Ferdinand-Louis Bénech



PAGES ANNEXES
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Petits formats I
Petits formats II








Yvonne Bénech















Ferdinand-Louis Bénech











































Collection Dimitar Malchev

Ferdinand-Louis Bénech et Ernest Dumont

Drôle de couple que celui formé de ces deux compères auxquels on associe des dizaines ? ou serait-ce des centaines ? - de chansons dont le premier aurait écrit les paroles et le second composé la musique.

Sur de nombreux petits formats, on peut lire, en effet : "Paroles de : E. Dumont - Musique de : F.-L. Bénech" mais sur d'autres, les rôles sont renversés : "Paroles de : F.L. Bénech - Musique de : E. Dumont." ; et sur d'autres encore, les choses sont encore moins claires :"Paroles et musique de : E. Dumont et F.-L. Bénech."

De toute évidence, les deux pouvaient à la fois, écrire des paroles et composer de la musique mais là où tout devient difficile à comprendre, c'est quand l'un et l'autre se mettent à signer soit les paroles, soit la musique de chansons avec d'autres paroliers ou d'autres compositeurs, parfois conjointement, parfois séparément, inversant régulièrement les rôles que la petite histoire leur a assignés. - Ces paroliers et compositeurs ne sont pas tous des inconnus. Dans le lot, on retrouve des noms comme : Désiré Berniaux, René de Buxeuil, Romain Desmoulins, Eugène Gavel, Georges Krier, Henri Piccolini, Vincent Telly et, tenez-vous bien : Henri Christiné de même Vincent Scotto ! (Et nous serions injustes de ne pas mentionner Léo Daniderff.)

À regarder de près, on peut comprendre qu'avant de se rencontrer, chacun a écrit des paroles et composé de la musique en solo ou collaboré avec des auteurs-compositeurs avec qui ils avaient une certaine affinité mais, même après avoir signé des chansons en commun, ils ont continué de ce faire jusqu'à - et cela mérite d'être souligné - composer, comme ce fut le cas de Dumont, la musique sur des paroles de la femme de son associé !

Pourquoi, dans ces conditions, les livres d'histoire persistent-ils à ne jamais mentionner le nom de l'un sans mentionner celui de l'autre ? Impossible de le savoir. - Peut-être que cela découle du fait que leurs plus grands succès (faut dire : a) qu' il n'y en a pas eu beaucoup et b) que ce sont les seuls titres d'eux qu'on semble avoir retenus) portent la signature des deux ? Faudrait voir.


Pour la petite histoire

Marie Joseph Ferdinand, Louis Bénech, qui était Docteur en médecine [*], est né 24 septembre 1875, à 10 heures du matin, à Paris, au numéro 7 de la rue du Pot de Fer, fils de Louis Bénech, âgé de 26 ans, employé, et d'Aline Blanche Elise Lacaille, âgée de 24 ans.

Ernest François, quant à lui, est né le 13 octobre 1877 à 5 heures et demie du matin, chez son père, au numéro 50 de la rue de Lévis, également à Paris, fils d'Auguste Ernest Dumont, âgé de 32 ans, employé, et de Marie Françoise Payran, âgée de 25 ans.

Deux ans, dix-huit jours et quatre heures trente les séparait à leur naissance. - Laissons à d'autres le loisir de calculer la distance. (Un indice : entre 7,1 et 8,8 km, selon la route emprunté). - Nous tenons à souligner ces deux faits car c'est à peu près tout ce qu'on connaît d'eux.

On ne sait rien de leur éducation, de leur enfance, de leur adolescence, ni ou, ni comment ils se sont rencontrés. - Tout ce que l'on sait, c'est que, vers l'âge de 25, 26 ans - en 1907 ou 1908 -, ils ont déjà composé leurs premières chansons qu'ils interprètent, selon la légende, dans les rues et que leur première collaboration date de la fin de 1909, début 1910 pour se concrétiser, vraiment, en 1912. L'année où Bénéch épouse Yvonne Elise Ladan Bockairy, de dix-neuf ans sa cadette.

De ce 1912, jusqu'à la mort prématurée de Bénech, en 1925, on peut, selon les catalogues, petits formats et enregistrements de leurs œuvres, penser à quelque 450 titres mais un véritable recensement de leur production n'a jamais été complété surtout que trois, quatre ans, après la mort de son associé, Dumont déposait encore à la SACEM des œuvres qui portaient encore la mention "musique de F.-L. Bénech" et que peu à peu, son nom disparut jusqu'à sa propre mort survenue en 1941.


Le répertoire

Il est, compte tenu de l'espace-temps au cours duquel les deux ont été associés, relativement important mais, considérant le nombre restreint des titres qui font aujourd'hui partie du"Grand répertoire" de la Chanson française (où l'on n'a pas seulement admis des chefs-d'œuvre), il est peu remarquable. - Deux raisons à cela ou plutôt deux explications :

La première est qu'aucun des grands interprètes de leur époque ne les a suivis dans leur diversité ou n'a contribué, par des commandes, à leur donner une certaine continuité ou un style précis. - On est loin, ici, d'Henri Christiné, de Willemetz ou de Léo Lelièvre. - En examinant les petits formats en annexe - et il y en plus de 250 -, le lecteur sera à même de constater que la grand majorité ne mentionne aucun nom indiquant par qui les chansons à leur origine ont été "créés" ou à quelle[s] "vedette[s]" ils appartenaient. Des exceptions, bien sûr, mais aucun se rapportant aux grands noms de l'époque. Ce sont : Dona, Jysor, Sonnelly, Geski, Marcelly. En admettant les sous-vedettes (l'expression est de Georgius), on peut ajouter à cette liste : Dalbret, Henriette Leblond et même Emma Liébel mais les Mayol, Dranem, Polin ou Fragson sont curieusement absents. - Bon d'accord, du répertoire de Mayol, on peut retenir quelques titres que Mayol a fait rééditer avec sa photo (hé : on est Mayol ou on ne l'est pas !) : "Amoureux sauvetage", "Elle pique à la mécanique" et "Ma petite Bretonne" mais faut-il insister pour mentionner que si ces titres ont pour paroliers Bénech, la musique, elle, date d'avant la venue de Dumont - Elle est signée, pour ces trois-là, de Désiré Berniaux, celui-là même qui composa la musique des "Mains de femme" (paroles d'Émile Herbel) mais cessons d'être pointilleux.

L'autre explication découle d'une boutade de Raymond Legrand : "Bénech et Dumont ? Ils furent, en leur temps, les Balzac de la chanson?" - Une insulte ? Pas vraiment. Cette boutade signifie tout simplement que Bénech et Dumont furent des touche-à-tout qui, à leur époque, ont donné à la chanson française ce dont elle avait de besoin : une quantité énorme de refrains populaires, faciles à retenir, ne visant pas les grands sentiments, ni rappelant les nombreux problèmes auxquels était confrontéé son public.

(Côté insulte, pensons plutôt à Jean-Claude Klein qui disait, de Dumont, qu'il était "le Pierre Loti des pauvres". Où à Charlus et Dieu sait si ce forçat du gramophone en savait quelque chose qui disait, des chansons de Bénech et Dumont, qu'elles étaient "extra-populaires".)

Quelle que soit, quand même, la relative diversité de leurs thèmes, deux ou trois titres méritent d'être soulignés, ne serait-ce que pour donner une idée du genre -pardon : des genres - de ces deux balzaciens :

Le premier en ligne est "Du gris" créé par Georgel en 1920, chanté par Fréhel en 1923, reprise par Emma Liébel en 1925 et que Berthe Sylva finit par faire sien en 1931. Dans la même veine, il semblerait que Fréhel lui ait préféré, la même année, "Comme un moineau" de J. Lenoir et M. Hely mais Fréhel n'a pas toujours été très perspicaces dans ses choix.

"Nuits de Chine" chanté par Louis Lynel mérite un détour : du véritable carton-pâte en musique.

"Dans les jardins de l'Alhambra", malgré son titre, est moins exotique. Chantée et enregistrée par Gesky, Lynel, Jysor, Bonaldy, Georgel dans les années vingt, cette chanson connut un renouveau dans les années cinquante quand elle fut reprise - mais dans un contexte particulier - par Zizi Jenmaire et Roland Petit, au Casino de Paris et àl'Alhambra ! À écouter ne serait-ce que pour imaginer Bénech et Geski dans une"Grande revue" avec escalier, plumes, robes à paillettes, danseuses et tout.

Et puis, faut-il vraiment mentionner"La femme aux bijoux" créée par Dona en 1912, reprise par Georgette Plana en 1967 ?


Illustrations sonores

Ce site en contient plusieurs :

Et, pour compléter le tout, chez notre ami Pierre Valray, des extraits des chansons suivantes :

 
"Ah les femmes des autres" 5
"Alza Manolita" ou "Les cartes nementent jamais" 9
"C'est le métro" 22
"Ferme la porte aux amoureux" 77
"L'étoile dumineur" 116
"Lajolie loucheuse" 147
"La p'tite Lilie" 166
"La passagère" 167
"La souris noire" 180
"La valse au clair de lune" 182
"Le devoir" 206
"Le jeune homme du Parc Monceau" 212
"Le moineau de Paris" 220
"Les petites ouvrières" 282
"Loulou jolie" 301
"Ma petite femme" 308
"Mam'zelle Muguette" 316
"Mariquita jolie" 320
"Mère et maman" 324
"Micaëlla mia" 326
"Myrella la jolie" 333
"Noir et Bleu" 343
"Petite innocente" 359
"Pour l'amour de l'enfant" 363
"Quand elle vous regarde" 370
"Tout en causant" 404

... et vous pensiez que nous allions vous laisser, comme ça, sans vous faire entendre, ne serait-ce qu'une fois, "Nuits de Chine" et "Dans les jardins de l'Alhambra" ? Mais non. Voici ces deux chefs-d'œuvre, chantés par Lynel, en 1924 - étiquette Pathé.

1924


1924

De la à dire , comme nous l'avons lu récemment (Le Hall de la Chanson), que Bénech et Dumont ont compté "parmi les figures marquantes de la musique populaire d'une époque pourtant riche en talents originaux"?


Petits formats

Voir en annexe


Note [*] : comme en atteste l'acte de mariage, ci-contre. Merci Jean-François ! et merci à Hélène L'Hégarat pour les recherches !