CHAPITRES
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Note de l'éditeur

Bouquets d'hommage


[*] Curieusement, ces Mémoires n'ont pas de chapitre 10.
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Eugenie Buffet


Chapitre 7


Un soir, rue Saint-Lazare, en sortant de l'hôtel Terminus, je rencontrai Georges Daniel, reporter du Journal que j'avais perdu de vue depuis un assez long temps. Tout en bavardant, il me fit part de quelques-uns de ses projets et me soumit une idée amusante. Il désirait faire un reportage sur les chanteurs ambulants, les chanteurs des rues, mais il voulait, avant tout, que les décors et les personnages fussent pittoresques, et, pour tout dire, son intention intime était de "truquer" son reportage afin d'en corser l'originalité. Il ne souhaitait rien moins, pour la réalisation de ce projet, que d'opérer avec de véritables artistes.

- Si mon idée vous sourit, ma chère Nini, je vous demande votre collaboration, me dit-il. J'acceptai sur le champ. Daniel constitua une troupe composée de Rose Bru, Claudius, et du chansonnier Baltha, de la Lune Rousse. A la vérité, la supercherie journalistique de Daniel m'avait séduite, plus que séduite ; subjuguée. Chanter ainsi pour le peuple, dans le peuple, avec lui, c'était une partie de mon rêve réalisé. Le peuple aime les chansons. Il les a toujours aimées. Il les aimait surtout de mon temps, avec une ferveur naïve et passionnée. Il fallait voir, les soirs d'été, à la lueur de quelque lampe à pétrole, ces groupes d'ouvriers et d'ouvrières écouter, sur les boulevards populaires les refrains d'amour, les couplets sentimentaux ou patriotiques qui faisaient monter aux yeux bien des larmes et passer dans les fibres d'ardents frissons ! Quel spectacle simple et réconfortant ! Quel touchant tableau ! J'étais folle de joie. Et puis, à cette joie intime et profonde, se mêlait un sentiment très doux, une pensée très encourageante, celle de faire œuvre utile il avait été décidé que nous donnerions la recette de notre journée aux sans-abri, aux crève-de-faim. Voilà ce qui achevait de m'enthousiasmer. Nous nous fîmes une silhouette en rapport avec les circonstances : misérables vêtements, couvrant un linge douteux, chaussons de lisières aux pieds, cheveux en désordre ; l'un de nous portait la guitare au côté, l'autre un modeste cahier de chansons, et nous nous dirigeâmes ainsi avenue Victor Hugo, vers l'hôtel du directeur fondateur du journal, Fernand Xau, qui collaborait secrètement à notre œuvre, dans les coulisses, et qui avait donné les instructions nécessaires pour que nous fussions accueillis avec tous les honneurs dus à des farceurs aussi bien intentionnés ! Arrivés devant les fenêtres de Fernand Xau, je préludai d'une voix d'abord un peu faible ? j'étais très émue, il faut bien le dire ? mais qui, à mesure que je prenais contact avec le pavé, se fit plus claire et plus hardie. Une poignée de gros sous tomba sur le trottoir en vivante cascade. C'était notre directeur qui venait de faire ce geste heureux. Mme Xau n'attendit point longtemps pour l'imiter, une pièce de deux sous enveloppée dans un billet de cinquante francs, vint tomber dans le chapeau de Claudius. Puis comme, au bout d'un instant, nous commencions à avoir très chaud, notre patron nous fit prier de monter tous en chœur dans ses appartements, et il nous offrit des rafraîchissements. Il ne nous ménagea point ses éloges et, nous reconduisant jusqu'à sa porte, le brave petit père Xau, qui avait, lui aussi, du cran, de la bonne humeur et de la volonté ? qualités qui, exploitées au profit de son entreprise ; la fondation du Journal en assurèrent le succès ? nous encouragea à poursuivre un pèlerinage dont les premiers résultats étaient, grâce à lui, reconnaissons-le, excellents. Il nous fallut par la suite déchanter, tout en chantant, et nous poursuivîmes notre mission à travers les embûches, les accidents et les incidents de toutes sortes. Je ne regrette pas d'avoir subi quelques affronts et rencontré, plus souvent que je ne m'y attendais, la muflerie humaine, puisqu'elle m'a permis d'apprécier, par opposition, la délicatesse et la générosité de quelques créatures d'élite. C'est égal... la chanson des rues me fournit quelques beaux échantillons de laideur morale et, pour une débutante qui ne rêvait que de soulager l'infortune et de tendre ses bras à la douleur, j'en vis de cruelles encore ! mais passons...

- Qu'allons nous faire maintenant ? nous demanda Rose Bru. 

- Si on allait au Touring-Club, nous aurons peut-être une belle recette ? lui répondis-je. 

Nous voici au bois, parmi les vélocemen aux frais visages : des gens heureux qui vont sûrement nous gâter ! "Peut-on chanter ?" demandai-je en offrant au maître d'Hôtel ma silhouette de pauvresse. Lippe inimitable du larbin : "On ne chante pas  !" Nous essayâmes de parlementer. Le maître de la maison, M. Grossetête, se précipita pour nous chasser. Je lui donnai des explications, le mis dans le secret de notre entreprise. Il ne comprit rien à notre langage. ? Décidément, dit Rose Bru, ce M. Grossetête a l'air d'être comme ses bouteilles... bien bouché !

Je conseillai à mes amis de me suivre  : "Je connais un bel immeuble, leur dis-je, boulevard Pereire, où l'on chante." Cette fois, c'est le succès. Un concierge débonnaire nous laisse entrer. Je lançai d'une voix ferme la Sérénade du Pavé et Jenny l'ouvrière. Nous gagnons 3 francs de gros sous... et, confiants cette fois dans la réussite de notre tournée, nous entrâmes, du soleil au cœur, dans l'immeuble d'une maison voisine. A travers la porte entre-baillée de la loge, une portion de tête cramoisie apparut : "Voulez-vous bien me f... le camp !" hurla le cerbère apoplectique. Nous repartîmes encore. Nous chantâmes rue de Prony ; et nous voici rue de Larochefoucault. A peine Rose venait-elle de commencer les Stances à Manon que plusieurs voix d'une exquise pureté se firent entendre, accompagnées par un mélodieux piano. Puis les voix se turent ; le piano cessa, et trois jeunes filles blondes apparurent dans l'encadrement de la fenêtre. Et nous apprîmes bientôt que, par une ironique coïncidence, nous venions d'entrer, conduit par le hasard, dans la maison d'un grand professeur de chant, Mme Yveling Rambaud.

Après le premier moment de stupeur passée, Rose continua de chanter, et les sous recommencèrent de pleuvoir. Puis je lançai la Sérénade. Le mari de Mme Rambaud qui s'était mis à la fenêtre, ajusta son monocle, nous reconnut, cria bravo, nous jeta une bourse pleine de pièces d'argent... alors, ce fut du délire ! Sous la voûte de la cour même, les passant firent irruption ; et, transportée, bouleversée de bonheur, je clamai éperdument :

Sois bonne, o ma chère inconnue
Pour qui j'ai si souvent chanté ;
Ton offrande est la bienvenue,
Fais-moi la charité...

Et quand, après une recette fructueuse, nous nous disposions à quitter la place, le public nous pria de recommencer. Et nous recommençâmes, puis, comme midi venait de sonner, nous pensâmes que l'heure était favorable à la recette. Notre troupe fit de nouveau apparition dans les cours des immeubles, et de nouveau nous fîmes la rencontre de cerbères récalcitrants, de portiers à tête de bouledogue. Alors nous songeâmes à aller chanter notre aubade devant les consommateurs de la brasserie Pousset. Je ne puis dire l'effet produit sur la clientèle quand elle vit entrer ce groupe de gaillards débraillés, mal peignés, et il fallut, en vérité, le tact, la courtoisie, l'amabilité du gérant ? un des rares ceux-là qui ne nous reçut point avec des injures ? pour éviter les incidents qui auraient pu se produire, car les consommateurs, gouailleurs, commençaient à aiguiser leurs brocards ; les snobs essayaient de faire de l'esprit à nos dépens, mais tout se termina bien, et nous pûmes, là encore, récolter quelques sous et, très heureux malgré nos avatars, toujours solides sur nos jambes, nous continuâmes, après un repas hâtif chez un marchand de vins, notre randonnée singulière à travers les quartiers de Paris.

***

Je venais à peine d'achever la tournée de ce reportage fantaisiste, quand un événement tragique se produisit. Un grand nombre de parisiens s'en souviennent encore. Je veux parler du terrible incendie qui éclata, il y a quelques années, rue Rochechouart, dans les établissements Godillot ; des centaines d'ouvriers et d'ouvrières furent atteints par cette catastrophe, et se trouvèrent, du jour au lendemain, sans travail. De toutes parts, on fit appel à la charité publique. Il fallait de l'argent, beaucoup d'argent, pour ces malheureux. L'essai que je venais d'effectuer dans les cours me suggéra une idée nouvelle. Pourquoi ne visiterais-je point encore les cours et n'affronterais-je pas à nouveau les portiers furibonds et les snobs ricanant ? Pourquoi ne mendierais-je point, pour de bon cette fois, en faveur des pauvres gens que l'effroyable accident de la rue Rochechouart avait rejetés dans leur mansarde ou couchés sur un lit d'hôpital ? Pourquoi ? Je courus chez ma bonne Séverine, compatissante à toutes les vraies douleurs ; je lui fis part de la pensée qui venait de traverser mon cerveau. Je lui demandai son appui qu'elle me donna aussitôt, en m'autorisant à chanter pour le "carnet de Séverine". Et je repartis couverte d'une cape noire, sous le quadruple patronage du Journal, de L'Éclair, de La Libre parole et de L'Écho de Paris. Je gardai avec moi Rose Bru et Claudius. Les difficultés que nous avions rencontrées la première fois surgirent à nouveau.

Je me souviens, en particulier, d'un gros agent, dont le visage ressemblait à une gelée de framboise et qui m'avait assez grossièrement "embarquée" au "quart" de la rue de La Rochefoucault. Il s'en fallut de peu qu'il ne me fourrât les côtelettes à l'aide de ses poings-massus ; il me toisait du haut de sa trogne écarlate qui contrastait avec la pâleur de mon teint de "Cigale Algérienne" comme devait me surnommer plus tard le grand poète Jean Richepin. Quand, pénétrant dans le poste, je demandai à voir le commissaire ce fut, parmi la fumée des bouffardes et la rigolade collective des "sergots", une recrudescence de gaieté moqueuse et bruyante, et mon "policier" trancha, d'une voix qu'il s'efforçait de rendre féroce : "Ah ! vous la fille, taisez-vous, hein ! attendez votre tour !" Enfin, le commissaire, M. Cornette, en apprenant mon nom que j'avais pu communiquer au secrétaire, me reçut avec une affabilité et une gentillesse qui, très rapidement, me firent oublier les insolences dont j'avais été l'objet quelques minutes avant. Après que je lui eusse expliqué la mission dont j'étais chargée, il me raccompagna jusqu'à la porte du commissariat, au grand ébahissement des agents, du "mien" en particulier, lequel, d'une main, frotaillait les poils de sa moustache, et, de l'autre, portait une main tremblotante à son képi. Les journaux racontèrent cette petite histoire. Ils auraient eu matière, tous les jours, à alimenter plusieurs colonnes, car quotidiennement, se répétaient ces aventures tragico-comiques. Les sous pleuvaient ; les agents aussi. C'était toujours la même rengaine. Une autre fois, c'est au poste de la rue Marsollier qu'eut lieu l'épilogue d'une de ces arrestations fantaisistes, à la suite d'une plainte portée par un concierge devenu fou furieux ! Le concierge en question avait entr'ouvert la porte de sa loge, et s'était mis à m'invectiver avec acharnement. Mes amis et les assistants prirent ma défense. Les ouvriers d'un atelier situé dans la cour de l'immeuble élevèrent la voix pour protester en notre faveur ; mais le portier, au comble de la fureur, vomit de plus belle ses insultes, et, devant le tollé général, referma sa porte avec éclat. Apercevant la clef demeurée extérieurement dans la serrure, j'en donnai prestement un tour, et j'entraînai mes amis hors de la maison. Cependant, quelques secondes plus tard, le concierge qui était sorti de sa loge par la fenêtre, se mit à nos trousses, hurla en nous pourchassant comme s'il venait d'être dévalisé, réquisitionna un agent ; et, en un clin d'œil, sous les regards d'une foule excitée, nous fûmes conduits au commissariat de la rue Marsollier. Au poste, le secrétaire se montra courtois, s'appliqua à calmer la colère du plaignant, qui eut d'ailleurs un mot exquis. Comme on lui faisait remarquer qu'il aurait pu imiter ses confrères en cordon "qui, tous, affirmait le secrétaire, surent se montrer au moins polis", il s'exclama : "C'est vous qui le dites !" Et comme la foule hurlait et me réclamait au bas du poste, sur l'air des lampions, le commissaire, l'excellent M. Péchard, m'autorisa, séance tenante à redescendre et à chanter devant la porte même du commissariat, à l'ombre rouge de la lanterne, et sous le regard consterné des sergents de ville, comme là-bas rue de Larochefoucault ! Mais n'est-il pas vrai que la musique adoucit les mœurs ? Mes chansons qui avaient le don d'émouvoir si profondément le cœur populaire finirent aussi par apaiser l'obstinée rancune des agents et par juguler leur maladresse. La police commençait d'être tournée en ridicule, et, comme il s'agissait d'une œuvre de moralité reconnue, d'une véritable mission philanthropique, on n'osa point interdire ma "goualante" qui, finalement triompha. Tous les quartiers furent visités de la sorte, depuis celui de l'Opéra, de la Madeleine, de l'Étoile et de la Plaine Monceau, en passant par les quartiers populaires où le cœur des braves gens vibra bien souvent à l'appel de nos chansons, jusqu'au quartier latin où les étudiants reprirent en masse, avec une joie juvénile, les couplets vieillots de Jenny l'ouvrière. C'est à l'occasion d'une de nos randonnées au "quartier" que j'eus la pensée de rendre visite à Paul Verlaine qui habitait alors une sorte de grenier, 16 rue Saint-Victor. J'escaladai un misérable escalier, et frappai à la porte du "pauvre Lélian". Il me reçut avec un très bon sourire et me remercia d'être venue jusqu'à lui. Il était, malgré la saison peu avancée, emmitouflé comme en hiver ; la barbe perdue dans un gros foulard de laine, et ses yeux faunesques et bons souriant sous un feutre cabossé, il avait un air à la fois pitoyable, malicieux et résigné. J'étais montée seule dire bonjour à Verlaine, tandis que ma petite troupe m'attendait à la porte de l'immeuble. Déjà, à mon arrivée, quelques curieux, intrigués par notre groupe, s'étaient massés sur le trottoir. Ils m'avaient vu pénétrer dans le corridor sombre, et, patiemment, attendaient que je redescendisse. Mais le nombre des badauds avait grossi pendant mon absence ; le trottoir était maintenant envahi par des spectateurs encombrants qui obstruaient l'entrée de l'immeuble ; la concierge, devant cette foule insolite, se mit à pousser des hurlements de fauve. Je redescendis à ce moment et, indignée par les propos insolents que tenait la mégère, je me mis en devoir de la sermonner. Elle me poussa alors assez rudement vers la rue, un carreau du vestibule se brisa, me blessant à la main ; la foule prit fait et cause pour moi. Il y eut un commencement de bagarre ; les agents, survinrent, assez à propos pour enrayer ce commencement d'émeute, qui menaçait de se développer de seconde en seconde, et qui eut peut-être nécessité, une fois de plus, notre comparution au Commissariat. Bref, tout rentra dans l'ordre. Les journaux racontèrent cet incident avec force détail, et Verlaine fut même interviewé L'illustre poète eut un trait charmant ? Elle n'a pas de chance cette pauvre Éugénie, s'écria-t-il, elle vient me voir, et elle est mordue par une concierge enragée ! 

***

Quelques jours plus tard, nous avions été conviés à chanter dans les salons du célèbre café Procope, aux portes duquel des affiches avaient été apposées par les organisateurs. Le dimanche soir, jour de mes débuts, la foule était telle, dans la rue de l'ancienne comédie, en face de l'ancien hôtel des comédiens du Roi, que les omnibus avaient modifié leur itinéraire. Les salons n'étant pas assez grands, le rédacteur en chef du journal Le Procope fit une annonce Le public fut invité à rester dans la rue, les "auditions" devant avoir lieu maintenant à la terrasse. C'est alors que le poète dessinateur F. A. Cazals improvisa une heureuse parodie sur l'air de la Sérénade du pavé :

Sois bonne, O ma chère Eugénie
Qui, pour les autres, as chanté ;
De ton talent, de ton génie,
Fais-nous la charité,
Ta chanson
(bis)
Par Dieu sera bénie !

Quelques assistants, qui reprenaient en chœur, n'avaient pas bien entendu les premiers vers, et ils répétaient avec conviction : "Sorbonne" au lieu de "Sois bonne" mais qu'importe, les âmes étaient émues et l'argent volait de toutes parts... Et les situations émouvantes ou cocasses ne manquaient pas... Nous allâmes chanter ensuite devant les ateliers et les Abattoirs de la Villette. Un trait touchant. A la Villette, un père dont la jeune fille était depuis des années paralytique, nous pria de venir jusqu'à la malade, languissante au milieu d'un jardin, et qui nous remercia d'un pâle sourire de joie. Un autre jour, au cours de notre tournée, nous devions nous rendre à l'hôtel du Baron de Rothschild. Les journaux avaient annoncé la nouvelle. Dès onze heures, la rue Saint-Florentin était encombrée d'une foule de curieux qui nous firent une chaude ovation.  ? Chez Rothschild, criaient nos admirateurs. ? Pas encore leur répondais-je? gardons les gros les gros morceaux pour la fin. Nous commençâmes par les maisons du voisinage. La recette n'était pas très forte, un grand nombre de parisiens étant déjà en villégiature. Toujours suivie par mes admirateurs anonymes, je sonnai a l'hôtel du Baron Édouard de Rothschild. ? M. de Rothschild, s'il vous plaît ? ? Les maîtres sont en voyage, répondit le concierge majestueux. ? Eh bien, nous chanterons pour les domestiques. Laissez-nous entrer ? Le concierge fit une grimace difficile à décrire. En ai-je vu de ces lippes, de ces bouches de travers, de ces mentons rogues, de ces nez trop longs, de ces yeux de fouine aux regards inquiets ? Le concierge parla de consulter le maître d'hôtel. ? C'est ça, appelez-le. Si on n'allait pas chez le riches, où donc qu'on irait ? dis-je, en, m'adressant à la foule qui commençait à se gausser de la tête du touchant. A la concierge.  ? Pour sûr ! Enfin, je fus admise à parlementer dans la cour avec le maître d'hôtel. Je revins dépitée ! ? Mes enfants rien à faire. Il paraît que la maison est vide, mais nous emportons toujours ça.

Et, triomphante, devant la foule qui riait aux éclats, je montrai deux pièces de dix francs en expliquant :

- C'est le cadeau du valet de chambre !

Dès qu'il fut rentré, le Baron envoya son obole.


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