PAGES ANNEXES
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Petits formats I
Petits formats II
Petits formats III
(Bach & Laverne)












Bach et Laverne






















Bach et Laverne





























(collection Robert Thérien)




























Bach

Charles-Joseph Pasquier, dit Bach, né le 9 novembre 1882 à Fontanil-Cornillon dans l'Isère (38), près de Grenoble, a déjà plusieurs années de métier quand, vers la fin de 1913, un certain Louis Bousquet décide d'écrire des paroles sur une marche déjà connue (musique de Camille Robert) intitulée "Quand Madelon". - Bach s'y intéresse et comme elle correspond à son personnage de tourlourou, il décide de la créer à l'Eldorado au début de 1914. - Elle remporte un succès mitigé. - Polin, le premier comique troupier de l'époque, l'essaie à son tour, au Palais de Cristal de Marseille. - Même réception.  On la remet dans les tiroirs. - Puis c'est la Guerre.

Bach ayant obtenu, en 1916, un engagement et l'autorisation d'aller chanter sur le front, la remet à son répertoire. Les poilus l'adoptent immédiatement et, en quelques mois, on la chante sur tous les fronts. - Polin la reprend à son tour, puis Moraize, Marcelly, Lucien Moratore... - Peu de temps après elle est  traduite en anglais par J.-B. Basset et un certain Yvonnek l'interprète dans les camps américains où elle finit par remplacer leur célèbre "Over there". Les Anglais eux-mêmes s'y font prendre et on finit par l'entendre, dans leurs camps, presque aussi souvent que  leur "It's a Long Way to Tipperary".

Elle durera jusqu'à la fin de la Guerre, puis, après, Bérard, celui-là même qui n'avait cessé de chanter "Le rêve passe" et d'autres chansons du même genre durant toutes les hostilités décide qu'il serait peut-être temps qu'il la mette à son répertoire : il en fait un enregistrement en 1923. Suivront son exemple plusieurs autres interprètes et pas les moindres : Georges Thill, en 1939, Line Renaud en 1955, Luc Barney en 1960, Paul Barré en 1964... (Martin Pénet - Mémoire de la chanson - Omnibus - France-Culture - 2001)

Chanson de Bach ou chanson de Polin,"Quand Madelon" finira par devenir une chanson de légende.

Or, si la carrière de Bach semble ainsi avoir débuté avec cette "Madelon", il n'en est rien car cela faisait déjà 15 ans en 1914,  qu'il pratiquait son métier de chanteur-comédien, ses débuts datant de 1899, sur la scène des Variétés, à Montluçon (Creuse - 23).


Petit, le corps enfoncé dans un uniforme trop grand (car il fut un temps un des grands comiques troupiers), la barbe rare, avec une voix mince, aigrelette même, Bach, comme tant d'autres, aurait pu passer inaperçu mais voilà : son rire est communicatif et son jeu, même sur disques, est d'une grande finesse. - De plus, il a ce don unique des grands comiques : celui de paraître moins intelligent que le moins intelligent de ses auditeurs.

On le sait au Casino de Grenoble en 1901, à Nice, Aix-les-Bains, Rouen, Lyon, en 1902, à Nîmes, Montpellier, Avignon, en 1903, au Chanteclair entre 1909 et 1911 (il a alors 27, 28 ans), au Libre Échange, en 1911 et puis à l'Eldorado à partir de 1913. - Il y chante alors les chansons du soldat malgré lui : "Avec Bidasse", "La Caissière du Grand Café" et ces autres succès que, ou lui, ou Polin créèrent de mois en mois, d'années en années.

Après la guerre il se tourne vers la revue. Il est aux Folies Bergère, entre 1919 et 1924 (où il en mène pas moins de sept), à la Gaîté-Rochechouart en 1927, au Casino de Paris en 1929, avec Harry Pilcer et Marie Dubas (dans la revue Paris qui charme), à l'Éden-Concert entre 1929 et 1933 mais plus en comédien-chanteur que chanteur.

Depuis 1926 ou 1927, il fait en effet équipe avec Henry Laverne et les deux montent des sketches - qu'ils jouent devant un rideau ou avec un décor minime. - Les titres en disent longs sur leur contenu : "À la poste", "Au bureau des naissances", "Au cinéma" ; "Chez l'apothicaire", "[Chez] l'avocat", "Le boucher", "Le chapelier", "Le coiffeur, "Le contrôleur des contributions", "Le costumier", "Le juge", "Le peintre", "Le percepteur", "Le photographe"... "En chemin de fer", "Réunion électorale", "Les travailleurs du chapeau", etc. - D'un de ces sketches, Tout va bien (1931), Paul Misraki s'inspirera pour écrire sa chanson : "Tout va très bien, Madame la Marquise" et le grand Fernand Raynaud n'hésitera pas à leur emprunter leur "Toto, mange ta soupe".

De ces sketches, Bach et Laverne en ont enregistré plus de 150 [*] entre 1928 et 1938. Le plus connu aujourd'hui est sans doute ce "Z'allo ! Z'allo !" qui n'a cessé d'être repiqué depuis la venue des 33 T.

Disque Odéon 250.430 - Mars 1933

[*] G. Roig, dans sa revue Phonoscopies en donne une liste contenant 157 titres de décembre 1928 à décembre 1938.


Pour de plus amples renseignements sur Bach et Laverne, consultez la page suivante :

http://perso.wanadoo.fr/jlf/philips (où vous trouverez, entre autres, un enregistrement d'un de leurs sketches, gravé sur disque 78 tours Odéon datant la fin des années 30 [?], et intitulé Les Gaîtés de la radioles speakers de Paris et de Toulouse s'interfèrent mutuellement dans un dialogue surréaliste). - (Jean-Luc Fradet)


Voir également le coffret de EPM-ADES publié en 1999 et qui contient 42 titres de ce duo, coffret duquel est tiré l'extrait suivant, extrait lui-même tiré d'un 78 T paru en 1933 et jamais repris depuis cette date. Nous le donnons ici en mémoire de Paulus (voir chapitre quatre de ses Mémoires) dont ce fut la première chanson notoire. Elle date de 1868 et est de Philibert et Burani pour les paroles et Antonin Louis pour la musique, "Les pompiers de Nanterre" :

(extrait seulement) - 1933

(Voir à La chanson française en 50 chansons - au numéro 5)

Voir également (pour un autre sketch), "Tout va très bien" (Madame la Marquise)...


Après tout cela, il aurait pu se retirer mais non : sa carrière ne s'arrêta pas là.

Bach passe au cinéma dès le parlant.

Entre 1930 et 1947, il tourne, en effet, dans dix-neuf films dont treize sous la direction d'Henry Wulschleger, son ami, qui sera non seulement son réalisateur attitré mais qui ne tournera rien d'autre jusqu'à sa disparition en 1939. Auparavant Wulschleger avait été, entre autres, coréalisateur de Cavalcanti dans le dernier film muet de ce dernier, Capitaine Fracasse (1929).

Le premier film dans lequel Bach apparaît sur le grand écran, en 1930, est réalisé par Joe Francis et Jean Toulout et s'intitule Le Tampon du capiston. Bach y joue le personnage de Cochu aux côtés de son compère d'alors, Henry Laverne (capitaine Reverchon) mais aussi en compagnie d'Hélène Hallier (Yvonne) et de Charles Prince (Maître Pouponnet).

La même année, il tourne son premier grand films sous la direction de Wulschleger, La prison en folie, avec Suzanne Dehelly et Noël-Noël.

En 1931, il est dans une pièce d'André Heuzé et de Pierre Weber, En bordée, filmée par Wulschleger, avec Suzette Comte, Teddy Parent et Sim Viva.

Puis c'est L'affaire Blaireau d'après Alphonse Allais. - Wulschleger toujours. - Bach en Blaireau (qui d'autre ?) ; Alice Tissot en Mademoiselle de Hautperthuis ; Charles Montel en Taupin et Renée Veller en Mademoiselle de Charville

En 1932, c'est L'enfant de ma sœur avec Antonin Artaud qui, contrairement à la légende, n'a pas tourné que dans des films noirs.

La même année, il est de la distribution du Champion du régiment avec Raymond Aimos. - Scénario de Fernand Beisser et de Jacques Bousquet.

En 1933 : Tire au flanc avec une toute jeune Simone Simon puis dans Bach millionnaire.

Note : les films dont le nom du réalisateur n'est pas indiqué sont de Wulschleger.

En 1934, d'après Courteline, il est le Guillaumette du Train de huit heures quarante-sept ; avec Charpin en Hurluret, Chepfer en officier alsacien et Fernandel en Croquebol.

Au côté d'Antonin Artaud, encore, la même année : Sidomie Panache (avec Florelle et Monique Bert).

En 1935, Bout de chou, aux côtés de Pierre Brasseur et de Tania Fédor puis dans Debout là-dedans !

En 1936 il est dans Bach détective (dirigé cette fois-là par René Pujol)

En 1937 dans Le Cantinier de la coloniale aux côtés de Saturnin Fabre.

En 1938 dans Gargousse (avec Saturnin Fabre, à nouveau) et puis dans Mon curé chez les riches (dirigé par Jean Boyer, le fils de Lucien Boyer, ce dernier étant l'auteur de "La Madelon de la Victoire").

En 1939 dans Le Chasseur de chez Maxim's de Maurice Cammage et dans Bach en correctionnelle.

Il disparaît au cours de la Guerre puis revient, à 65 ans, dans Le charcutier de Machonville de Vicky Ivernel (1947) et, pour son ultime rôle, dans Le Martyr de Bougival de Jean Loubignac, d'après la pièce de Jean Guitton, Et la police n'en savait rien.

Il remonte sur scène en 1948 puis en 1950. Une cécité temporaire l'empêche de continuer. Il écrit, se repose et décide finalement de prendre sa retraite non sans faire une ultime tournée en 1952 et se joindre à la la distribution du Martyr de Bougival, troupe d'Henri Ménager, en 1953. - C'est d'ailleurs au cours de cette tournée qu'il meurt, d'une angine de poitrine, à Nogent-le-Rotrou, le 24 novembre 1953.

Bach est inhumé dans le petit cimetière de Fontanil, en banlieue de Grenoble, dans cette petite ville où il était né, 71 ans auparavant.

Une statue lui a été érigée. - Voir à : http://www.panoramio.com/photo/12139771


Biographie

C'est à un sympathique lecteur de Grenoble, Monsieur Lionel Damei [*] que nous devons signaler une biographie de Bach écrite par Maurice Saltano. - Voici, par ailleurs, le message que Monsieur Saltano a bien voulu nous faire parvenir :

"Je suis un grand admirateur de BACH que j'avais rencontré quand j'avais 11 ans dans sa loge, au théâtre (à cette époque je l'ai vu sur scène dans "Mon curé chez les riches" et "Le crime du bouif"). Il n'a pas de descendants (pas d'enfant). J'ai pu rencontrer, il y a environ 25 ans, des personnes qui l'ont connu, des cousins, des admirateurs, son chauffeur, etc. Toutes ces personnes sont maintenant décédées mais beaucoup m'ont donné des documents, contrats, photos, articles de presse, programmes, etc. et j'ai une importante collection concernant cet artiste. J'ai fait plusieurs expositions et j'ai publié un livre ("Oh ! Punaise! /Bach/ Cinquante ans de rigolade"). Ce livre comprend : une discographie de Bach, une discographie de Bach et Laverne, une filmographie et une théâtrographie de Bach. J'ai échangé des courriers avec le fils de Camille Robert, le fils de Bousquet, etc. Je possède également le cahier où, à ses débuts, Bach collait les articles de journaux. J'ai aussi toutes les photos de son enterrement. Pourriez vous indiquer mon e-mail sur votre site pour le cas où des personnes intéressées veuillent me joindre ? Merci. Bien cordialement..."

[*] http://www.myspace.com/lioneldamei

Mais avec plaisir :

Oh... punaise ! - Bach, 50 ans de rigolade, avec une préface de Jean Drejac, un avant-propos de Jack Lesage, de nombreuses photos.

On commande auprès de l'auteur :

maurice.saltano@free.fr

30 Euros + frais postaux : FRANCE - Tarif économique : 4,80 euros, Tarif colissimo : 6 euros - BELGIQUE, LUXEMBOURG, SUISSE - Tarif économique : 5 euros - Tarif prioritaire : 8 euros - CANADA - Tarif surface : 6,50 euros - Tarif avion : 10,50 euros.


Extraits sonores

On écoutera Bach dans quatre de ses plus grands succès :

"La caissière du Grand Café"

1914

Les paroles sont ici.

"Quand Madelon"

1914

Les paroles sont ici.

"Avec Bidasse"

1914

Les paroles sont ici.

"La rue de la Manutention"

1919

Les paroles sont ici.


Film

Outre les films cités ci-dessus, Bach a tourné quelques phonoscènes (l'ancêtre de nos vidéoclips) notamment de son célèbre "Avec Bidasse" en 1914. Une toile de fond, un compère, un disque qu'on devait synchroniser avec l'image et le tour était joué.

"Avec Bidasse" - Phonoscène Gaumont - 1914 avec Dufleuve (?).


Note : dans l'extrait qui suit (Gaumont) le nom de Polin est accolé à celui de Bach comme étant le second personnage. La silhouette de ce Polin est loin d'être celle du célèbre tourlourou mais elle ressemble étrangement à celle d'un autre tourlourou - Boquillon dans son cas - Dufleuve dans son costume de Boquillon. - Voir à la page que nous lui avons consacré.