Gaîté-Rochechouart
ncien entrepôt du numéro 15 boulevard Rochechouart loué, en 1865 pour 20 ans par un limonadier organisateur de spectacles, transformé pendant l'année 1866, en music-hall plutôt triste voire ordinaire, salle assez vaste de 8 travées de tables et chaises, petite estrade, sous le pompeux nom de La Gaîté qui ouvre ses portes au début de 1867. Ce n'est que l'année suivante, à l'ouverture de l'autre Gaîté (Montparnasse) que l'on augmente son nom de celui du boulevard pour l'appeler la Gaîté Rochechouart !
En 1871, les affaires vont mal et à la requête des impôts, l'établissement est saisi. Le bail est racheté dès 1871 et des travaux d'embellissement sont entrepris, fauteuils, poêles, scène, 636 places. Bourgès entre dans la troupe. Sous loué à celle qui créa le genre dit épilectique, Emilie Bécat, avec l'aide d'un riche protecteur. Faillite en moins de trois mois ! Sous la direction de Richard et Varlet, en 1882, on y installe l'électricité et la salle se trouve somptueusement rénovée. La maison, qualifiée de "beuglant" en 1880, se refait une santé, devenant de fait un café-concert réputé.
En 1896, la jeune Jeanne Bourgeois que l'on appelait Mistinguette, tout juste sortie de Trianon où elle fit ses débuts, entra dans la maison avant de se tourner, au bout de quelques mois, pour 10 ans, vers l'Eldorado, au standing plus affirmé. A son tour, Fragson y donne un récital en décembre 1901. Le comique naïf Nibor et son collègue du genre, Mansuelle, étaient les préférés du public ! Ce dernier à chaque apparition déchaînait les spectateurs qui hurlaient : "Ugène, la trompette !
Ugène, la trompette ! " Et Eugène Mansuelle s'éxécutait sans se faire prier !
Colette, la grande romancière, dans sa "période music-hall" (entre 1906 et 1912) s'y produira dans ses pantomimes orientales. Dans son roman La Vagabonde, la Gaîté-Rochechouart est appelée L'Empirée-Clichy. En 1910, c'est Mlle Pervenche, qui, devenue Fréhel viendra y construire sa célébrité.
30 juillet 1916, vente du fonds de commerce du café-concert de la
Gaîté-Rochechouart, aux Volterra, Léon et ses deux oncles Joseph et Jules, suivie d'une totale restauration. A la réouverture le 1er septembre, on ne reconnaît plus l'endroit. Cadre clair et plus gai, le plus fastueux possible ! Tradition préservée malgré la pénurie due à la Grande Guerre : une partie concert suivie d'une revue à grand spectacle. Et surtout, une nouvelle revue tous les quatorze jours. Biscot en fut la vedette pendant toute la Guerre. Autour de lui, Bruel, Mainvil, Mansuelle, Carjol et Dréan ! Il y eut aussi Sinoël "vedette épileptique" confirmée de l'Eldorado et de la Scala. Léon Volterra qui prenait de l'importance ayant acquis le Casino de Paris puis le Théâtre Réjane, fit venir là les pensionnaires les plus célèbres du Casino : Chevalier, Saint-Granier, Dorville, Rose Amy. Décors, costumes, distribution en provenance du Casino de Paris faisaient tourner l'affaire au mieux. Absorbé par ses nombreuses responsabilités chronophages, Volterra se désinterressa de la Gaîté.

En janvier 1923, la salle passe au feu et est presque entièrement détruite. Seule la scène est restée sauve. Cet évènement conduit Volterra à renoncer définitivement.
Article paru dans Comoedia du 22.01.1923
▶
Son associé, Louis Gentil, souhaitant rester dans l'établissement s'entend alors avec son cousin pour reconstruire la "boutique" mais en plus grand (1 500 places), plus lumineux, avec équipements récents d'éclairage et machinerie, eau courante et chauffage central. Serjius, Nina Myral et Dréan sont venus assurer le redémarrage en septembre 1923. Très et ou trop endetté Gentil dut se résoudre à fermer le café-concert et à le mettre aux enchères à la fin du printemps 1924. Le nouveau propriétaire convaincu qu'un changement de genre s'imposait, s'essaya à l'opérette. Pas mieux !
Bis repetita en juillet 1925.
La Gaîté-Rochechouart est vendue à l'ex directeur du consortium des théâtres de quartier(Belleville-Grenelle-Gobelins-Montparnasse).Pour l'inauguration du 28 août , retour à la chanson et retour de la diseuse Esther Lekain, autrefois étoile de Parisiana,mais la troupe, autour, ne valait pas cher ! Avant la fin de l'année, le bail change de mains pour douze ans au profit d'un ex-diplomate arménien délégué à la SDN [*].
Comme il faut faire face à la concurrence du cinéma, il est décidé qu'il ne sera plus fait appel à des vedettes onéreuse, mais plutôt à une troupe de bons artistes fidèles et disciplinés.
Pas davantage de décors ruineux, peu de costumes. Viser le grand public plutôt que de s'adresser aux snobs. Une première troupe emmenée par Max Trébor eut de bons résultats. On vit même Bach, en 1927, mener la revue dans Chéri des Poules. Tout un programme ! Ainsi encouragée la direction tenta le retour à la chanson entre le premier janvier et le dix février 1928. Retour allant de Henry Laverne à Fréhel.
Récidive en 1930 mais c'est aussi l'année d'arrivée du cinéma parlant ! Le public fonce dans les salles obscures. Echec des efforts visant à se maintenir.
D'octobre 1931 à février 1932 la Gaîté-Rochechouart voit se succéder les derniers interprètes de son histoire de café-concert, Fréhel, Dufleuve, Marjal, Jean Lumière, Esther Lekain, Lina Tyber, La Houppa, Ouvrard, René de Buxeuil, Polaire, Dickson, Paulette Darty, Gaston Dona, Eugénie Buffet, Georgius, Bérard, Gaby Montbreuse.
Alors la Gaîté-Rochechouart entre dans le coma, se réveillant parfois pour les représentations du Théâtre juif entre le 22 avril 1932 et le 30 mars 1933. A parrtir d'avril 1930, le cinéma finit par l'avaler et lui prendre son identité. Des 1 350 places restantes à la fermeture de 1933, 960 places réussiront à subsister en 1936 et 700 en 1956. 1978 voit arriver une deuxième salle, sans préjudice pour la grande salle. Spécialisé dans les films de genre (karaté [sic]), la fermeture définitive intervient le 23 juin 1987. La place est vite occupée par divers commerces se succédant !
Les productions les plus significatives, de la Gaîté-Rochechouart :
1893
5 janvier : Muselez-les (G. Chauvin, G. Grison), avec Claudius, Jules Favart, Auguste Brunet, Jean Perrier, Nelly Deméah, Charlotte Gaudet, Marthe Schneider et Marguerite Fournier.
1895
4 janvier : Ohé là-haut ! (P.L. Flers, Celmar), avec Claudius, Eugène Reiter, Jules Favart, Auguste Brunet, Madeleine Guitty, Charlotte Gaudet, Blanche Raymond et Gabrielle Bassy.
1896
8 janvier : Hé Ah ! (PA.. Flers), avec Claudius, Caudieux, Jules Favart, Auguste Brunet, Edmond Ransard, Jeanne Gieter, Gabrielle Lange, Charlotte Gaudet, Élise Debernay et Mistinguett.
29 décembre : Penses-tu ! (E. Héros, Cellarius), avec Charles Castelain, Gosset, Auguste Brunet, Ferdinand Zecca, Thérèse Cernay, Zélie Woor, Gabrielle Lange et Élise Debernay.
1899
13 janvier : Ça colle (P. Gavault, Ch. Mougel), avec Léon Morton, Maréchal, Ferdinand Zecca, Adolphe Bérard, Lise Berty, Gabrielle Lange, Marguerite Fournier et Cyclamen Daix.
1901
12 janvier : Y'a queue ! (V. de Cottens), avec Léon Morton, Maréchal, Ferdinand Zecca, Adolphe Bérard, Marion Darey, Élise Debernay, Pauline Bert et Edmée Hatt.
1902
10 janvier : Ça vaut l'coup ! (V. de Cottens), avec Léon Morton, Charles Reschal, Ferdinand Zecca, Pierre Fréjol, Marjal, Marcelle Yrven, Marion Darey, Paule Morly et Élise Debernay.
1903
15 janvier : Y'a du pétard (P.L. Flers, A. Couturet), avec Léon Morton, Dalbret, Ferdinand Zecca, Pierre Fréjol, Marjal, Marie Marville, Maud d'Orby, Élise Debernay et Paule Morly.
1904
6 janvier : T'en as un flair (H. de Gorsse, G. Nanteuil), avec Dalbret, Ferdinand Zecca, Pierre Fréjol, Eugène Mansuelle, Marthe Derminy, Lucette d'Horvilly, Elise Debernay et Paule Morly.
1905
30 décembre : Au revoir et merci (H. de Gorsse, G. Nanteuil), avec Dalbret, Serjius, Pierre Fréjol, Albens, Eugène Mansuelle, Yvette Maélec, Marguerite Nerval, Charlotte Martens et Suzanne Chevalier.
1906
23 décembre : Tu l'as ? (H. de Gorsse, G. Nanteuil), avec Albens, Serjius, Galan, Eugène Mansuelle, Henri Bazin, Jane Marnac, Lucette de Verly, Charlotte Martens et Suzanne Chevalier.
1908
18 décembre : Alors ? (M. Carré, M. de Marsan), avec Albens, Albert Carjol, Serjius, Eugène Mansuelle, Henri Bazin, Angèle Grill, Suzanne Mercier, Suzanne Chevalier et Blanche Vialys.
1909
17 décembre : A.R.O. chechouart (V. Tarault, Ch. A. Abadie), avec Louis Boucot, Serjius, Albert Carjol, Eugène Mansuelle, Henri Bazin, Mary Max, Simone Valéry, Suzanne Chevalier et Renée Eymard.
1910
25 mars : Mets-y un cadenas (H. Delorme, J. Deyrmon), avec Serjius, Albert Carjol, Eugène Mansuelle, Henri Bazin, Simone Valéry, Fréhel, Blanche Vialys et Armande Nizelle.
20 décembre : Viens-tu avec ? (V. Tarault, BattailleHenry), avec Serjius, Louis Boucot, Eugène Mansuelle, Henri Bazin, Suzanne Chevalier, Louise Dhomas, Blanche Vialys et Louise Dormeuil.
1911
7 décembre : l'Oiseau de nuit (G. Wague, J. Alène, musique : A. Chantrier), avec Georges Wague, Louis Boucot, Eugène Mansuelle, Henri Bazin, Colette (Willy), Christine Kerf, Armande Yzelle et Élise Liovent.
21 décembre : Pan-Pan (Battaille-Henry, L. Boyer), avec Louis Boucot, Serjius, Eugène Mansuelle, René Cariel, Régine Flory, Jane Velde, Jane Pierly et Louise Dormeuil.
1914
27 mars : Elle est de... (M. Linder, M. Aghion), avec Edmond Castel, Henri Bazin, Delamane, Jacques Harryso, Made Andral, Adrienne Delide, Armande Yzelle et Maria Fabris.
7 octobre : T'énerves pas (H. Varna, L. Lelièvre), avec Henri Varna, Popino, Noël Delson, Gilbert Bataille, Sellys, Paulette Franck, Adrienne Delide, Lina Cambardi et Marguerite Pierry.
17 décembre : C'est Mimi ! (H. Varna, L. Lelièvre), avec Henri Varna, René Cariel, Jacques Faure, Alfred Rheims, Fernand Doryval, Adrienne Delide, Lina Cambardi, Loulou Hégoburu et Maria Fabris.
1916
1er septembre : Y'a du nouveau (V. Tarault), avec Henri Rossi, Henri Bazin, ChristYan, Lucien Dorval, Henriette Leblond, Maud Avril, Armande Yzelle et Maud Gipsy.
1917
12 janvier : Ah ! tu cherres ! (H. Moreau, Ch. Quinet), avec Georges Biscot, Henri Mainvil, Marichal, Lucien Dorval, Yvonne Gonzalvès, Simone Sym, Armande Yzelle et Line Marjac.
9 novembre : C'est une affaire (V. Tarault), avec Georges Biscot, Henri Rossi, Henri Mainvil, Marichal, René Vylna, Henriette Leblond, Muguette Davrigny, Yvonne Gonzalvès et Musidora.
1918
4 janvier : Plein la vue (M. Eddy, M. Rumac), avec Georges Biscot, Gaston Valbray, Marichal, René Vylna, André Bellon, Mary Hett, Henriette Leblond, Loulou Hégoburu et Yvonne Gonzalvès.
1919
14 février : Laissez-moi rire (Georgius), avec Georgius, Tom Thyl, Georges Watson, Rebel, Rogère Demoussy, Armande Yzelle, Marna Duteix et Rachel Archer.
2 mai : Paix !paix ! la v'la !(D. de Champclos), avec Georges Biscot, Henri Mainvil, Albert Launay, Emile Dorel, Marguerite Dessaux, Marna Duteix, Line Marjac et Rachel Beaumont.
31 octobre : Elle en jette !(G. d'Espeyrac), avec Georges Biscot, Henri Mainvil, Gabriel Gabrio, René Vylna, Henriette Leblond, Marna Duteix, Claire Belcour et Liliane Lucey.
1920
23 février : Tout à la Gaîté (A. Dollé), avec Strit, Henri Mainvil, Gabriel Gabrio, René Vylna, Dirnest, Henriette Leblond, Blanche Nord, Marna Duteix et Élise Puget.
18 décembre : On peut monter ? (Saint-Granier, P. Briquet), avec Maurice Chevalier, Saint-Granier, Paul Bruel, Henri Mainvil, Nina Myral, Maria Fabris, Germaine Lambel et Andrée Terroy.
1921
2 avril : Ça t'étonne ! (Saint-Granier, P. Briquet), avec Serjius, René Cariel, Henri Nid, Jacques Lerner, Paul Chevalier, Simone Judic, Loulou Hégoburu, Blanche Ritier et Geneviève Lambel.
22 octobre : Ouin Ouin (Battaille-Henry, F. Rouvray), avec Henri Dorville, Jean Flor, Gilbert Bataille, Harry Wills, Jeanne Fusier-Gir, Germaine de Valois, Janette Denarber et Loulou Campana.
23 décembre : On y r'monte (Saint-Granier, P. Briquet), avec Henri Dorville, Saint-Granier, Gaston Gabaroche, Richard Harnold, Marguerite Deval, Maria Fabris, Charlotte Martens et Alice Soulié.
1922
19 avril : Tout à nu (Saint-Granier, P. Briquet), avec Saint-Granier, Serjius, Barklett, Richard Harnold, Maria Fabris, Charlotte Martens, Simone Mirat et Paule Amy.
23 décembre : T'es piquée ! (G. Arnould, J. Charles), avec Dranem, Charles Dutard, Robert Burnier, Alfred Pizella, Nina Myral, Jeanne Marceau, Maria Fabris et Marcelle Garat.
1923
30 septembre : C'est mariole (G. Arnould), avec Serjius, Robert Burnier, Robert Sidonac, Henri Garat, Nina Myral, Renée Fagan, Simone Roseray et Paulette Réal.
21 décembre : Y'a des poules (G. Arnould, V. Tarault, musique : V. Scotto), avec Serjius, Adrien Lamy, Henri Garat, Harry Wills, Clara Tambour, Lucette de Landy, Alice Soulié et Lina Tyber.
1924
26 avril : la Revue très olympique (V. Tarault), avec Alexandre Dréan, Paul Serge, Richard Harnold, Harry Wills, Lina Tyber, Paulette Danois, Gaby Basset et Yvonne Harnold.
4 décembre : GriGri (J. Chancel, Henriot, musique : P. Lincke), avec Serjius, Georges Bever, Paul Faivre, Léon Élain (de l'Opéra Comique), Nette Ferrari (de l'Opéra Comique), Yvonne Yma, Gaby Basset et Ginia Barty.
1925
15 février : Quand on a fait ça une fois (A. Sylvane, B. Rabier, musique : V. Alix), avec Serjius, Max Révol, Jean Deiss, Charles Stéville, Lucette Darbelle, Denise Cayrol, Gaby Basset et Suzanne Ary.
11 décembre : Plein les yeux (Eug. et Ed. Joullot, J. de Bérys), avec Tarquini d'Or, Jim Walker, Harry Gardner, Maurice Poggi, Gaby Dargelle, Rinette Viardot, Marthe Mézy et Ariette Lane.
1926
17 décembre : Gaîté... mess ce soir (V . Vallier, R. Buzelin, J. de Bérys), avec Tarquini d'Or, Max Révol, Georges Barcy, Charles Stéville, Gaby Dargelle, Luce Dandy, Daisy Darguet et Rinette Viardot.
1927
24 février : Bagatelle (J. de Bérys, A. Mycho), avec Tarquini d'Or, Max Révol, Georges Barcy, Charles Stéville, Gaby Dargelle, Rinette Viardot, Luce Dandy et Emmat Ferrari.
12 août : Chéri des poules (F. Celval, J. Bousquet), avec Bach, Léo Sibié, Gaston de SaintJean, Adrienne Dherblay et Marie Th. Brument.
1928
11 février : A la page (V. Tarault, I de Bérys), avec Popino, Max Révol, Charles Stéville, André SaintLuc, Germaine Lambell, Gaby Darguelle, Luce Dandy et Janette Piéral.
1930
28 février : Minuit (A. Machard), avec Jacques Grétillat, René Bergeron, Robert Ozanne, Gabriel Vierge, Maxa, Ketty Bedts, Andrée Champeaux, Paulette Cart et Line Dany.
21 juin : L'as des as (G. de Sais), avec Edy Debray, Gérald Castrix, René Dalcourt, Musidora, Monny Prad.
21 juin :L'Heure de la mort (Musidora), avec Edy Debray, Gérald Castrix, René Dalcourt, Musidora et Monny Prad.
24 octobre : Et vive la vie (O. Gasma, Eug. Joullot, J. de Bérys), avec Max Intart, Harry Grey, Charles Stéville, Marius Suiram, Gaby Dargelle, Marthe Ferrés et Marie-Thérèse Brûlé.
Note [*] :SDN organisation internationale établie par le traité de Versailles en 1919, et dissoute en 1946.
Elle est remplacée en 1945 par l'Organisation des Nations unies, qui reprend un certain nombre de ses agences.


