2001 - 2011   Page speciale du dixieme anniversaire du site


10 Ans - 10 Enregistrements

En 2011, pour le dixième anniversaire du site, nous avons pensé vous offrir dix enregistrements qui, directement ou indirectement, font partie du domaine français mais qui ne peuvent être que difficilement intégrés dans nos pages, ne serait-ce que par leur nature particulière. - Certains sont rares, d'autres moins mais chacun, à notre avis, mérite un détour.

Il s'agit : d'une chanson du folklore corse, d'une chanson d'origine italienne mais chantée en français, de trois chansons enregistrées au Canada, l'une de facture classique, la deuxième typique du music-hall français et la troisième du domaine québécois pure-laine, de deux succès américains, l'un adapté en français, l'autre interprété en anglais, mais par une interprète française, d'une chanson française avec accompagnement jazz, d'une chanson française, chantée en anglais par un auteur-compositeur français et d'une chanson française chantée par des Américaines.

Nous les présentons dans l'ordre habituel, c'est-à-dire du numéro 10 au numéro 1.

Nous les dédicaçons, en particulier, à toutes les personnes qui nous soutiennent dans notre entreprise... Quelle que soit leur participation, nous savons qu'elles se reconnaîtront...


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Puisqu'il fallait commencer par la fin, autant passer tout de suite à celui qui, depuis l'ouverture de notre site, demeure le plus écouté, le plus commenté et au sujet duquel nous avons reçu le plus de courrier.

À tout seigneur, tout honneur, faisons place au plus adulé de tous les interprètes français, toutes périodes, tous styles confondus. - Mais non, Mademoiselle, il ne s'agit pas de Johnny Hallyday et non, Madame, nous ne parlons pas d'Henri Garat, et oui, Monsieur, sa gloire, à côté de celles de Chevalier, Mistinguett ou de Charles Trenet, illumine encore de la plus brillante façon le ciel de la chanson française.

Plus de mille chansons, trois cent millions de disques vendus, une carrière qui s'étire sur plus de cinquante ans, un fan club toujours actif et quand on fait tourner un de ses disques à la radio, le silence se fait. Ceux qui ne l'ont jamais entendu demandent : "Mais qui est-ce ?" car sa voix - il est mort il y a vingt-sept ans - demeure inoubliable.

Nous parlons bien sûr de Tino Rossi qui n'a pas fini, comme dit l'expression de "faire chavirer des cœurs".

Sa chanson la plus connue demeure "Petit papa Noël" que l'on remet en circulation à tous les ans. "J'ai toujours chanté l'amour, disait-il, et voilà que je dois mon plus grand succès à une chanson pour enfant...". - Comme c'est la tradition, avec le "Minuit ! Chrétiens !" de Georges Thill, nous l'inscrivons à notre répertoire durant le temps des fêtes, mais ce n'est pas ce titre que nous aimerions vous faire entendre aujourd'hui, mais bien une de ses toutes premières chansons. En langue corse, naturellement. Une des six qu'il a enregistrées entre décembre 1932 et juin 1933 et qui lui a valu un long contrat chez Columbia.

Cette chanson porte le titre de "A Rustaglia". Elle est de F. Agostini pour la musique (arrangement de A. Lambroschini) et de Monseigneur (sic) Paul-Mathieu Foata [*] pour les paroles. - Un disque enregistré en juin 1933 avec, en accompagnement, F. Agostini et ses guitares.


Notes :


A rustaglia (en langue sarde du nord) ou la roncola (en langue italienne) ou a rustaghja (ou rustaggia en langue corse) est une serpe à grand manche utilisée pour ouvrir son chemin dans le maquis.


Lorsque l'on réactualise, en 1973, le recueil des "Poésie gloriose" de Monseigneur de La Foata, évêque d'Ajaccio [*], on retrouve "A canzone di a rustaghja" (La chanson de la serpe) [PREDICA DI A RUSTAGGIA (Pœsie Giocose in lingua vernacola della pieve d'Ornano, Imp. La Mulatière, Aix-en-Provence, 1973, p. 122)] qui s'est transmise par tradition orale et dont l'auteur était pratiquement inconnu. Du poème de Monseigneur de La Foata, seuls trois strophes sont chantés par Tino Rossi tout comme plus récemment (et en plus moderne) par Maryse Nicolaï. (voir ceci : http://www.youtube.com)


[*] Paul-Mathieu Foata (1817-1899), évêque d'Ajaccio (1877-1899),bonapartiste et poète, auteur de chants religieux et de poèmes satiriques, publia, notamment, en 1886 une lettre pastorale portant sur l'enseignement du catéchisme dans le contexte de la mise en application des lois scolaires de Jules Ferry.


Enregistré à Marseille (?) en juin 1933 :

"A Rustaglia" - Tino Rossi - Columbia n° CL-4419


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Puisque nous parlions de Tino Rossi, voici une chanson qui lui fut associée dès qu'il en enregistra sa version (en 1938). Elle est chantée, ici, par un autre de nos interprètes favoris dont la vie s'est terminée bien tristement en... marchand de frites ambulant.

C'est Fred Gouin qui, au cours de sa carrière, a quand même, en un relativement court laps de temps (une douzaine d'années), réussi à endisquer pas moins de 370 chansons.

Celle, de lui, que nous proposons ici est quasi du domaine classique et vous verrez pourquoi, du folklore et de Tino Rossi, nous avons pensé vous l'offrir en prévision de notre enregistrement numéro 8 qui nous permettra de vous faire connaître un chanteur québécois de tout premier ordre.

En attendant, l'enregistrement de Fred Gouin qui suit -et qui date de 1928, dix ans avant la version de Tino - est d'un compositeur italien, né et mort à Florence (1883 - 1926), qui, quoiqu'il fut un compositeur et pianiste fort respectable (et fort connu d'ailleurs), dut, un certain temps, surtout sa gloire au fait qu'il s'était permis d'épouser l'ex-reine de Saxe, son altesse royale l'archiduchesse Louise-Antoinette de Habsbourg-Toscan, divorcée, à ce moment-là, de Frédérique Auguste III (sic). - Nous parlons naturellement d'Enrico Toselli dont l'œuvre, aujourd'hui, à l'exception de certaines compositions pour guitare, est peu connue. On lui doit, entre autres, diverses pièces pour piano, violon et même deux opérettes : La cattiva Francesca (ou La méchante Françoise - 1912) et La principessa bizzarra (ou La princesse bizarre - 1913) sur lesquelles, un jour, on pourrait peut-être se repencher.

Voici sa pièce la plus connue, celle qui assurera sa vraie renommée, sa fameuse sérénade, dite "Rimpianto" (ou "Sérénade des regrets"), composée à l'origine, en 1900, pour voix et piano, op.6, n°1.

Paroles d'Alfredo Silvestri (en italien), R. H. Elkin (première version anglaise), Carl Sigman (deuxième version anglaise) et P. D'Amor (version française).

(Sur la face B de ce disque : "Les millions d'Arlequin" de Marcel Bertal et Louis Maubon pour les paroles et Riccardo Drigo pour la musique - Du ballet du même nom de Marius Petipa, présenté pour la première fois en février 1900 au Théâtre Impérial de l'Ermitage, à Saint-Petersbourg).


On pourra, par ailleurs, écouter sur YouTube, diverses autres versions dont celles de Mario Lanza, en langue italienne et de... Perry Como (sic) mais en anglais, dans son cas, et dont le titre se lit : "Dreams and memories" : Mario Lanza - Perry Como

Enregistré à Paris en octobre 1928 :

"Sérénade de Toselli" - Fred Gouin - Odéon n° 165399


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Du folklore au classique, nous vous proposons comme huitième titre de vous faire entendre un chanteur québécois qui a énormément contribué à faire connaître dans le monde les grandes mélodies françaises dont il fut et est encore un des plus grands interprètes.

Né à Beauharnois, au Québec, en 1938, il s'est produit en récitals dans plus de trente pays sur tous les continents, dans un répertoire très axé sur les mélodies françaises (Ravel, Hahn, Fauré, Massenet, etc.). - Sa carrière fut extraordinaire, mais s'il est un fait qui mérite d'être souligné, c'est une série de trois 33 T. qu'il enregistra entre 1974 et 1977 et pour lequel il remporta le grand prix de l'Académie du Disque Français. - Ce coffret comprenait des chansons de Reynaldo Hahn, de Jules Massenet et de Charles Gounod et ses interprétations de leurs mélodies demeurent, aux yeux de tous les critiques, des versions définitives dans leur genre (Best Record of the Year, entre autres, selon le London Sunday Times).

Son nom : Bruno Laplante
Son site : http://www.laplanteduval.com

Pour plus de références :

Bruno Laplante Le livre d'or de la mélodie française Calliope - Coffret (3 disques) numéro 183050

(Les enregistrements furent réalisés à Montréal, au Québec, sous la direction technique de Jean de la Durantaye avec, au piano, l'admirable Janine Lachance.)

Ce coffret fut suivi d'autres enregistrements tout aussi remarquables : [mélodies de] Franz Liszt (1977), César Franck et Guillaume Lekeu (même année), Ernest Chausson (1978), Emmanuel Chabrier (1979), Hector Berlioz (1980), Henri Duparc (1983), Erik Satie (1985), etc., etc.

Des enregistrements de 1974-1977, nous avons retenu une mélodie de Jules Massenet sur un poème de G. Buchillot (1903), "Oh ! si les fleurs avaient des yeux".

Cette mélodie devait, à l'origine faire partie d'un opéra de Massenet (qui avait à ce moment-là, à son crédit, et une Manon, et un Werther) : Chérubin, sur un livret de Francis de Croisset et d'Henri Cain. - Cet opéra fut créé par l'inoubliable Mary Garden, créatrice du rôle de Mélisande dans le Pelléas et Mélisande deDebussy, mais sans la mélodie qui suit, qui fut finalement confiée, pour les paroles à Buchillot :

Oh ! si les fleurs avaient des yeux,
Ils seraient de mélancolie,
Oh ! si les fleurs avaient des yeux,
Que leurs larmes seraient jolies.
..


Dédicace : "À Mademoiselle Hedwidge Demours".

Enregistré à Montréal ca. 1974 / 1976 :

"Oh ! Si les fleurs avaient des yeux" - Bruno Laplante - Calliopen° 183050


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Et comme nous sommes au Québec...

La chanson québécoise n'occupe pas, hélas, beaucoup d'espace dans notre site. - Elle fait partie de nos projets à long terme. - Pour le moment, nous vous suggérons d'aller voir du côté dans nos "deux" bibliothèques "nationales". -Eh oui, nous en avons deux : une à Ottawa [fédérale] et une à Montréal [provinciale] et pour démontrer que nous ne sommes pas chauvins, nous vous suggérons de commencer par celle d'Ottawa qui contient moins de titres français que la deuxième, mais d'excellentes pages (biographies et histoire) de Robert Thérien.

Leurs adresses

http://www.collectionscanada.ca/gramophone

et

http://bibnum2.banq.qc.ca/bna/musique_78trs/accueil.htm

Nos pages sur la chanson populaire du Québec sont, en effet, peu nombreuses. Cela découle du fait qu'avant 1945 (la période couverte par notre site), la chanson québécoise, celle qu'on voulait répandre "dans le bon peuple", fut largement influencée par le clergé et, conséquemment, presque limitée à ce qu'on pourrait appeler "La bonne chanson" c'est-à-dire : la chanson vantant les mérites et les beautés de la nature, la grandeur et le courage des mères, l'importance des amours pures ou ayant pour thèmes des sujets tout aussi édifiants. - Pas question, dans ces conditions, de mettre de l'avant l'équivalent, parce qu'il en existait, des "Viens, Poupoule !", "Amants d'Amanda" ou "Pétronille, tu sens la menthe" si largement répandus en France (à la même époque) et qui auraient pu faire l'objet d'une plus grande diffusion que les "botrelesques" mièvreries qu'on a tant voulu que l'ouvrier apprenne et chante pour la plus grande gloire du Dieu créateur.

(Ne nous écrivez pas, s.v.p. ! - Le sujet est trop vaste pour être résumé en quelques lignes...)

Il y a eu des exceptions, bien sûr, et cet enregistrement, le numéro 7, en est la preuve.

Il date de 1917 et fut produit à New York par un interprète qui de 1885 à 1940 (?) fut un des premiers québécois à être mêlé à la fois dans la production de pièces de théâtre, dans des petits rôles d'opérette, dans le domaine de la chanson en provenance du music-hall ou des cafés-concerts français, dans la production de vaudevilles, sans compter la gérance d'artistes, la gestion d'un cinéma, la composition de chansons, etc.

Interprète, il aimait beaucoup chanter des chansons d'auteurs et de compositeurs français (lire : parisiens) tels que Henri Christiné, Fragson, Jouve, Desmoulins, etc. dont les disques et les partitions étaient peu distribués au Canada (via, en particulier, la firme de Berliner).

Son nom : Alfred Rochon sauf qu'il est plus connu sous son nom de scène, celui de Nohcor (Rochon, à l'envers).

Il a peu produit : une trentaine (?) d'enregistrements dont 18 chez Columbia, enregistrés, comme nous l'avons mentionné ci-dessus, à New York, parmi lesquels, on retrouve un titre du répertoire de Fragson : "Ah ! les grandes femmes" de Heinz et Christiné, Numéro E3209 (le "E" est pour pour "Ethnique" !)


Il s'agit d'un titre que nos auditeurs québécois n'auront aucune difficulté à reconnaître car il s'agissait du seul disque disponible à l'auberge de Père Ovide dans la série télévisée Les Belles histoires des Pays d'en-haut.

Enregistré à New York en 1917 :

"Ah ! Les grandes femmes" - Alfred Nohcor - Columbia n° E3209


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Si nous avons dit, au numéro précédent, qu'avant 1945, la chanson [populaire] québécoise [officielle] était sous le contrôle du clergé et donc quelque peu "sévère", nous serions négligeant, malhonnête même, de ne pas mentionner qu'à la même époque, et presque parallèlement à cette chanson, existait une longue tradition folklorique dans laquelle s'entremêlaient de vieilles chansons françaises, des airs venus d'Irlande, d'Angleterre et d'Écosse, des chants de marin, des refrains américains (surtout après 1900), chansons que l'on chantait en famille lors de soirées auxquelles participaient des violonneux, des joueurs d'harmonicas, de guimbardes ou d'autres instruments fabriqués maison, des accordéonistes, des jigueux, des calleurs de sets dont on pourra se faire une idée en fréquentant notre sous-site dédié à la musique traditionelle canadienne-française : http://www.mustrad.udenap.org.

Les chansons qui faisaient partie de ce répertoire, en dehors des morceaux dits de bravoure (il y avait dans chaque famille un chanteur à voix, style Dona ou Bérard), étaient surtout "à répondre" : au centre, un chanteur ou une chanteuse et, répondant, tout auteur, ceux qui, en principe, devaient faire partie des "écouteux".

Parmi ces chansons, une à retenir. - En provenance d'un reel intitulé "Du cordonnier" (ou "Reel du p'tit cordonnier"), elle fut renommée plusieurs fois : "Tu maries MA fille", "Tu maries TA fille", "Tout d'un coup tu maries TA (ou MA) fille", etc. - La musique et les paroles n'ayant jamais fait l'objet de droits d'auteur, elle a connu beaucoup de variantes.

Celui qui a le plus contribué à la faire connaître est un accordéoniste aux cheveux plats, petite moustache, au nœud papillon, connue dans tout le Québec : Tommy Duchesne. Né en 1909 à Val-Jalbert, dans le Saguenay (un village et une région qui étaient, à ce moment-là, à l'autre bout du monde), il parvint, violioniste, chanteur et comédien à Montréal en 1930 où il vécut tant bien que mal jusqu'en 1935 où, ayant appris l'accordéon, il réussit à trouver du travail pour devenir un musicien renommé jusqu'au début des années 70. Quoique décédé en 1986, des disques (CD) continuent de perpétuer sa mémoire.

Nous n'avons, malheureusement, aucune information sur l'enregistrement qui suit, qui provient peut-être d'une émission de radio du début des années soixante.

À l'accordéon, Tommy Duchesne, au violon, Albert Allard et, vraisemblablement, à la guitare, Tony Ouellette. - Les voix sont de Tommy lui-même (inimitable) et probablement de Fernand Perron et définitivement de Cécile Berval.

Unique mais on pourra en écouter une autre version, du truculent Oscar Thifault en la page qui suit : http://www.udenap.org/... thiffault_oscar.htm


Pour nos amis de France, friands de l'accent québécois.

"Reel du p'tit cordonnier" - Tommy Duchesne - Sans référence - Circa 1960.


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Du Québec, nous repassons en France, au tout début du jazz à la française - vous verrez pourquoi au prochain numéro -, au moment où les premiers enregistrements de Paul Whiteman commençaient à être connus ; Paul Whiteman qui se consacra lui-même, "Le roi du Jazz" mais qui, avec le recul, fut un des chefs d'orchestres qui comptèrent parmi les plus pompeux et les moins jazzy de l'époque. Mais c'était rythmé, ça ressemblait à de la musique symphonique (surtout avec les violons) et il n'en fallait pas plus pour qu'on puisse introduire sa musique dans les grandes salles européennes qui commençaient à sortir quelque peu des valses et des romances qui avaient, jusque là fait leur succès.

Ne manquait plus qu'un chef d'orchestre pour emboîter le pas et ce chef, venu tout droit d'Arménie, quoique né en Turquie, vint.

Il s'appelait Krikor Kelekian, était flamboyant, beau parleur, négociateur hors pair et connaissait la musique (dans tous les sens du mot). - Il forma un grand orchestre, parmi lesquels on retrouva, au fil des ans, Alix Combelle et Michel Warlop, le nomma Grégor et ses Grégoriens (sic) et ce fut la gloire presque immédiate.

Imitant généreusement sinon bêtement le maître, il mit à son répertoire des chansons américaines dont la suivante qui passe, depuis 1952, pour avoir été créée par Gene Kelly dans le film du même nom de Stanley Donan (et Kelly) - et qui est un chef-d'œuvre du genre - mais qui fut, en réalité, chantée pour la première fois par Cliff "Ukelele Ike" Edwards (1895 - 1972) en 1927.

http://www.youtube.com

"Je chante sous la pluie"

("I'm Singin' in the Rain")

Pour la version Kelly, voir à :

http://www.youtube.com

Paroles (anglaises) : Arthur Freed. - Paroles françaises : René Nazelles et Maurice Lauzin. - Musique de Nacio Herb Brown.


La photo des Grégoriens au complet est ici.

Enregistré à Paris en avril 1930 :

"Je chante sous la pluie" - Grégor et sesGrégoriens - Columbia n° WL 2237-1


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Pas une nouvelle chanson. - Elle date de 1912. - Paroles d'Henri Poupon, musique d'Henri Christiné.

Pas une des premières ni une des dernières interprétations. - L'ont chantée : Jean Flor, Léoni, Vorelli, Mlle Allems, Suzanne Valroger, Suzanne Chevalier, Yvonne Printemps... ; l'ont enregistrée Elval, Vorelli, Karl Ditan, Sonnelly, Fred Gouin, Yves Montand, Maurice Chevalier, Suzy Delair, André Dassary, Richard Anthony...

À l'origine, elle devait être chantée en duo : la dame qui demandait "Vraiment, Monsieur, je voudrais enfin savoir..." et le monsieur qui lui répondait "J'ai tort pardonnez-moi mais votre grâce a mis mon cœur en émoi..." pour poursuivre avec son titre "Je sais que vous êtes joile..."

Qui a décidé de chanter seul les couplets homme-femme, nul ne sait, mais c'est ainsi qu'on la chante, à quelques exceptions-près, depuis son tout premier enregistrement en 1913.

(Une grande version en duo : celle de Montand et de Christiane Legrand, en 1959.)

La version que nous proposons ici date de 1934, mais elle est unique en son genre.

C'est celle de Jean Sablon (rien de suprenant considérant son titre) et elle a ceci de surprenant : les musiciens qui l'accompagnent. Parmi ces musiciens, un guitariste qui allait se faire un nom : un certain Django Reinhardt...


Enregistré à Paris le 16 avril 1934 :

"Je sais que vous êtes jolie" - Jean Sablon et Django Reinhardt
Columbia n° CL 4807


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Notre enregistrement numéro 3 n'a pas besoin d'introduction.

Sa version française, "Grand Maman, c'est New York" est archi-connue mais nous tenions à vous la faire entendre en anglais avec un accent de Narbonne.

Charles Trenet, en 1950, qui chante "Grand' Mama, It's New York".

On peut supposer pourquoi mais on peut ajouter que ça n'a pas eu un succès fou, ni aux États-Unis, ni ailleurs où l'on a toujours préféré le fou chantant dans sa langue maternelle.


Note :


Cet enregistrement fait partie de quatre que Charles Trenet enregistra pour le marché américain.Mais à Paris. Les trois autres titres furent "Hello Paris" ("Retour à Paris"), "The Royal Polka" ("La Polka du Roi") et "Holding Hands" ("J'ai ta main"), ce dernier étant différent d'une version précédente enregistré pour le marché de l'Angleterre une dizaine d'années plus tôt.- Un seul, celui que nous vous présentons fut mis en circulation à fin des années cinquante mais, à la radio, américaine toujours, les quatre furent joués pendant un certain temps lors des passages de Trenet à New York en même temps, semble-t-il, que certaines bandes de pots-pourris enregistrées sur place.

Enregistré à New York en 1950 :

"Grand' Mama, It's New York" - Charles Trenet - Columbia n° ML 2604


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Notre avant-dernier enregistrement est celui d'une vedette française chantant, en anglais, un air américain tiré d'une comédie musicale de Cole Porter et qu'elle a créée lors de sa première représentation en Europe, à Londres, en 1935. - Cette comédie s'intitulait et s'intitule toujours, car elle n'a pas cessé d'être présentée d'années en années, sur toutes les scènes du monde, Anything Goes :

(On en a tiré deux films : un en 1936 et un deuxième en 1956 avec, dans le rôle-titre, Bing Crosby.)

Sur un livret de Guy Bolton et P.G. Wodehouse avec musique et les lyrics de Cole Porter Anything Gœs est une comédie à la Feydeau qui a, pour principal fond de scène, un paquebot circulant entre New York et Londres à bord duquel se trouvent : Reno Sweeney, une chanteuse de cabaret, et Billy Cocker qui est venu lui souhaiter "bon voyage" mais qui y revoit celle qu'il a toujours aimée, Hope Harcourt, une riche héritière qui s'en va rejoindre son fiancé Sir Lord Evelyn Oakley. - Devenu passager clandestin, Billy se fait aider par l'ennemi public numéro 13, Moonface Martin, déguisé en pasteur, qui lui fournit un faux passeport...

Scène un : Reno Sweeney, en amour avec Billy, lui chante "I Get a Kick out of You", notre neuvième chanson, un des grands standards américains chantée à l'origine par Ethel Merman mais repris, depuis, pour n'en nommer que quelques un(e)s,par : Frank Sinatra, Billie Holiday, Peggy Lee, Marlene Dietrich, Dinah Washington, Bobby Short, Louis Armstrong, Ella Fitzgerald, Mary Martin, Anita O`Day, Rosemary Clooney, Margaret Whiting...




Mon histoire est beaucoup trop triste pour être racontée
Mais à peu près tout me laisse indiférente
Le seul temps où mon ennui disparaît
C'est quand, seule, dans une soirée ennuyante
Je me retourne et je vois ton fabuleux visage.

Le Champagne me laisse impassible
L'alcool me fou' le cafard
Alors pourquoi faut-il
Que je t'adore tant ?

Il y en a qui aime la cocaïne
Je suis certaine que si j'en prenais
Je tomberai dans l'ennui le plus total
Tandis que je t'adore tant

Je n'ai aucun plaisir à prendre l'avion
Voler à dix mille pieds de la terre
Avec un inconnu, me fait penser
À une journée perdue
Sauf que je t'adore tant...


Petite modification pour la version londonienne

Reno Sweeney devint Reno La Grange. Sans doute pour accommoder celle qui allait reprendre le rôle d'Ethel Merman, Jeanne Aubert ; Jeanne Aubert qui n'en était pas à sa première présence sur une scène anglaise (ni américaine d'ailleurs) ; une de celles qui, comme Anna Held, sut représenter la France en Amérique.

Enregistré à Londres en 1935 :

"I Get a Kick out of You" - Jeanne Aubert - Columbia n° DX-697


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Après vous avoir présenté un chanteur français chantant en corse, une chanteuse française interprétant en anglais une chanson de Cole Porter, un orchestre de jazz sous la direction d'un Arménien né en Turquie, un guitariste manouche né en Belgique, le plus connu des auteurs-compositeurs français chantant en anglais, il était normal que nous terminions avec deux interprètes américaines interprétant, en français, une chanson de Vincent Scotto.

Elles seraient, selon des sources plus ou moins fiables, nées à New York entre 1900 et 1905 pour se retrouver à Hollywood en 1924 tournant, l'années suivante et en grandes vedettes, deux films : The Mating of Marcus et We Women sous la direction de W. P. Kellino, un réalisateur de plus de cents films, décédé dans les années cinquante dans la plus parfaite obscurité. Ce vedettariat les amenèrent naturellement à Paris en 1926, à Londres en 1927, en Italie en 1928... et sans doute ailleurs mais dès 1929, on ne retrouve plus leur trace.

Elles furent connues, en France, sous le nom de Les Dollie Billie alors que, partout ailleurs, on les annonçait tout simplement comme étant Dollie and Billie.

On les écoutera, ici, dans un numéro tiré d'une revue de Jacques-Charles, Paris aux étoiles, créée au Moulin Rouge, en 1927.

Cette revue, menée par Jeanne Aubert et à laquelle participèrentles danseuses du Moulin, les Albertina Rasch Girls, le comédien sénégalais Raymond Dandy, Mauricet et les 32 solistes du Symphonic Jazz de Fred Melé, comprenait, pour notre grand plaisir, dans sa première partie, un numéro de ces deux Américaines chantant, comme nous le mentionions ci-dessus, en français, une chanson de Vincent Scotto (et de Fred Melé).

Cette chanson s'intitulait tout simplement "Bonjour Philippine !"


C'est mignon et ça mérite d'être entendu ne serait-ce que pour avoir une idée de l'époque mais pour cela, on peut toujours regarder leur costume.

Enregistré à Paris en 1927 :

"Bonjour Philippine" - Les Dollie Billie - Odéon n° 166 058


Et voilà, ici se termine nos dix enregistrements en souvenir de notre dizième année. - Nous espérons qu'ils ont pu vous charmer mais surtout qu'ils vous aient fait connaître certains côtés moins connus de la chanson populaire française Du temps des cerises aux Feuilles mortes.