Source :David Silvestre

















Lucienne Boyer

Certains lui ont préféré Lucienne Delyle, d'autres Damia. En arrière-plan ou plutôt à côté, il y eu aussi Florelle, Élyane Célis, Lys Gauty, Suzy Solidor, Léo Marjane, Marie-José et d'autres encore, y compris la grande Fréhel, mais aucune de ses chanteuses n'a pu se flatter d'avoir atteint la renommée de Lucienne Boyer dont "Un amour comme le nôtre" redevint, dans les années soixante-dix, au top du hit parade, quarante ans après sa création.

 

Son succès aux États-Unis fut aussi grand que celui qu'elle obtint en France.


Elle est née Émilienne-Henriette Boyer, en 1901 (on avance aussi l'année 1903), à Paris, près de Montparnasse, fille d'un plombier et d'une modiste. Lorsque son père fut tué au tout début de la Première Grande Guerre, elle adopta le métier de sa mère mais son allure, sa beauté eurent tôt fait d'attirer sur elle les peintres, dont Foujita, pour qui elle devint modèle. Vers 1916-1917, après un court essai au théâtre, elle fait ses débuts dans la chanson à Concordia, passe Chez Fischer, à l'Eldorado puis au Concert Mayol où elle est remarquée par Lee Schubert, producteur à Broadway, qui l'engage pour une tournée de sept mois. La tournée en durera neuf.

De retour à Paris (en 1928), elle ouvre un cabaret, Les Borgias, et enregistre ses premiers disques dont "Tu me demandes si je t'aime".

Le succès, l'immense succès vient avec "Parlez-moi d'amour", en 1930, écrit pour elle par Jean Lenoir qui avait écrit auparavant "Pars" pour Yvonne George. - On créera, cette année-là, pour elle et pour lui, le Grand Prix du disque.

D'autres titres suivront : "Un amour comme le nôtre", "Sans toi", "Si petite", "Les prénoms effacés", "Je t'aime", "Mon p'tit kaki", "Mon cœur est un violon"...

De 1930 à 1939, Lucienne Boyer chante dans toutes les salles. En 1934, elle est de retour à New York, au célèbre Rainbow Room et au Little Theater de la 44e rue. Elle donne son tour de chant à Washington, en Amérique du Sud, revient à Paris, repart vers l'Amérique (avec son second mari, Jacques Pills), revient en France après la guerre, rouvre un nouveau cabaret...

Elle continuera comme ça jusqu'au tout début des années soixante. Peu à peu elle se retire mais elle montera sur scène une dernière fois en compagnie de sa fille, Jacqueline, à l'Olympia, en 1976 où, on lui réclame encore, "Parlez-moi d'amour" et "Mon cœur est un violon"...

Elle s'éteint à Paris, le six décembre 1983.


Voilà pour l'anecdote. - Reste la chanteuse qu'on ne peut se représenter qu'en fermant les yeux, écoutant les nombreux enregistrements qu'elle nous a laissés.

Ce n'est ni Damia, ni Fréhel. Elle n'a pas l'impact immédiat d'une Piaf, ni ce côté que les Américains appellent femme fatale que représentent pour eux Lys Gauty ou Lucienne Delyle. - Ce n'est pas une vamp non plus et on la sent loin de soi mais tout près en même temps.- Elle a du charme mais un charme unique que les Américains qui l'ont tant aimée appelaient, encore une fois, un charme typiquement parisien mais elle a plus encore : une certaine féminité qu'on pourrait presque qualifier de fragile.

Mais trêve de paroles, écoutons-là plutôt...


Enregistrements

Trois enregistrements, d'abord, desquels on ne saurait passer outre :

"Parlez-moi d'amour"

(Jean Lenoir) - 1930


"Un amour comme le nôtre"

(Borel-Clerc - Alex Farel) - 1934


"Mon cœur est un violon"

(Laparcerie - Richepin) - 1945

Un quatrième qui a fait pleurer tous les soldats :

"Mon p'tit kaki"

(Van Parys - Boyer - Berstein) - 1939

Et un cinquième pour notre ami des Pays-Bas, Monsieur J.G.M.van Dijk, qui nous en suggéré le titre :

"Gigolette"

(Lehàr - Ferréol - Eddy) - 1930