PAGE ANNEXE
________________

Petits formats























(Collection David Silvestre)

Lys Gauty

On l'a fait naître avec le début du siècle dernier. La vérité est qu'elle serait probablement née (Alice Gauthier) à Levallois-Perret, en 1908, mais en réalité la date exacte se trouve être le 14 février 1900 [*]. - Au 32 de la rue des Arts (aujourd'hui, rue Marius Aufan).

On a dit qu'elle avait eu une formation classique. Oui, un peu. Issue d'une famille de garagistes où chacun s'adonne à la chanson, elle fut d'abord et avant tout une vendeuse de chapeaux avant de suivre, en amateur, quelques cours de chants pour monter sur scène, toujours en amateur, dans un répertoire plus ou moins d'opéra.

On l'a faite débuter chez Fyscher, rue d'Antin en 1924. - À seize ans ? - Fort possible. -Ce que l'on sait, c'est qu'elle y est passée ; qu'elle y aurait rencontré son futur mari, Gaston Groëner, employé de commerce,  qu'elle épouse en 1925 [**]. - Employé de commerce : fort possible également étant donné qu'elle travaillait alors aux Galeries Lafayette, modiste, comme sa mère. - Les premières vraies traces que nous avons retrouvées d'elle cependant nous la renvoie dans un concert en mutuel (organisé par les artistes eux-mêmes) à Paris vers 1926, puis quelques mois plus tard à Bruxelles (au Théâtre de Dix-Heures) et, finalement à Paris mais pas Chez Fischer : à La boite aux Matelots, en 1932, puis à Bobino en 1933, àl'Alhambra en 1934, à l'A.B.C. en 1936 mais elle est déjà très connue à ce moment-là.

Les premières photos que nous avons d'elle nous montre une femme très jeune qui aurait eu 21 ans en 1929, lors de son premier enregistrement, "Paradis du rêve" de Nilson Fyscher et de Jean Richepin avec, au piano, le pianiste attitré de Chez Fischer (tiens, tiens...), Georges Van Parys sauf que cet enregistrement aurait été fait à Bruxelles avec, au piano, Jean Delhez... Au verso, "Vendetta". Étiquette HMV. Destiné au marché belge. Réédité en France chez Gramophone, un an plus tard, avec cette fois-là, Van Parys... - Rien de simple chez Madame Gauty.

En 1932 (elle aurait eu 24 ans), elle enregistre "le Chant de Barbara" et "La fiancée du pirate" (de l'Opéra de quatre sous) avec Pierre Chagnon à l'orchestre mais tout de suite après, elle met à son répertoire une chanson qui allait la marquer à jamais : "Le chaland qui passe" (Paroles de A. de Badet et d'Ennio Neri - Musique d'Ennio Neri et de Cesare Andrea Bixio) qu'elle enregistre au tout début de 1933. - Le succès est si grand, l'interprétation si émouvante que Jean Vigo n'hésite pas à en faire la chanson-thème de son film, L'Atalante et, par un tour du sort, c'est sous le nom du "Chaland qui passe" que ce film allait être connu pendant presque quarante ans !

Nous avons parlé du fabuleux destin de cette chanson dans nos pages sur la Chanson française du Temps des cerises aux Feuilles mortes (voir au numéro trente-cinq).

Comme si cela n'aurait pas suffi à immortaliser cette chère Gauty, elle enregistre la même année "J'aime tes grands yeux" (C. A. Bixio et Jean Tranchant) et "À Paris dans chaque Faubourg" (Maurice Jaubert et René Clair) - du film 14 juillet de René Clair.

Peu avant la Guerre, elle chante "Le Bonheur est entré dans mon cœur" (Glanzberg, Vaucaire et Groëner) et "Dis-moi pourquoi" (Glansberg, Kosma, Groëner et Michel Vaucaire) dans un film dont elle est la vedette, La goualeuse de Fernand Rivers (1938) mais, ne s'arrêtant pas là, elle est une des toutes premières à chanter Prévert (musique de Joseph Kosma) avec "Les escargots qui vont à l'enterrement" en 1940 [***].

Entre 1940 et 1944, elle endisque une version surprenante d'un vieux succès de Delmet ("Les petits pavés") mais également "Fumée sur le toit" (Gaultier - Poterat) - 1941 -, une adaptation de Francis Blanche d'une mélodie de Django Reinhardt ("Crépuscule") et, comme si cela ne suffisait pas, "La chanson de la rue" (Martens- Groëner).

En 1946, elle est, à l'Alhambra, de retour avec "Un petit bouquet de violettes" et "En écoutant mon cœur chanter" mais interdite à cause de l'épuration, il lui faut attendre jusqu'en 1950 avant de passer à l'opérette (Ma goualeuse) au Casino Montparnasse et avant d'abandonner la scène vers 1953 pour devenir directrice d'un cabaret dans la région de Nice et fondatrice d'une école de chant.

Madame Gauty est décédée à Monte-Carlo en 1994.


Extraits musicaux

Avec tous les titres qui précèdent (et de nombreux autres), difficile de faire un choix.

Nous en proposons cinq qui donneront, nous l'espérons, une idée de l'étendue du répertoire de Lys Gauty et de la qualité de son œuvre.

La qualité des enregistrements varie énormément. - Nous nous en excusons.

De sa première période, celle du "Chaland qui passe" (qu'on trouvera à l'adresse précitée), nous avons retenu un enregistrement à peu près dans la même veine mais plus sobre (de Maurice Jaubert et René Clair) :

"À Paris dans chaque faubourg"

Disque Columbia n° DF 1134 (fév. 1933) - 03mn20

De la même année, une surprenante chanson de Jean Tranchant :

"La ballade du cordonnier"

Disque Columbia n° DF 1222 (avril 1933) - 02mn57

Et toujours de la même année, mais dans une réédition réalisée, semble-t-il, en 1938 - c'est du moins la date imprimée sur le disque (de Cesare Andrea Bixio et Jean Tranchant)  :

"J'aime tes grands yeux"

Disque Columbia n° DF 1287 (juin 1933) - 02mn56

De sa période diseuse... un joli tango :

"Obsession"

Disque Polydor n° 524091 (juin 1935) - 03mn04

Et puis finalement, du temps où il ne fallait pas trop oser, cette curiosité créé par Delmet en 1891 et dont nous avons parlé abondamment en sa page (de Paul Delmet et Maurice Vaucaire) :

"Les petits pavés"

Disque Columbia n° DF 2586 (décembre 1939) - 03mn01


Cinéma

Lys Gauty parut pour la première fois au cinéma en 1930, en tant que figurante, dans un court métrage de Maurice Gleise dont le plus connu des films sera, en 1941, "Le club des soupirants" (Fernandel, Saturnin Fabre, Andrex, Max Dearly, etc.). Le titre de ce film : Jour de noces.

Elle fut par la suite, comme nous l'avons mentionné ci-dessus, la vedette d'un long métrage, visiblement écrit pour elle, La goualeuse de Fernand Rivers, en 1938.

Voici, tiré de ce film un extrait où elle chante "Le bonheur est entré dans mon cœur".


Petits formats

Voir ici.


[*] Monsieur David Silvestre nous précise que Madame Gauty a donné une interview, à Hélène Hazéra de la revue Le monde de la musique, en juillet 1989, alors qu'elle avait quatre vingt neuf ans. Deux autres sources nous ayant été communiquées confirment que l'année de naissance est bien 1900.

[**] Il faudrait se pencher, un jour, sur ce Gaston Groëner qui devint son gérant et sous la plume duquel on trouve les paroles de "Le bistro du port", "Sans y penser", "Le bonheur est entré dans mon cœur", "La valse de toujours"... mais toujours en collaboration avec un autre parolier, ce Gaston Groëner qui aurait offert un jour d'acheter les chansons d'un certain Pierre Dudan à condition qu'il puisse les signer... (Pierre Dudan : Trou de mémoire, Éditions France-Empire, 1977).

[***] Précédée en cela par Florelle qui, dans le film Le crime de Monsieur Lange de Jean Renoir y était allé de  "À la belle étoile" (en 1935).