Mercadier dans Paris qui chante n° 82
du 14 août 1904



Dépliant (Pathé)
(Mercadier est à gauche, deuxième rangée)

Emile Mercadier

Émile Mercadier, interprète d'origine toulousaine, néà Paris la veille de Noël 1859, mort en mai 1929 et qui fut, en son temps, une grande vedette.

Il fut des Folies Bordelaises, du Casino de Lyon, puis à Paris, de l'Eldorado (1882), des Ambassadeurs, de Ba-Ta-Clan, de l'Éden-Concert, du Bijou-Concert, de la Nouvelle-Athènes, du Libre Échange...

Moustache, belle prestance, voix de baryton, il fut un des grands chanteurs de charme de son époque. - Ses adieux, à l'Alcazar de Marseille, en 1928, furent, d'après les chroniqueurs qui y assistèrent, mémorables.


Enregistrements

On lui doit, entre autres, un classique, créé par Paul Delmet (au cabaret du Chat Noir en 1890) :

"Quand les lilas refleuriront"

(George Auriol)- enregistrement 1908

Pour les paroles de cette chanson, voir ici.

On pourra également entendre un enregistrement - mis à notre disposition par Jean-Yves Patte - de Mercadier datant de 1898 chantant une chanson (Jules Jouy et Henri Chateau) créée par Thérésa à l'Eldorado en 1888 :

"Les enfants et les mères"

Cylindre Pathé n° 1637


Et puis, toujours de notre ami Jean-Yves Patte, ce texte de Robert Desnos paru dans le Journal, le 30 novembre 1928 :

Le Phonographe, miroir des mœurs

"Mais la merveille des merveilles, c'est Mercadier. Il est, à ma connaissance, le seul chanteur homme ayant chanté la chanson d'amour comme on doit la chanter. 

Et quelles chansons ! 

Quand les lilas refleuriront
Parfumant  l'air de leur haleine
Combien d'amoureux s'en iront

...
Pour tant de baisers qui s'égrènent
Que de blessures saigneront 

Ou

Bonjour, Suzon, ma fleur des bois ;
Je Reviens ! d'un long voyage en Italie

...
Qui part trop tôt revient trop tard. 

Ou

Pourquoi briser tant de cœurs à la légère
Si tôt ou tard on doit le regretter ? 

Ou

Un jour je fis une chanson,
Une chanson pour Marinette 

Ou

Un poète m'a dit qu'il était une étoile
Une étoile d'amour, une étoile d'ivresse
Les amants les maîtresses,
Aiment la nuit, aiment le jour...

Chansons qui, dans le domaine sentimental, sont le digne pendant de l'admirable répertoire de Dranem et de Fortugé, plus fantaisiste, mais également poétique. 

La voix de Mercadier est un phénomène de sincérité et de sympathie. Nul cabotinage, nul trucage, nul sacrifice de la diction à la musique. Est-il possible qu'une pareille voix coure le risque de disparaître et soit confiée à de fragiles rouleaux ? Mercadier, m'assure-t-on, est parfaitement capable de chanter encore et d'enregistrer. Quelle maison éditera sur des disques à aiguille le Répertoire Mercadier, chanté par Mercadier ?

Car, pour avoir connu les applaudissements et l'admiration des hommes de son époque, Mercadier n'en a pas moins été compris par ceux qui, de tous temps, préfèrent la gauloiserie, l'esprit de fosse d'aisance et les refrains militaires à l'éternelle et populaire expression poétique de l'amour.

Cette expression poétique, notre époque seule est capable d'en être émue (...)"


Cylindres