LA CHANSON FRANCAISE DE 1870 A 1945... EN ''PRESQUE'' 50 CHANSONS...










Robert Jean Julien Planquette





02  LE RÉGIMENT DE SAMBRE ET MEUSE


1870 - Paroles de Paul Cézano, musique de Robert Planquette.

Le Régiment de Sambre et Meuse
Marchait toujours au cri de liberté,
Cherchant la route glorieuse
Qui l'a conduit à l'immortalité.


Une marche militaire... chanson française ?

Pourquoi pas ? La France n'est-elle pas ce pays pacifique qui, dans son hymne national veut "abreuver ses sillons du sang impur" [de ses ennemis] et qui fait chanter à ses enfants qu'[ils seront] moins jaloux de survivre à leurs aînés que de partager leur cercueil" ? ("La Marseillaise").

La France n'est-elle pas non plus, ce pays qui a donné "Le clairon", "Les cuirassiers de Reichshoffen", "L'Internationale" (du moins pour les paroles) et ce célèbre "Rêve passe" qui, lui, précédait de huit ans la guerre 14-18 ?

N'est-elle pas ce pays qui, au cours de cette guerre allait chanter "Verdun, on ne passe pas !", "Les loups", "L'étendard étoilé", tous de grands succès populaires de l'époque ?

À sa décharge, il faut citer "La butte rouge", "Le forgeron de la paix" et Dieu sait combien de chansons de Bruant et de Montéhus sur lesquelles nous aurons l'occasion de revenir.

Mais nous sommes en 1870.

Depuis plus de cent ans, la musique la plus répandue en France, celle que l'on a entendue jusque dans les coins les plus reculés de son territoire, a été celle véhiculée par ses armées. - L'âge d'or de la musique militaire, en France, date de cette époque.

On ne l'entendait pas juste au passage : elle était là, tout simplement, omniprésente, avec ces airs faciles à retenir, son rythme régulier et ses accords relativement simples, de toutes les fêtes et de toutes les cérémonies officielles.

Or en 1870, la France est défaite. - Ses élus, aux prises avec d'autres problèmes, ne sont pas trop empressés à prendre leur revanche (le pays est ruiné) mais le peuple, lui, sait qu'il a perdu et il est prêt à écouter les chansons qu'une italienne (sic), Amiati, chante un peu partout : "Le maître d'école alsacien", "Une tombe dans les blés", "Le Violon brisé", "Alsace-Lorraine"...Il s'agit là d'un répertoire qu'allait reprendre Bérard jusqu'à la fin de la Grande Guerre et qu'il allait perpétuer jusqu'en 1930 avec d'autres airs - sur la victoire, cette fois-là, la victoire nécessairement de 1918.

En attendant, divers chanteurs se bâtissent une carrière autour de ces airs militaires qui résonneront longtemps et qui continuent de faire partie de ces fêtes dites nationales.

Parmi ces airs, nous avons choisi "Le Régiment de Sambre et Meuse" non pas parce qu'il est le plus représentatif de toutes ces chansons (mettons : hymnes) interprétées par des chanteurs au cours des années soixante-dix et quatre-vingt, et quatre-vingt-dix, mais parce qu'il permettra à la plupart d'entre-nous d'apposer un nom à une musique qui fait partie de notre bagage musical, aussi inconscient puisse-t-il être.

La musique est de Robert Planquette qui signera sept ans plus tard celle des Cloches de Corneville (sur un livret d'un commissaire de police, Charles Gabet, aidé, pour la versification par Clairville, le co-signataire de La Fille de Madame Angot). - Les paroles sont de Paul Cézano, un de ceux qui traduisirent en français Edgar Allan Pœ (Les Deux Assassinats de la Rue Morgue). - Faut-il en ajouter plus ?


Extraits sonores

Il existe du "Régiment de Sambre et Meuse" des enregistrements qui pourraient être qualifiés de légendaires - disons plutôt surprenants compte tenu du thème - : de Caruso, par exemple, (1919) ou encore d'André Baugé (1920).

Une chanson pour chanteur à voix évidemment, mais aussi pour orchestres militaires, ténor, baryton, basse-chantante et chœurs d'opéra. La Garde Républicaine en a fait cinq enregistrements, les Carabiniers Belges du Régiment de Bruxelles (sic), deux. Nous en avons retracé d'autres par le Chœur de l'Opéra de Paris, par exemple, et par celui de l'Opéra de Lille...

Et l'on pourra, si l'on y tient absolument, l'entendre live régulièrement dans le stade de l'université de l'Ohio dont le Marching Band en a fait son thème (voir ci-dessous).

Nous en avons choisi deux, de chanteurs populaires à une certaine époque de chanteurs à voix, mais moins connus aujourd'hui :

Un extrait, tout d'abord, de la version Odéon d'Henri Weber, un chanteur qui, à l'instar de Bérard, fit certains beaux jours au Théâtre de la Gaieté au début du siècle dernier, et qui est, en outre, responsable d'enregistrements célèbres : celui du "Clairon" (Déroulède), celui des "Cuirassiers de Reichshoffen" et un de ceux du "Père la Victoire" dont nous reparlerons sous peu.

De la collection Jean-Yves Patte :

(extrait) - Disque Odéon - 1904 - n° inconnu

Le deuxième est celui de la basse-chantante, Pierre d'Assy du Théâtre de la Monnaie (Bruxelles), époux de la soprano Jane Pacquot, qui, sous le nom de Beaufort, enregistra, pour les auditeurs des derniers balcons des grandes salles parisiennes et bruxelloises, quelques disques à saveur plus ou moins militaire entre 1905 et 1910 ("La Marche Lorraine", entre autres). - Sa version date de 1905.

Cylindre Edison - n° illisible

Et voici une des versions enregistrées par les 110 membres de l'Ohio University Marching 110 (que l'on pourra voir et entendre sur YouTube).

Circa 2006 (live)



Un dernier détail ( amusant) :

Le 35ème Régiment d'Infanterie de Belfort, place forte célèbre de la guerre de 1870 où s'illustra Denfert-Rochereau, a créé sa version "maison" du refrain encore très vivace après la Deuxième Guerre mondiale :


Le régiment de fromage blanc,
faisait la guerre contre le camembert
mais le roquefort sentait (puait) si fort,
qu'ils retournèrent jusqu'à Belfort.