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1950 : Tu n’peux pas t’figurer


omme je t’aime". C’était une phrase que prononçait parfois ma jeune femme, en y mettant le ton : "Tu n’peux pas t’figurer…comme je t’aime.". C’était en 1950, je revenais de voyage de noces. D’ailleurs, un parolier de métier n’aurait jamais inventé une phrase pareille pour commencer une chanson : elle est pleine d’apostrophes, les consonnes se télescopent… On n’a pas idée de commencer ainsi un refrain tout en tendresse et en poésie…Et pourtant cette idée m’est venue. Il faut dire que cette phrase, je venais de l’entendre prononcer tous les jours de notre voyage, sur un ton si tendre que les consonnes s’y fondaient comme dans du miel. Peine tenue, j’ai couru la proposer à Edith Piaf qui l’a refusée, estimant que ce n’était pas pour elle. Déception. Et voilà que Suzy Delair, en fouillant dans les tiroirs de mon éditeur, trouve mon manuscrit, s’en empare et en fait la chanson thème d’un film. Puis c’est au tour de Jacqueline François d’en faire un enregistrement, et le refrain devient un tube. Quelques mois plus tard, je rencontre Edith Piaf dans les coulisses d’un music hall ; elle me dit : « Ah ! J’aurais bien aimé chanter votre chanson "Tu ne peux pas te figurer…" Je lui réponds : "Mais Edith, je vous l’ai proposée, vous n’en avez pas voulu." Alors elle me dit : "Il ya des jours où on est bête…"