus parle de ses débuts en 1871 et mentionne qu'elle est décédée (avant donc, 1908)

[3] Sans doute pour faire concurrence à "Rien n'est sacré pour un sapeur" créé en 1864 par Thérésa

[4] Le 6 avril 2016. Nous savons maintenant, grâce aux recherches menées par Claire Simon-Boidot (que nous remercions) et sur la foi de son acte de naissance, que la date exacte de sa naissance est le 1er janvier 1843, au domicile de ses parents Antoine Demay, marchand, et Annette Victorine Yon.


Merci à Hélène L'Hégarat pour les informations qu'elle a bien voulu nous transmettre.