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Les studios de Radio Tour Eiffel sont installés dans le pilier nord de
l' "antenne géante" !



Après des premiers essais concluants, l'ouverture officielle de Radio Tour Eiffel a lieu le 6 février 1922. Jean Noté (tenant le microphone), les Guitry (père et fils) et Yvonne Printemps sont là ! Le secretaire d'état aux P.T.T. aussi !



Le 26 novembre 1921, la première émission radio en direct de musique et de chant. Yvonne Brothier, soprano vedette de l'Opéra Comique interprète "La Marseillaise" devant le micro de l'émetteur de Sainte-Assise [*]. Sa voix a été projetée sur les ondes et captée à 40 kilomètres de là. Les auditeurs étaient réunis dans les salons de l'Hôtel Lutetia à Paris.
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Note [*] : le centre radioélectrique de Sainte-Assise près de Melun (77 - Seine-et-Marne), construit en 1920 sur un domaine d'environ 450 hectares autour du château de Sainte-Assise, conçu pour assurer des liaisons télégraphiques et radioélectriques intercontinentales et transocéaniques. Aujourd'hui, C.T.M., Centre de Transmissions de la Marine émet en ondes très longues (VLF) pour joindre les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins.



Jean Hérold Paquis (1912-1945) fut le "speaker" vedette de Radio-Paris, instrument de la propagande nazie en France, l'influenceur le plus puissant des années 1930-1940 dans le monde ambigu de la radio !





Radio Tour Eiffel





Radio Paris PTT
















’histoire commence avec la télégraphie sans fil (TSF). À la fin du XIXᵉ siècle, les expériences de transmission par ondes hertziennes se multiplient. En 1898, Eugène Ducretet réalise une transmission entre la tour Eiffel et le Panthéon. La tour Eiffel devient ensuite un site essentiel : le capitaine Gustave Ferrié y installe des équipements de TSF destinés notamment aux communications militaires. Après la Première Grande Guerre , la TSF cesse progressivement d'être seulement militaire ou technique et devient un média destiné au public. Le 22 décembre 1921, une émission expérimentale de radiodiffusion est réalisée depuis la tour Eiffel. C'est l'un des grands moments de la naissance de la radio française. Le démantèlement de la Tour Eiffel prévu pour 1909 n'aura pas lieu. La radio aura sauvé son antenne géante !

Les années 1920 voient apparaître de véritables programmes réguliers. Deux modèles coexistent rapidement : les stations publiques et les stations privées. En 1922, la station privée Radiola commence ses émissions à Paris. Elle est liée à la Société française radio-électrique et devient en 1924 Radio-Paris. Son animateur vedette, Marcel Laporte, surnommé Radiolo, contribue à inventer le métier d'animateur radiophonique. À côté des stations privées fonctionnent des postes dépendant de l'État, notamment celui de la tour Eiffel et Paris-PTT. La radio entre alors progressivement dans les foyers. Les programmes se diversifient : informations, concerts, conférences, théâtre, bulletins météorologiques, publicité sur certaines stations et émissions de divertissement. Paris constitue donc le premier grand laboratoire de la radiodiffusion française.

Radio-L.L. est une station de radio généraliste et privée française diffusée en région parisienne de mars 1926 au 14 septembre 1935, fondée par Lucien Lévy, un fabricant de récepteurs radios à qui il a donné ses initiales.

Radio Vitus est une station de radio généraliste privée française implantée à Paris et diffusant ses programmes en région parisienne du 1er décembre 1926 au 25 septembre 1934.

Station
Début Fin / évolution Durée approximative Statut / remarque

Radio Tour Eiffel 24 déc. 1921 juin-40 18 ans ½ Première grande station publique française ; émissions depuis la tour Eiffel. 

Radiola [*] 6 nov. 1922 28-mars-24 1 an 5 mois Première grande station privée française ; devient ensuite Radio-Paris. 

Radio-PTT / Paris-PTT janv. 1923 juin-40 17 ans ½ Station des PTT, relevant du service public. 

Radio-Paris [*] 29-mars-24 17-juin-40 16 ans 3 mois Succède à Radiola ; nationalisée en décembre 1933. 

Poste Parisien 30-mars-24 juin-40 16 ans Grande station privée parisienne. 
Radio LL (Lucien Lévy) mars-26 28 sept. 1935 9 ans 6 mois Devient ensuite Radio Cité. 

Radio Vitus déc. 1926 janv. 1934 7 ans Devient Poste de l'Île-de-France.

Poste Colonial 30 avr. 1931 mars-38 près de 7 ans Station d'État destinée notamment aux colonies ; devient Paris-Mondial. 

Radio Luxembourg 1933 21 sept. 1939 6 ans ½ Station étrangère, au Luxembourg, mais très importante pour les auditeurs français ; arrêtée pendant la guerre. 

Radio Cité 29 sept. 1935 juin-40 4 ans 9 mois Succède à Radio LL ; station privée. 
Radio 37 5 sept. 1937 13-juin-40 2 ans 9 mois Station privée parisienne. 

Paris-Mondial 02-mars-38 17-juin-40 2 ans 3 mois Succède au Poste Colonial ; diffusion en plusieurs langues. 

Note [*] : Concernant Radiola & Radio-Paris : historiquement et successivement ont existé : Radiola → Radio-Paris → Radio-Paris nationalisée → Radio-Paris de la Collaboration

  • 1922–1924 : Radiola, station privée.
  • 1924–1933 : Radio-Paris, toujours privée.
  • 1933–1940 : Radio-Paris, passée sous contrôle de l'État.
  • 1940–1944 : Radio-Paris, sous contrôle allemand et collaborationniste.

La radio ne reste cependant pas longtemps limitée à Paris. Dans les années 1920-1930, des stations apparaissent dans les grandes villes françaises : Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Lille, Strasbourg, etc.

Ces stations répondent à plusieurs objectifs :

  • toucher les populations locales ;
  • diffuser des informations régionales ;
  • proposer des programmes adaptés aux habitudes et à la culture locales ;
  • compléter les grandes stations nationales parisiennes.

La radiodiffusion régionale se développe particulièrement dans les années 1930. L'État cherche progressivement à organiser et à contrôler davantage le paysage radiophonique. La période 1939-1945 constitue une rupture majeure. La radio devient un instrument essentiel de propagande et d'information. Pendant l'Occupation, les autorités allemandes et le régime de Vichy contrôlent les principales stations françaises. En parallèle, Radio Londres, émettant depuis le Royaume-Uni, joue un rôle essentiel pour la France libre et la Résistance. Les émissions de la BBC permettent de transmettre des informations et des messages codés.La radio devient ainsi un véritable outil politique et militaire. On se souvient de Pierre Dac, sur l'air de La Cucaracha : "Radio-Paris ment, Radio-Paris ment, Radio-Paris est allemand !" et du poème Chanson d'automne de Verlaine, dont la première strophe indiquait, le 1er juin 1944, aux saboteurs membres de la Résistance de se tenir prêts et la deuxième strophe ordonnait, le 5 juin 1944 à 21h15, à ces mêmes Résistants, le passage à l'acte, soit près de 1 000 actes de sabotage, la nuit du débarquement.

À la Libération, l'État reprend le contrôle de la radiodiffusion. En 1945, est créée la Radiodiffusion française (RDF), qui devient ensuite la Radiodiffusion-télévision française (RTF) en 1949.Le système est centralisé : Paris occupe une place dominante, tandis que les régions disposent de programmes et de stations locales ou régionales rattachés au service public. Dans les années 1950 et 1960, la radio s'installe définitivement dans la vie quotidienne des Français. Le transistor contribue énormément à sa popularisation.

Et la chanson, alors ?

Dans les années 1920, la radio joue un rôle majeur dans la transformation de la chanson française. Elle commence à faire passer la chanson d’un divertissement essentiellement vécu dans les cafés-concerts, music-halls et salles de spectacle à une culture de masse accessible directement à domicile.

Au début des années 1920, la radiodiffusion française se développe rapidement, avec l’apparition de stations comme Radiola en 1922. Pour les chanteurs, c’est un changement considérable : une interprétation peut désormais être entendue simultanément par un public beaucoup plus vaste que celui d’une salle de spectacle.

La radio contribue ainsi à élargir et unifier le public de la chanson française. Des chansons parisiennes peuvent être entendues bien au-delà de la capitale, ce qui favorise la constitution d’une culture musicale plus nationale.

La radio renforce également la notoriété des artistes. Les chanteurs ne dépendent plus uniquement du music-hall, de la presse ou du disque pour se faire connaître. Des figures importantes de la chanson de l'époque, comme Mistinguett, Maurice Chevalier ou Damia, évoluent dans un univers médiatique où spectacle vivant, disque et radiodiffusion deviennent progressivement complémentaires.

La voix acquiert alors une importance particulière : à la radio, l’auditeur ne voit ni les costumes ni les décors. L'interprétation vocale, la diction et la personnalité sonore de l'artiste deviennent donc essentielles.

La radio ne remplace pas immédiatement le disque ou le spectacle. Au contraire, ces médias fonctionnent de plus en plus ensemble. Entendre régulièrement une chanson à la radio peut donner envie de connaître l’artiste, d’acheter son disque ou d’assister à son spectacle.

Ce qui contribue à accélérer la circulation des chansons à succès. La chanson devient progressivement un produit culturel pouvant être diffusé à grande échelle.

Evitons de présenter les années 1920 comme une révolution instantanée. La radio reste encore un média jeune, et tous les Français ne possèdent pas immédiatement un poste. Le music-hall, les cafés-concerts, les partitions et surtout le disque continuent donc à jouer un rôle très important.

L'impact essentiel de la radio consiste à avoir préparé la médiatisation moderne de la chanson française. Elle élargit son public, facilite la popularisation des artistes et transforme progressivement la manière dont les Français découvrent et écoutent la musique.

La radio fait évoluer la chanson française d'une culture principalement liée à la scène vers une culture musicale de masse, même si cette transformation ne devient pleinement visible que progressivement, dans les années 1930.

Les grandes vedettes du caf'conc' passées à la radio

 

Quelques cas révélateurs

Berthe Sylva est un excellent exemple de chanteuse de café-concert devenue vedette radiophonique. Elle se produit au Caveau de la République en 1928, puis est remarquée par l'accordéoniste Léon Raiter, qui lui permet de passer à Radio Tour Eiffel. Elle y apparaît, selon les programmes que nous avons pu retracer, jusqu'en 1937.

Damia avait commencé à se produire dans des établissements de café-concert comme la Pépinière-Opéra, le Petit Casino et l'Alhambra avant de devenir l'une des grandes voix de la chanson réaliste.

Jean Sablon, lui, est particulièrement intéressant parce qu'il appartient à la nouvelle génération de chanteurs de charme : il devient animateur de l'émission Cadum Variétés, où il reçoit notamment Maurice Chevalier, Damia, Fernandel, Mistinguett et Yvette Guilbert. La radio contribue donc à transformer la manière même de chanter : Sablon est notamment associé à l'introduction du microphone dans le spectacle français.

Et aussi les "chanteurs à voix"

Une catégorie à ne pas oublier, héritière du caf'conc' : les chanteurs à voix, dont le répertoire était souvent plus populaire ou sentimental.

Par exemple :

Les archives discographiques des années 1920 nous indiquent la coexistence de Fréhel, Damia, Georgius, Maurice Chevalier, Mistinguett, Félix Mayol, etc.

On peut observer l'histoire et distinguer trois périodes ou générations :

1921-1928 :
les anciennes vedettes du café-concert arrivent sur les premières stations : Mayol, Yvette Guilbert, Mistinguett, Fréhel, Damia

1928-1935 :
la chanson réaliste et le music-hall dominent : Berthe Sylva, Marie Dubas, Georgius, Lucienne Boyer, Lys Gauty

1935-1940 :
la radio favorise de plus en plus le chanteur de charme et le crooner : Tino Rossi, Jean Sablon, Jean Lumière, puis André Claveau.
Larousse décrit précisément ce basculement des "chanteurs à voix" vers les "chanteurs de charme".